‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 275 sur 328 · AMOUR · texte numérisé non relu

AMOUR

Moi qui me figurais qu'il n'en existait plus De ces amours d'antan, bons petits dieux perclus; Qu'aujourd'hui, dédaigné par la foule incrédule, Cupidon n'était plus qu'un sujet de pendule! Ah! sotte, qui croyais bien voir et bien juger! Non! les ans peuvent fuir, les temps peuvent changer, Mais sous la robe Empire ou le veston moderne. Nos pauvres cœurs humains, quand l'amour les gouverne, Battent, toujours pareils, d'un pareil mouvement. Que l'on soit fin de siècle > ou bien commencement ! » Et je laissais ainsi flotter mes rêves vagues En revenant tantôt, parmi l'azur des vagues. Des îles de Lérins, à l'heure où le soleil. Derrière l'Esterel, comme un globe vermeil, S'enfonce lentement et disparaît dans l'ombre. Notre bateau fendait le flot déjà plus sombre; Des mouettes sur nous voltigeaient en criant ; Cannes, dans le lointain pittoresque et riant, Étageait sous nos yeux son cirque de collines; Très insensiblement, en grises mousselines, La nuit tombait, tranquille et claire, un vent léger Apportait jusqu'à nous des senteurs d'oranger; Nous parlions à voix basse et les deux mains unies . .

Oh! les heures de joie! Oh! les heures bénies!

Hier, il a voulu voir ce petit carnet. Doucement, il saisit ma main qui le tenait. Et, me baisant les doigts: Donnez cela, poète!» Je rougissais. Et lui, grave, hochant la tête.

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Prenant comiquement les grands airs de rigueur, A lu ces pauvres vers où je mets tout mon cœur; Moi, je restais debout, gauche, très empruntée,

Tel un collégien dont on lit la dictée.

Quand il eut achevé, sans relever les yeux. Un moment il resta rêveur, silencieux; Puis, comme s'il fût seul, se parlant à soi-même. Il murmura bien bas: <' Chère enfant, que je t'aime!

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