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LES BŒUFS

J'ai deux grands bœufs dans mon étable,

Deux grands bœufs blancs marqués de roux,

La charrue est en bois d'érable,

L'aiguillon en branche de houx.

C'est par leurs soins qu'on voit la plaine

Verte l'hiver, jaune l'été.

Ils gagnent dans une semaine

Plus d'argent qu'ils n'en ont coûté.

S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir que voir mourir mes bœufs!

Les voyez-vous les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit.

Bravant la pluie et les tempêtes Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid.

Lorsque je fais halte pour boire Un brouillard sort de leurs naseaux Et je vois sur leurs cornes noires Se poser les petits oiseaux.

ils sont forts comme un pressoir d'huile.

Ils sont doux comme des moutons.

Tous les ans on vient de la ville

Pour les mener aux Tuileries,

Au mardi-gras devant le roi

Et puis les vendre aux boucheries;

Je ne veux pas, ils sont à moi.

Quand notre fille sera grande

Si le fils de notre régent

En mariage la demande.

Je lui promets tout mon argent;

^^è^ee ANDRÉ LEMOYNE ^^^^â8

IS

Mais si pour dot il veut qu'on donne

Les grands bœufs blancs, marqués de roux;

Ma fille, laissons la couronne

Et ramenons les bœufs chez nous.

S'il me fallait les vendre.

J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien! j'aimerais mieux La voir mourir que voir mourir mes bœufs!

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