‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 226 sur 328 · LA VIE HARMONIEUSE · texte numérisé non relu

LA VIE HARMONIEUSE

Jadis j'aurais vécu dans les cités antiques, Svelte comme un héros, plus libre qu'un vainqueur. Et tous mes jours, pareils aux visions plastiques. Se fussent déroulés noblement comme un chœur.

Là, j'aurais contemplé l'avenir et la vie Sur le blanc piédestal de la sérénité, Sans élan surhumain, sans orgueilleuse envie, Heureux d'un idéal visible et limité.

J'eusse borné mes vœux et mesuré mon rêve Au soleil fugitif, au mois, à la saison, A tout ce qui se voit, à tout ce qui s'achève. Aux contours arrêtés d'un petit horizon.

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J'eusse été citoyen de quelque république, Songe de Pythagore, œuvre d'un Dorien, Harmonieux état réglé par la musique, Où la loi se conforme au rhythme aérien.

Puis dans une agora j'aurais avec ivresse Admiré longuement les poses et les sons De ces beaux orateurs dont la phrase caresse L'oreille inattentive aux rigides leçons.

Et devant la tribune, étendu sur le stade, J'aurais senti descendre à moi, sous un ciel clair. Le flot sonore et pur qu'épanche Alcibiade, Et monter le murmure éloquent de la mer.

O la vie adorable, élégante et facile!

Du lierre sur le front, des myrtes dans les mains,

Des jardins embaumés où le sage s'exile,

Et l'accueil de la flûte au détour des chemins !

Ainsi, franc de remords, étranger à la plainte. De mon droit au bonheur fermement convaincu, Un jour je serais mort sans regrets et sans crainte. Harmonieusement, comme j'aurais vécu !

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