CHAPITRE XIV
L'Église au XIX' siècle en France.
Le prophète Moïse; fragment d'une des peintures murales d'il. Flandrin (1809-1864) dans l'ëgliso Saint-Germain-des-Prés, à Paris.
Médaille de mariage sculptée par M. Roty (Musée du Luxembourg).
Médaille de première communion
(Cabinet des Médailles).
Le « Sacré-Cœur de Jésus »;
modèle appartenant à M. Peaucelle-Coquol.
L'iconographie religieuse au XIX' siècle. — Les peintres français an xix*' siècle ont fait, soit pour achever la décoration d'églises anciennes, soit pour orner les murailles de nouveaux édifices, d'importantes compositions religieuses; les sculpteurs ont eu leur part également dans CCS travaux; néanmoins, peu d'œuvres originales ont été produites, et les conceptions mômes des plus grands artistes ne se sont point généralisées. Aussi, l'iconographie religieuse du xix" siècle, avec ses types le plus souvent conventionnels, reste- telle inférieure à celle des époques qui ont précédé notre temps. Les dogmes nouveaux introduits dans la religion n'ont guère inspiré jusqu'à présent nos artistes, et les effigies du w Sacré-Cœur de Jésus » ou de « rimmaculéc-Conception » destinées à figurer d'ailleurs de pures conceptions théologiques,
liiiiia
» L'Immaoulée-Conception »; modèU* appartenant à M. PeauccUo- Coquct.
Costumes ecclésiastiques. — Objets du culte.
Ostensoir exécuté sur les dessins de Viollol-le-Duc (1814-1879; pour la cathédrale de Paris.
Cur6 de campagne sous lo rép^nc de Louis-Philippe, d'après un tableau de F. Grenier (1793-1867), lithographie par A. Maurin.
Ciboire exécuté sur le dessin doViollet-le-Duc (1814-1879), pour la cathédrale de Paris.
n'ont guère été que des œuvres ennuyeuses et sans style.
Costumes ecclésiastiques. — Les vêtements liturgiques ont conservé leurs formes traditionnelles; on n'y peut guère signaler que des modifications de détail; la barrette, fort élevée au début de la Restauration, a repris à la fin du siècle une forme basse et variée ; les gravures de la môme époque nous montrent les prêtres revêtus de surplis à tout petits plis sur les ailes.
Aux grandes cérémonies, les prélats apparaissent revêtus de chapes et de chasubles qui le cèdent peu en magnificence aux pièces conservées dans nos musées. Pour le costume ordinaire, la loi du 18 germinal an X avait statué que tous les ecclésiastiques seraient habillés à la française et en noir; les évêques étaient autorisés à ajouter à ce vêtement la croix pectorale et les bas violets; mais une décision ministérielle du 14 novembre 1806 permit aux ecclésiastiques de continuer à porter la soutane comme ils faisaient avant la Révolution. L'habit prescrit par la loi du 18 germinal an X, en usage encore au commencement de la Restauration, fut ensuite entièrement abandonné ; par contre le chapeau à la française a peu à peu remplacé le chapeau à haute forme que plus d'un prêtre de campagne portait encore au début du second Empire. A part les missionnaires et quelques moines, les ecclésiastiques fi-ançais
Eoolèsiastique sous la Restauration, d'après une lithographie de Marlet (1771-1847), i816.
au XIX* siècle se sont rasé le visage. 11 n'y a guère eu d'innovation non plus dans les costumes des congi-égations d'hommes qui se sont fondées au cours du siècle dernier; ceux que les ordres féminins ont adoptés ne diffèrent le plus souvent des vêtements portés par les ordres religieux du xvi*' et du xvn' siècle que par des modifications de détail, couleur des tissus, forme du voile, chapelet, ornements accessoires.
Édifices et objets du culte. — De nombreuses églises ont été construites, sans qu'un style original ait pu être imaginé. Les édifices religieux élevés à l'époque de la Restauration sont de mauvaises copies des temples romains, plus ou moins heureusement adaptées aux nécessités du culte catholique. Sous le règne de Louis-Philippe, on imita d'abord les anciennes basiliques romaines ; puis, lorsque l'art du moyen âge eut été remis en honneur, on attribua aux églises les formes du style gothique d'abord, du xiii'' siècle de préférence, puis du roman. Quelques tentatives aussi furent faites pour approprier le style de la Renaissance française aux édifices du culte. A l'intérieur, les églises ont été le plus souvent débarrassées des ornements postiches que les âges précédents y avaient accumulés ; mais trop souvent les chapelles des saints les plus vénérés sont encombrées encore de bannières et d'ex-voto. Lorsqu'on
exécutée en
L ÉGLISE AU XIX« SIÈCLE EN FRANCE
Édifices religieux.
Façade de l'église Saint- Vinoent-de- Paul, ù Paris, commcncëo en I82i Façade de l'église de la Trinité, à Paris, coostruite do 1863 & par Lopère (1761-I8ii), ot terminée en 1844 par Hiltorf (1792-1867). 1867 par Ballu (1817-1885).
Chœur et maitre-hôtel de l'église Saint-Pierre-de-Montrouge, à Vue extérieure de l'église Notre-Dame-de-Bon-Seoours, auprès Paris, construilc do 1864 à 1872 par M. Vaudrcmcr. de Rouen, construilo do 1840 à 1842 par Barthélémy.
Cérémonies religieuses.
Plantation solennelle duno croix dans le cimolièro do Mignë (Vicnno), lo 17 décembre 1826, pour la clôture des oxc d après une lithographie do Chaborl. L'on fit alors grand bruit d'une « apparition miraculeuse » d'une croix dans le ciel, qui cérémonie, comme on le voit roprcsonlr dans cette j:ravure.
exercices du Jubilé; aurait terminé la
Ereotion d'un Calvaire au mont Valérien, près de Paris en 18I1»; d'après une lithographie de Marlet (I77l-I8i7).
L^ÉGLISE AU XIX« SIÈCLE EN FRANCE
eutconnaissance de la polychro mie en usage dans les monuments gothiques, on reprit rhabitude d'orner de peintures les murailles des églises, de peindre les colonnes et de dorer les chapiteaux .
retour
Cérémonies religieuses.
Prooession de la Fdte-Dieu à Paris dans la paroisse Sainl-Germain- . 1 ration; d'après une lithographie do Marlel (1771-1847) faisant partie do la
SlyJeS Tableau de Pnrin.
Le
aux (lu moyen Age pou ries édifices ecclésiastiques est redevenu si général dans la seconde moitié du xix* siècle que les bâtiments ecclésiasti ques non destinés au culte tels que pensionnats, hôpitaux, maisons de retraite, usines me mes ont été élevés tantôt en style pseudo-roman, tantôt en style pseudogothique. C'est encore dans ces deux styles qu'ont été dessinés les autels, les vitraux et la plupart des objets du culte, en particulier les ciboires, les chasses et les reliquaires; quelquefois cependant les formes de la Henaissance ont été
l'Auxorrois, sous la Rcslausnito connue sous le nom «le
MM
IP^pnr
. :^ir:
Pardon en Bretagne
d'après une peinture de M.
figuré au Salon en 1887.
Dasrnan-Bouveret, ayont
employées pour les ostensoirs.
Cérémo nies reli gieuses. — La principale des cérémonies religieuses, la messe, se célèbre à présent dans toutes les églises de France d'après le rite romain. Parmi les autres cérémonies, on peut citer surtout rinstallation de calvaires et la plantation de croix, Tune et Vautre si fréquentes pendant la Restauration et à toutes les époques du siècle où le clergé a le plus fortement exercé son influence. Sur une éminence on dressait un crucifix accompagné ou non des croix des deux larrons. De toutes les solennités religieuses, les plus brillantes furent les processions, surtout celle de la Fête-Dieu . Rétablies en 1814 au retour des Bourbons, elles ont duré dans la plupart des grandes villes jusque dans le dernier quart du siècle et
ALDUM HISTORIQUE
Pèlerinages.
La « grotte miraouleuse » à Lourdes (Ilautes-Pyrdnéos): d'après une photogrophic.
elles se célèbrent encore aujourd'hui dans la majeure partie de nos villages et de nos petites villes.
Les traits les plus intéressants de ces cérémonies , ce furent pendant longtemps la présence de la garde nationale ou de l'armée formant la haie sur le par cours de la procession, et la participation au cortège de toutes les autorités officielles en grand costume. Le spectacle pittoresque de la décora tion des rues, des reposoirs luxueux ou naïfs installés le long dos murailles ou sur les places publiques, des costumes sacerdotaux mêlés aux vêtements des confréries précédant ou suivant le Saint-Sacrement, des bannières au-dessus du cortège, a été souvent retracé par nos écrivains ou a fourni des sujets de tableaux à un grand nombre de nos artistes. En quelques régions éloignées des grandes villes, de curieux usages se sont conservés dans quelques cérémonies religieuses ; c'est, par exemple, aux processions du midi de la France, la présence de pénitents en cagoule; c'est encore, en Auvergne, la
Prières des pèlerins devant la a grollo miraculousc » h Lourdes ; d'après une pholographic.
reconstitution naïve des épisodes de la Passion.
Pèlerinages. — Les pèlerinages n'ont pas eu moins de vogue au xix" siècle qu'aux époques précédentes ; avec le développement des voies de communica tion, les stations célèbres ont attiré un concours de fidèles que n'ont peut-être pas vu aux temps antérieurs aux nôtres les endroits autrefois réputés les plus saints. De ces pèlerinages , les uns ont conservé Taspect que ces usages présentaient autrefois ; tels sont les Pardons bretons avec leurs cortèges de paysans défilant le cierge en main en chantant des cantiques, avec leurs réunions de mendiants de tout âge et de tout sexe, avec leurs boutiques en plein vent. D'autres, comme les pèlerinages de Lourdes, se sont pour ainsi dire modernisés; on connaît ces trains de pèlerins aménagés comme des salles d'hôpital qui déversent par milliers les fidèles sur les quais de la petite gare pyrénéenne, ces transports méthodiques de malades par des brancardiers volontaires, ces foules énormes se soumettant à une
L'ÉGLISE AU XIX* SIÈCLE EN FRANCE
Modes de l'activité de l'Église française au XIX^ siècle.
L'heure de la oontemplation à l'abbaye des Bernardines, à Anglet Chapitre de la Trappe à Soligny (Orne); lo moine couché sur le sol (Basses-Pyrénées). attend le jugement du chapitre devant lequel il o confessé ses fautes.
Ces deux figures sont reproduites d'après des gravures du journal VJlluitration (1897).
SoBur de l'Ordre de Saint-Paul de Chartres soignant les malades
h l'hôpital militaire de SaTgon {MissioM catholiques françaises).
sévère discipline , passant de la prière à genoux, les bras en croix, au chant des cantiques et se déroulant en longs cortèges , ordonnés com me une armée en marche.
Activité de l'Église française auXIX^ siècle.— L'Eglise française au XIX® siècle ne s'est pas bornée uniquement à Tensei-
à rExposilion rétrospcclivo do la Ville do
Salle des jeux, dans un cercle catholique ouvrier à Paris; d'après une photographie.
gnement de la religion et à l'exercice du culte; un coupd'œil sur les pages 201 et 202 de ce volume montre le vaste champ d'ac tion que s'est ouvert l'Eglise de France en ce siècle. Tandis que le clergé séculier se consacrait en général uniquement à la pratique du culte, lescongrégalions joignaicntà leurs
s une pçirilure tlL^ Buiivin 1 S 1 7 - 1 ^sT, ti; au L ti -ii i i Paris lors de l'Exposition universelle de 1900.
Modes de l'activité de TÉglise française au XIX'' siècle.
Le monasidre et l'usine à l'abbaye de Sainte-Marie-du-Mont (Isère).
devoirs religieux des occupations très variées. Un petit nombre seulement contribué rent à s'adonner exclusivement à la contemplation et à la méditation; d'autres, surtout les congrégations de femmes, fidèles d'ailleurs aux traditions des époques antérieures, se vouaient aux œuvres d'assistance et soignaient les malades dans les hôpitaux et dans les hospices. Depuis la Restaura tion, un très grand nombre d'ordres s'occupèrent de l'instruction de la jeunesse. La répartition se fit à peu près ainsi : l'enseignement primaire aux garçons, par
Le frère brasseur à l'usine de l'abbnyc de Saiiilc-Marie-du-Mont.
Les moines agriculteurs chez les Cisterciens Les moines agriculteurs; le retour du
de Sënanquo. — Le départ au travail. travail.
Ces quatre gravures sont reproduites d'après le journal V Illustration (18U8).
fut donné de préférence, les frères de la Doctrine chrétienne appelés aussi frères irjnorantins, aux
fillettes par des congrégations de femmes; l'enseignement secondaire pour les garçons appartint le plus souvent aux jésuites, et pour les filles, il fut aux mains d'un très grand nombre d'ordres de femmes qui, avant l'établissement des lycées de filles par l'État, avaient fini par monopoliser presque entièrement l'éducation des jeunes filles de la bourgeoisie.
On peut encore considérer comme des œuvres d'instruction ou tout au moins de propagande les cercles ouvriers, dans la fondation desquels le clergé séculier eut en général plus de part que le clergé régulier. D'autre part, dans la seconde moitié du xix*" siècle, beaucoup de congrégations orga-
L'ÉGLISE AU XIX» SIÈCLE EN FRANCE
L'Église française hors de France.
Réception solennelle du cardinal Langénicnx comme lëgat du pape à Jérusalem, en 1897: d'après une peinture de J. Tissot (183G 1902\ conservée
dans la cathédrale do Reims.
Baptême d'un chef dans une mission française au Congo; diaprés une photographie {Alisaious cathoUquea françaises).
Père Blanc (fantassin) en costume de marche {Illustration).
nisèrent des établissements agricoles et surtout industriels : on vit des moines fonder des fromageries, des chocolateries, des distilleries devenues rapidement célèbres, et ce mode de l'activité de TÉglisc française au xix® siècle fut peut-être le plus nouveau.
Les missions. — Enfin il convient de rappeler Taction de TÉglise hors de France ; de nombreux missionnaires français sont allés répandre la doctrine chrétienne dans les contrées éloignées de rEurope ; des ordres nouveaux ont été créés, parmi lesquels un de ceux dont Taspoct est le
plus original par suite de Tappropriation de son costume aux fins particulières qu'il poursuit, est celui des Pères Blancs d'Afrique, créé par le cardinal Lavigerie pour évangéliser les tribus africaines et y faire disparaître l'esclavage. Dans les pays où depuis longtemps régnait l'influence des missions françaises, cette prééminence de l'Église française s'est parfois manifestée en de grandioses cérémonies, dont on peut voir un exemple ici dans la réception solennelle du cardinal Langénieux comme légat du pape à Jérusalem en 1897.
L'Église française et la société | au XIX« siècle.
Bénédiotion des drapeaux do rarmdc française à l^aris, le 30 mai 18i5.
L'Église dans ses rapports avec la société. — Par suite du progrès continu de la laïcisation de la société française dans le dernier quart du xix*" siècle, la participation de rÉglise aux actes de la vie publique s'est fort réduite. Jusqu'alors, le clergé avait été constamment associé aux cérémonies publiques. Il y avait aussi, lors de la rentrée des chambres, des prières publiques où assistaient les fonctionnairesdeTEtat; de même la réouverture des tribunaux était précédée chaque année d'une messe solennelle. Chaque semaine, dans les camps, était célébrée une messe solennelle ; les drapeaux remis à l'armée
Bénédiction de la première pierre des cités ouvrières
par l'archevêque de Paris, le 8 mai 1849.
Ces quatre gravures sont reproduites d'après VUluttration.
OU
Bénédiotion do la ligne du chemiu de fer de Nancy à Paris, le 17 juin 1852.
Remise de la barrette au cardinal de Chevérus par Louis-Philippe, au.K Tuileries (10 mars 1836); d'après une peinture de Granet (1775-1849), Musée de Versailles.
La Messe du Saint-Esprit,
3 novembre 1849.
furent bénis par l'archevôque de Paris.
Enfin, il était d'usage de placer sous la sauvegarde de TElise des institutions des inventions nouvelles ; c'est ainsi que nous voyons ici Tarchevêque de Paris bénissant en 1849 la première pierre des cités ouvrières, et Tévêque de Nancy bénissant en 1852 la première locomotive qui fit le trajet de Nancy à Paris. Aujourd'hui l'Église n'est plus en contact avec lasociété laïque, en dehors des cérémonies privées, que dans le cas où les ecclésiastiques apparaissent à litre de fonctionnaires, comme dans les réceptions officielles ou lors de la remise par
française en 1852, le chef de l'Elat de la barrette aux cardinaux.