‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 135 sur 328 · LA MENDIANTE AU CIMETIÈRE DE BERLIN · texte numérisé non relu

LA MENDIANTE AU CIMETIÈRE DE BERLIN

La pauvre femme est là, devant le cimetière, Bien vieille, et ne pouvant presque se soutenir, Elle implore l'aumône et prie, et sa prière Parle de mort et d'avenir.

Là, du matin au soir, tous ceux que l'on enterre Passent devant ses yeux avec leur blanc linceul. Là vient la jeune fille, et puis la pauvre mère. Et puis l'enfant, et puis l'aïeul.

Elle voit les regrets, les douleurs et les larmes, Elle sait que beaucoup ont tremblé de mourir. Mais pour elle, elle peut y songer sans alarmes; Pour elle, mourir . . . c'est dormir.

Le monde dur et froid la dédaigne et la chasse. Et personne ne vient s'attacher à son sort. Mais pour se consoler, d'avance elle a pris place Dans cet asile de la mort.

Que l'on visite encore un jour ce cimetière. Les yeux la chercheront et ne la verront pas; Car elle aura quitté son vieux siège de pierre, Pour reposer un peu plus bas.

Page 1