PHILOSOPHIE
Lorsque je vins m'asseoir au festin de la vie, Quand on passa la coupe au convive nouveau, J'ignorais le dégoût dont l'ivresse est suivie. Et le poids d'une chaîne à son dernier anneau.
Et pourtant je savais que les flambeaux des fêtes, Eteints ou consumés, s'éclipsent tour à tour; Et je voyais les fleurs qui tombaient de nos têtes, Montrer en s'effeuillant leur vieillesse d'un jour.
J'apercevais déjà sur le front des convives Des reflets passagers de tristesse et d'espoir . . . Souriant au départ des heures fugitives, J'attendais que l'aurore inclinât vers le soir.
J'ai connu qu'un regret payait l'expérience. Et je n'ai pas voulu l'acheter de mes pleurs; Gardant comme un trésor ma calme insouciance, Dans leur fraîche beauté j'ai moissonné les fleurs.
Préférant ma démence à la raison du sage. Si j'ai borné ma vie au moment du bonheur, Toi, qui n'as cru jamais aux rêves du jeune âge. Qu'importe qu'après moi tu m'accuses d'erreur.
En vain tes froids conseils cherchent à me confondre, L'obtiendras-tu jamais ce demain attendu? Lorsqu'au funèbre appel il nous faudra répondre. Nous aurons tous les deux, toi pensé, moi vécu.
^^^^^3- ÉLISA MERCŒUR .5^s=®âg
Nomme cette maxime ou sagesse ou délire, Moi, je veux jour à jour dépenser mon destin. Il est heureux, celui qui peut encor sourire. Lorsque vient le moment de quitter le festin!
LA FEUILLE FLETRIE
Pourquoi tomber déjà, feuille jaune et flétrie? J'aimais ton doux aspect dans ce triste vallon: Un printemps, un été, furent toute ta vie; Et tu vas sommeiller sur le pâle gazon.
Pauvre feuille! il n'est plus, le temps où ta verdure Ombrageait le rameau dépouillé maintenant. Si fraîche au mois de mai! faut-il que la froidure Te laisse encore à peine un incertain moment!
L'hiver, saison des nuits, s'avance et décolore Ce qui servait d'asile aux habitants des cieux; Tu meurs, un vent du soir vient t' embrasser encore; Mais ses baisers glacés pour toi sont des adieux.