MELANCHOLIA
Je dis à la fleur: <' Qui donc t'a plantée Et qui t'a donné tes fraîches couleurs? » Avant de répondre elle est emportée Pour être vendue avec d'autres fleurs.
Je dis aux forêts: « Votre toit de feuille Est un saint asile où je rêve en paix. > A peine ai-je dit, que l'automne cueille L'abri bienfaisant du feuillage épais.
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Je dis au grand bœuf pâturant dans l'herbe:
L'églogue pour moi renaît à te voir. > Un paysan vient et le bœuf superbe, Une corde au cou, marche à l'abattoir.
Je dis, admirant la flèche hardie Du temple de Dieu: < Quelle noble tour! Mais la foudre tombe, et dans l'incendie Le temple de Dieu s'écroule à son tour.
Je dis aux vapeurs qui dans l'étendue Vont rapidement: Quelle main prend soin De vous soutenir ainsi? » Mais la nue Ne peut me répondre, elle est déjà loin.
Je dis au Bonheur: < Hôte de caprice, Ne peux-tu rester un jour avec nous? >•> Le Bonheur sourit et dehors se glisse.
Quand nous l'appelons en vain à genoux.
Et je dis, sentant que sur moi retombe L'ennui de mon cœur, plein de mille effrois :
Quand saurai-je enfin? > — Demande à la tombe; C'est là qu'on sait tout, me dit une voix.
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