LA MALADE
C'était au milieu de la nuit, Une longue nuit de décembre; Le feu, qui s'éteignait sans bruit, Rougissait par moments la chambre.
On distinguait des rideaux blancs, Mais on n'entendait pas d'haleine; La veilleuse aux rayons tremblants Languissait dans la porcelaine.
Et personne, hélas! ne savait Que l'enfant fut à l'agonie; De lassitude à son chevet, Sa mère s'était endormie.
Mais pour la voir, tout bas, pieds nus, Entr'ouvrant doucement la porte, Ses petits frères sont venus; Déjà la malade était morte.
Ils ont dit: « Est-ce qu'elle dort?
Ses yeux sont fixes; de sa bouche Nul murmure animé ne sort; Sa main fait froid quand on la touche.
Quel grand silence dans le lit!
Pas un pli des draps ne remue, L'alcove effrayante s'emplit D'une solitude inconnue.
Notre mère est assise là ; Elle est tranquille, elle sommeille; Qu'allons-nous faire ? Laissons-la, Que Dieu lui-même la réveille! »
Armand Sully Prudhomme
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Et sans regarder derrière eux, Vite dans leurs lits ils rentrèrent:
Alors se sentant malheureux, Avec épouvante ils pleurèrent.