‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 192 sur 328 · ANDRÉ LEMOYNE · texte numérisé non relu

ANDRÉ LEMOYNE

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«Le plus beau de la vie est au commencement, Répète à l'unisson la parole des sages ; Je cherche dans la mienne où sont les beaux passages J'ai vécu ... je ne sais ni pourquoi ni comment.

(Quand je verrais encor les cent ans qui vont suivre, Si les soleils futurs, comme les vieux soleils, Me ramènent des jours si constamment pareils. Je finirai mon siècle en oubliant de vivre.

«A Paris, le théâtre et la danse l'hiver;

Et toujours en été la même promenade:

J'ai pris plus de vingt fois les eaux d'Ems et de Bade,

Et fatigué ma vue à regarder la mer.

<:Je sais de chaque église et la messe et le prône, Et, comme un laboureur son grain dans les sillons. Comme un soleil de Juin ses opulents rayons, Les deux mains pleines d'or, j'ai fait pleuvoir l'aumône.

«Quand fumait l'encensoir des beaux enfants de chœur Les prêtres m'ont chanté leurs saintes litanies. Et l'orgue m'a versé des torrents d'harmonies; Mais rien n'a pu combler l'abîme de mon cœur.

«J'ai passé l'âge heureux où l'on voit tout en rose. Et l'âge encor naïf où l'on voit tout en noir; Sérieuse à présent, j'ai le malheur de voir Partout la teinte grise, uniforme et morose.

«Ce bonheur idéal, cet amour tant rêvé

Qu'à l'ombre des couvents, les pauvres jeunes filles

Aperçoivent de loin en regardant aux grilles,

Je l'avais cru possible ... et ne l'ai pas trouvé . . .

. Depuis bientôt douze ans que je suis mariée. Je savoure à pleins bords la coupe de l'ennui : Frère d'Hier, Demain est frère d'Aujourd'hui . . . Hélas! la ligne droite est si peu variée! . . .

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« Si j'essayais l'amour dont je n'ai pas goûté ! . . . Si je laissais tomber mes pauvres ailes d'ange! . . . Et si, comme un enfant qui dévore une orange, J'assouvissais ma soif au fruit d'or enchanté! . . .

«Je n'aurais qu'à vouloir — car je suis vraiment belle. Pour éblouir l'essaim des papillons errants, De mes grands yeux d'azur, astres indifférents, Je n'aurais qu'à laisser jaillir une étincelle.

Ah ! parfois, quand je pense à la fuite des jours, Je porte presque envie aux folles créatures Qui, voulant autrefois de l'or à leurs ceintures. Suivaient le tourbillon des rapides amours.

< Même fin, après tout. — La femme au coeur fragile, Et la femme au cœur fort qui vécut chastement. Côte à côte aujourd'hui dorment également Sous les grands cyprès noirs, dans leur fosse d'argile.

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Vous ne descendez plus, comme aux temps d'Israël, Beaux anges pèlerins des légendes antiques; Repliant pour jamais vos deux ailes mystiques. Vous avez disparu dans les hauteurs du ciel.

Contre l'esprit du mal qui pourra nous défendre. Dans ces rudes combats de l'austère devoir? . . . Est-ce une force humaine, un terrestre pouvoir? . . . Silence! ... En tressaillant, la femme vient d'entendre

Une voix, que d'abord elle écoute en songeant, Comme un écho profond du cœur qui se réveille . . . Mais la voix se rapproche . . . elle chante à l'oreille Ainsi qu'un timbre pur de cristal ou d'argent:

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