‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 272 sur 328 · LA MARE AUX GRENOUILLES · texte numérisé non relu

LA MARE AUX GRENOUILLES

Cette mare l'hiver, devient inquiétante, Elle s'étale au loin sous le ciel bas et gris. Sorte de poix aqueuse, horrible et clapotante. Où trempent les cheveux des saules rabougris. Mais la lande, l'été, comme une tôle ardente Rutile en ondoyant sous un tel brasier bleu, Que l'arbre, la bergère et la bête rôdante Aspirent dans l'air lourd des effluves de feu.

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Pourtant jamais la mare aux ajoncs fantastiques Ne tarit. Vert miroir tout encadré de fleurs Et d'un fourmillement de plantes aquatiques, Elle est rasée alors par les merles siffleurs. Plus que l'Eve des champs, fileuse de quenouilles Ce qui m'attire alors sur le vallon joyeux, C'est que la grande mare est pleine de grenouilles, Bon petit peuple vert qui réjouit mes yeux.

Les unes, père, mère, enfant mâle et femelle, Lasses de l'eau, vaseuse à force de plongeons Par sauts précipités, grouillantes, pêle-mêle, Friandes de soleil, s'élancent hors des joncs; Elles s'en vont au loin s'accroupir sur les pierres, Sur les champignons plats, sur les bosses des troncs. Et clignotent bientôt leurs petites paupières Dans un nimbe endormeur et bleu de moucherons.

Émeraude vivante au sein des herbes rousses

Chacune luit en paix sous le midi brûlant,

Leur respiration a des lenteurs si douces

Qu'à peine on voit bouger leur petit goitre blanc.

Et près d'elle toujours le mal qui me torture

L'ennui — sombre veilleur — dans la mare s'endort;

Et ravi, je savoure une ode à la nature

Dans l'humble fixité de leurs yeux cerclés d'or.

M'"^ LOUISA SIEFERT

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