LE BOIS QUI PLEURE
Tout est mort! — Vers d'autres climats Les oiseaux vont chercher fortune, Et la terre, sous les frimas.
Est blanche, au loin, comme la lune;
Le vent pareil à cent taureaux.
Mugit au seuil de ma demeure; Le givre a brodé mes carreaux; À mon foyer la bûche pleure:
<; Je me souviens! ... je me souviens! ..." Au pied des monts . . ., dans le bois sombre Mon front large, en ces jours anciens.
Faisait à terre une grande ombre!
« Oh ! les cieux en pluie épandus Sur l'ébullition des sèves!
Oh ! les ravissements perdus Dans la profondeur de mes rêves !
* Et comme au bord des claires eaux Frissonnait mon écorce grise.
Sous le pied leste des oiseaux Ou les caresses de la brise.
«L'hiver venait chassant l'été; Tout s'abritait au toit des villes; Seul, je gardais la majesté Des existences immobiles!
m&^^^ LOUIS BOUILHET .Ë^^^i&
< Et dressant mon squelette noir Sur la nudité des champs mornes, Silencieux dans mon espoir Des rajeunissements sans bornes,
« J'attendais des temps plus heureux, Où sur mes branches découvertes Le chant des merles amoureux Ferait pousser des feuilles vertes!
Plus de nids! plus de vents dans l'air, Secouant à flots mon feuillage!
La hache a comme un pâle éclair, Frappé mon tronc durci par Lâge:
■.■ Et traîné des vallons charmants Au chantier brutal des banlieues, J'ai senti mes os, par moments.
Crier sous la scie aux dents bleues! . . .
La pauvre bûche pleure encor; Mais déjà dans ses mille étreintes Le feu, comme un grand poulpe d'or.
Fait, sans pitié, mourir ses plaintes.
L'âme légère du vieux bois.
Moitié brise et moitié rosée, Libre pour la première fois.
Flotte sur la cendre embrasée . . .