‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 227 sur 328 · MELANCHOLIA · texte numérisé non relu

MELANCHOLIA

Je dis à la fleur: <' Qui donc t'a plantée Et qui t'a donné tes fraîches couleurs? » Avant de répondre elle est emportée Pour être vendue avec d'autres fleurs.

Je dis aux forêts: « Votre toit de feuille Est un saint asile où je rêve en paix. > A peine ai-je dit, que l'automne cueille L'abri bienfaisant du feuillage épais.

08^=^^^ SULLY-PRUDHOMME ,a^&=«ae

Je dis au grand bœuf pâturant dans l'herbe:

L'églogue pour moi renaît à te voir. > Un paysan vient et le bœuf superbe, Une corde au cou, marche à l'abattoir.

Je dis, admirant la flèche hardie Du temple de Dieu: < Quelle noble tour! Mais la foudre tombe, et dans l'incendie Le temple de Dieu s'écroule à son tour.

Je dis aux vapeurs qui dans l'étendue Vont rapidement: Quelle main prend soin De vous soutenir ainsi? » Mais la nue Ne peut me répondre, elle est déjà loin.

Je dis au Bonheur: < Hôte de caprice, Ne peux-tu rester un jour avec nous? >•> Le Bonheur sourit et dehors se glisse.

Quand nous l'appelons en vain à genoux.

Et je dis, sentant que sur moi retombe L'ennui de mon cœur, plein de mille effrois :

Quand saurai-je enfin? > — Demande à la tombe; C'est là qu'on sait tout, me dit une voix.

^SV3ê>

Page 1