‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 37 sur 328 · L'ÉCOLIER · texte numérisé non relu

L'ÉCOLIER

Un tout petit enfant s'en allait à l'école.

On avait dit: allez! Il tâchait d'obéir;

Mais son livre était lourd; il ne pouvait courir:

Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.

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«Abeille! lui dit-il, voulez-vous me parler?

Moi, je vais à l'école, il faut apprendre à lire.

Mais le maître est tout noir, et je n'ose pas rire.

Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?

— Non, dit-elle, j'arrive, et je suis très-pressée.

J'avais froid, l'aquilon m'a longtemps oppressée.

Enfin j'ai vu des fleurs : je redescends du ciel.

Et je vais commencer mon doux rayon de miel.

Voyez ! j'en ai déjà puisé dans quatre roses ;

Avant une heure encor nous en aurons d'écloses.

Vite, vite à la ruche. On ne rit pas toujours :

C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux jours.

Elle fuit, et se perd sur la route embaumée.

Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert:

Il saluait l'aurore, et l'aurore charmée

Se montrait sans nuage et riait de l'hiver.

Une hirondelle passe, elle offense la joue

Du petit nonchalant, qui s'attarde, et qui joue,

Et dans l'air suspendue, en redoublant sa voix,

Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.

« Oh ! bonjour, dit l'enfant qui se souvenait d'elle.

Je t'ai vue à l'automne; oh! bonjour, hirondelle!

Viens; tu portais bonheur à ma maison, et moi

Je voudrais du bonheur: veux-tu m'en donner, toi!

Jouons!» — Je le voudrais, répond la voyageuse;

Car je respire à peine, et je me sens joyeuse.

Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps;

Ils rêveraient ma mort, si je tardais longtemps.

Oh! je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance.

J'emporte un brin de mousse, en signe d'espérance.

Nous allons relever nos palais dégarnis:

L'herbe croît, c'est l'instant des amours et des nids.

J'ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère,

Je vais chercher mes sœurs là-bas sur le chemin.

Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère,

Il en faut profiter. Je me sauve: à demain.»

L'enfant reste muet, et, la tête baissée,

Rêve, et compte ses pas pour tromper son ennui,

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Quand le livre importun, dont sa main est lassée, Rompt ses fragiles nœuds et tombe auprès de lui. Un dogue l'observait du seuil de sa demeure. Stentor, gardien sévère et prudent à la fois. De peur de l'effrayer, retient sa grosse voix. Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure?

Bon dogue, voulez-vous que je m'approche un peu ? Dit l'écolier plaintif: je n'aime pas mon livre. Voyez ! ma main est rouge ; il en est cause. Au jeu Rien ne fatigue, on rit, et moi je voudrais vivre Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours. Je m'en plains tous les soirs, et j'y vais tous les jours. J'en suis très-mécontent ; je n'aime aucune affaire ; Le sort d'un chien me plaît, car il n'a rien à faire. — Écolier, voyez-vous ce laboureur aux champs? Eh bien ! ce laboureur, dit Stentor, c'est mon maître. Il est très-vigilant, je le suis plus peut-être: Il dort la nuit, et moi j'écarte les méchants; J'éveille aussi ce bœuf, qui d'un pied lent, mais ferme, Va creuser les sillons quand je garde la ferme. Pour vous-même on travaille, et, grâce à nos brebis. Votre mère en chantant vous file des habits. Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange. Allez donc à l'école, allez, mon petit ange. Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux: L'ignorance toujours mène à la servitude ; L'homme est fin . . . L'homme est sage : il nous défend l'étude. Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux: Les chiens vous serviront. » L'enfant l'écouta dire. Et même il le baisa. Son livre était moins lourd. En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court; L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire. A l'école, un peu tard, il arriva gaîment. Et dans le mois des fruits il lisait couramment.

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