‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 182 sur 328 · DERNIER ADIEU · texte numérisé non relu

DERNIER ADIEU

Vous que j'ai tant aimée, ô vous dont l'œil m'évite, Si le hasard encor me plaçait sur vos pas. Tremblante, à mes regards ne fuyez pas si vite, De moi ne vous détournez pas.

Ne vous détournez pas! — Dans sa noble innocence, Mon cœur s'étonne et saigne au trouble où je vous vol. Si d'un trop haut amour la femme un jour s'offense. Je l'ignorais: pardonnez-moi.

Ne vous détournez pas! — Votre trouble me blesse. Un souvenir, des fleurs, ne vous sauraient lier! Croyez à mon orgueil autant qu'à ma faiblesse: J'aimai . . . mais je veux oublier.

Nul remords entre nous, nul secret, nul mystère! De ma douleur jamais vous n'aurez à souffrir! Celui qui si longtemps sut aimer et se taire Se taira, — dût il en mourir!

Que de jours, l'âme en proie à la mélancolie, Me rappelant combien le sort te fut amer, O Tasse! ainsi que toi j'enchainai ma folie Dans un silence ardent et fier!

Charles Baudelaire

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Est-ce ma faute à moi, dans une heure d'ivresse, Si, vos regards troublant ma frêle volonté, Votre main dans ma main, défaillant de tendresse, Mon cœur sur ma lèvre est monté?

Oubliez-le, ce mot, l'énigme de ma vie. Votre instinct curieux, ô femme! est satisfait. A mon tour j'oublierai, chère et mortelle amie, Le mal qui par vous me fut fait.

Allez en paix! vivez! Le monde vous réclame; En riant foulez-y mon idéal cherché.

Oh! vous saurez un jour, au vide de votre âme, Sur quel cœur vous avez marché!

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