L'AIGUILLON
Ah! France! as-tu du cœur? as-tu des yeux pour voir? As-tu des dents pour mordre? as-tu, sans le savoir, Du sang, encor du sang en ta veine épuisée? As-tu dans ton carquois une flèche aiguisée? Ou, serpent sans venin, qui rampe en son sillon, N'as-tu plus que la langue au lieu de l'aiguillon?
Dis, France, m'entends-tu? comme au jour de frimaire
Ton ciel est sombre et lourd et ta vallée amère.
Où donc as-tu planté l'arbre de fructidor?
Où donc as-tu semé l'épi de messidor?
Les petits des oiseaux en ton sillon immense.
Ont-ils déraciné le germe et la semence?
Où sont tes fils aînés, cheveux longs, et pieds nus Mendiants immortels, sous des noms inconnus. Que partout l'on a vus affamés de batailles. Etre en quête partout de promptes funérailles? Ceux-là, mal avisés, ne savaient pas encor Ce qu'on peut acheter avec un denier d'or.
Ils n'avaient point au cou de riches broderies,
Ni tant de beaux rubans, de nobles armoiries,
Et des jougs argentés ne courbaient pas leurs fronts ;
Non, ils n'étaient point ducs, ni comtes, ni barons.
Ni pages, ni valets, de leurs propres caprices ;
Ils n'avaient sur leurs seins rien que leurs cicatrices.
Ah! France, as-tu du cœur? as-tu des yeux pour voir? As-tu des dents pour mordre? as-tu, sans le savoir. Du sang, encor du sang, en ta veine épuisée? As-tu dans ton carquois une flèche aiguisée? Ou, serpent sans venin, qui rampe en son sillon, N'as-tu plus que la langue au lieu de l'aiguillon?
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