SOLUS ERIS
Il est en moi déjà bien des tombes muettes, Il est en moi des morts bien chèrement pleures; Mon âme en deuil, mon âme aux angoisses secrètes Les visite, la nuit, de ses pleurs ignorés.
Mais, s'ils coulent, ces pleurs, ils coulent en silence! Pour étouffer mes cris j'ai bâillonné ma voix. L'oiseau que la vipère a surpris sans défense Et mordu, pour mourir se cache au fond des bois.
Aux cœurs blessés laissons leur pénombre discrète, Respectons le silence où leur pudeur se plait. Chacun porte en son sein quelque peine secrète ; La plus âpres souvent est celle qui se taiL
Je n'ai point renié mon passé ni mon rêve! Ce qu'une fois j'aimai, je l'aimerai toujours! Oui, le dégoût m'a pris! oui, le cœur me soulève! Mais j'ai trouvé mes dieux moins hauts que mes amours !
Dédaignant la pitié, pour imposer l'estime. De sa propre détresse il faut sortir vainqueur! Si le monde en nous croit briser une victime. Montrons-lui que la force est du côté du cœur!
m^^p^ AUGUSTE LACAUSSADE .B^k^Sm
Rentrons en nous, rentrons nos vertus blasphémées ! Voilons nos vœux déçus des ombres du linceul ! Couvrons d'un masque froid nos pâleurs enflammées! Disons à notre esprit: Debout! et marche seul!
Se lamenter! gémir! — gémir pour qu'on nous plaigne! Ou subir résigné les maux immérités!
Non ! je n'accepte point les coups dont mon cœur saigne ! Je suis né, je mourrai parmi les révoltés.