‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 311 sur 328 · APPARITION · texte numérisé non relu

APPARITION

L'aube pour t'accueiilir se lève à l'orient;

La terre en fleurs tressaille et hausse ses corolles

Jusqu'à ta jeune main qui les plie en passant;

La branche te caresse et te touche l'épaule ; Le caillou se détourne et roule sous tes pas Et l'écho t'accompagne et la brise te frôle.

Le Printemps t'a fêtée, ô Divine! et, là-bas, L'Eté silencieux vers qui tu marches nue Entr'ouvre sa paupière et lève ses yeux las.

Toute la plaine est d'or de t'avoir reconnue;

La houle des blés murs s'enfle et déferle au vent;

La source pour toujours rit que tu t'y sois vue.

L'heure semble attentive à ta grâce sereine ; Pose ton pied charmant sur les mousses, et fais De ta coupe perler l'eau de la fontaine.

Ton geste gracieux l'épanché au gazon frais;

Reste ainsi; le soleil en sa gloire fleurie

Te sculpte une chair d'or dans un marbre de paix.

Mais regarde, là-bas, venir sur la prairie

Le Crépuscule lent et l'Automne qui tient

Son sceptre rouge où pend une grappe pourrie.

L'un et l'autre, à leur tour, te prendront par la main

Ils savent les sentiers de la forêt fatale

Où tes pieds saigneront aux ronces du chemin.

Les fleurs que tu cueillis, pétale par pétale,

S'effeuilleront alors au thyrse dévasté.

Et la pluie et la brume autour de ta chair pâle.

^&^^T HENRI DE RÉGNIER ,B^s^£8

Haletante au vent dur qui gerce ta beauté, Tisseront lentement leurs voiles où frissonne Le spectre de ta joie et de ta nudité.

Toi qui fus le Printemps que l'Eté d'or couronne, Tu n'es qu'une ombre errante, écoutant, à travers Les arbres nus, hennir au Temps qui les talonne

L'âpre déferlement des chevaux de la mer.

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