‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 20 sur 328 · LE GLADIATEUR · texte numérisé non relu

LE GLADIATEUR

Vain et sanglant jouet de la fureur romaine, Le fier gladiateur cède et tombe expirant; Par son glaive trahi, sur l'homicide arène, Il repose calme et mourant.

Il ramasse en son cœur sa force réunie. Se penche et se recueille, appuyé sur sa main; Il consent à la mort, mais domptant l'agonie. Il brave encore le Romain.

Il languit par degrés, et sa tête s'abaisse. Il se sent défaillir; les gouttes de son sang, Qu'il regarde couler sans crainte et sans faiblesse, Tombent plus lentes de son flanc.

Bientôt la pâle mort sur son front se déploie: Il meurt! mais sans laisser s'affaiblir son grand cœur; II meurt, en entendant tous ces longs cris de joie Que l'on prodigue à son vainqueur.

m&^^^ DÉRANGER ^^k^&SQ

Il écoute ces cris avec indifférence:

La couronne du cirque à ses yeux est sans prix, Et le don de la vie, accordé sans vengeance, N'exciterait que ses mépris.

Sa pensée est bien loin de ce théâtre horrible! 11 songe à son vieux père accablé par les ans; Il revoit le Danube, et sous son toit paisible Il a reconnu ses enfants.

Il voit ses jeunes fils jouer près de leur mère; Et lui pourtant, acteur d'un spectacle inhumain, Expire sur le sol d'une rive étrangère, Pour l'amusement d'un Romain!

O forfait! à ce point l'homme ose outrager l'homme! Levez-vous ! accourez, fiers barbares du Nord ! De vos fils, égorgés pour les plaisirs de Rome, Venez venger l'indigne mort!

^sv3ê>

Page 1