AU BORD DE LA MER
Un soir, un soir d'été calme et propice au rêve. Nous nous étions ensemble assis près de la grève. Une ineffable paix tombait des cieux en nous. Et, nous tenant les mains, unissant nos genoux. Nous écoutions la plainte à peine saisissable Des vagues qui là-bas se mouraient sur le sable. Tout à coup, dans la nuit, un violon lointain Chanta. Ce chant vers nous flottait, comme incertain.
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Mais si mélancolique et si beau qu'à l'entendre On s'étreignait plus fort, on se sentait plus tendre. On eût cru des baisers, des soupirs, des adieux . . . Et nos rêves suivaient l'archet mélodieux.
«Ah! tristes, chantait-il, sont les roses fanées!
Tristes, les jours perdus et les nuits profanées,
Les amours qu'un matin suffit à défleurir!
Tristes, la source impure et qu'on ne peut tarir;
La beauté que le temps inexorable emporte
Et la virginité du cœur flétrie et morte! . . .
• — Mais douces sont les fleurs et douces les amours
Qui naissent dès l'aurore et qui durent toujours!
Doux les chastes baisers, charmants les jeunes couples
Qui vont, les bras nerveux liant les tailles souples.
Errer au mois d'avril sous les ombrages verts.
Joyeux et l'un pour l'autre étant tout l'univers!
Beaux sont les fiancés qui, d'une âme ravie.
Marchent, pleins d'espérance, au-devant de la vie.
Sachant, si le malheur leur barre le chemin.
Qu'ils passeront quand même en se donnant la main!
Beaux, les nobles amants qui, sans crainte ni doute.
Vers le même sommet ont pris la même route.
Dont le fier idéal n'est jamais abattu.
Qui sentent leur amour pareil à la vertu.
Et dont le cœur d'enfant peut se montrer sans voiles.
Profond comme la mer, pur comme les étoiles!»
Ainsi le violon, sous le clair firmament, Auprès des flots, chantait harmonieusement. Puis s'assombrit le ciel et se tut la musique . . . Et nous pleurions d'avoir, en cet instant magique. Goûté dans un accord grave et délicieux. L'infini de l'amour, de la mer et des cieux.
m&=^P3- ALBERT SAMAIN .5^^=^^