‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 281 sur 328 · IL ETAIT UNE FOIS · texte numérisé non relu

IL ETAIT UNE FOIS

Il était une fois jadis Trois petits gueux sans père et mère C'est sur l'air du De profundis Qu'on chante leur histoire amère.

Ils avaient soif, ils avaient faim,

Ne buvaient, ne mangeaient qu'en rêve,

Quand ils arrivèrent enfin

À demi-morts sur une grève.

L'océan leur dit: — C'est ici Que va finir votre fringale Mangez, buvez! chantez aussi Soyez gais ! C'est moi qui régale.

Et les trois pauvres goussepains Qui n'avaient jamais vu de grève On contemplé des pains, des pains Et de l'eau, plus que dans leur rêve.

Sans chercher, sans se déranger Ils avaient la table servie, De quoi boire et de quoi manger Tout leur soûl et toute leur vie.

Hélas! les jolis pains mollets A la croûte ronde et dorée C'était le désert des galets, Jaunis par l'or de la soirée.

Jean Richepin

69^=^^ JEAN RICHEPIN ^^è=^âg

L'eau claire et pure, l'eau sans fin, C'était l'eau de la plaine amère.

Ils sont morts de soif et de faim, Les trois petits sans père et mère.

Cette histoire est du temps jadis.

Une vague me l'a narrée Au rhythme du De profundis Que leur chante encore la marée.

Page 1