LÉON DIERX
LE CAMEE
Un cœur d'homme à vingt ans est une cire molle. Une enfant, tout à coup, avec son doigt léger Y trace son image insoucieuse et folle, Puis se sauve en riant, et sans y plus songer.
Mais la cire devient plus dure que la lave; Et sur ses bords brillants ou glacés tour à tour, Le profil adoré par la douleur se grave. Nul acide n'en peut ronger le pur contour.
Pas de pierre qui l'use ou de feu qui le fonde! Sur lui l'absence est vaine et le temps en vain mord. Ni les pleurs corrosifs, ni la rouille profonde. Rien n'y fait. Le camée est là, jusqu'à la mort!
Et toujours, et partout, comme un remords vivace, De l'immortelle empreinte une perle de sang Filtre vers la poitrine, et grandit, quoiqu'on fasse, Car on l'essuie en vain, sans cesse, en palissant.
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Puisque l'affreux réveil d'un beau songe nous tue, Vous tous, rêveurs charmés qui gémirez demain ! S'il vous faut un amour, aimez une statue Sans demander aux Dieux de remuer sa main!
S'il faut pour être heureux caresser quelque rêve, De celui-là du moins l'on ne s'éveille pas Transpercé d'un rayon comme du froid d'un glaive ; Et peut-être on l'embrasse au delà du trépas.
SI