EDMOND ROSTAND
Le violon du chef chantait éperdument!
Quel étrange génie avait donc ce grand diable? . . . 11 passa tout d'un coup du sauvage au charmant : Et ce fut une valse, alors, inoubliable . . .
Son archet appuyé dans toute sa longueur. Faisait monter un son d'une pureté grave, Qui vous envahissait de trouble et de langueur. Et qui se prolongeait, agonisant, suave ! . . .
Vous roulant, vous berçant, avec quelles lenteurs Ondulait et mourait la vague mélodique ! Et plus que la nuit chaude, et plus que les senteurs, Elle prenait les sens, cette rare musique!
J'écoutais, subissant comme un charme pervers. Parfois il me semblait que ces archets magiques Jouaient, ayant quitté leurs cordes, sur mes nerfs . . . Et c'étaient de beaux cris d'amour, longs et tragiques
Car d'abord le chef seul avait improvisé. Chaque musicien suivait, comme un élève. Accompagnant le chant, mais voilà que, grisé. Chacun était parti maintenant dans son rêve . . .!
Dans son rêve, les yeux fermés, chacun marchait. Ce n'étaient plus du tout de simples airs de danses, Car le cœur de chacun saignait sous son archet. Et tous ces violons chantaient des confidences!
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