‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 38 sur 328 · LA PAUVRE FILLE · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FILLE

J'ai fui ce pénible sommeil Qu'aucun songe heureux n'accompagne, J'ai devancé sur la montagne Les premiers rayons du soleil.

S'éveillant avec la nature, Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs; Sa mère lui portait sa douce nourriture . . .

Mes yeux se sont mouillés de pleurs.

Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère?

Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau, Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau?

Rien ne m'appartient sur la terre;

Je n'ai pas même de berceau, Et je suis un enfant trouvé sur une pierre.

Devant l'église du hameau.

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Loin de mes parents exilée.

De leurs embrassements j'ignore la douceur;

Et les enfants de la vallée

Ne m'appellent jamais leur sœur.

Je ne partage pas les jeux de la veillée;

Jamais, sous son toit de feuillée, Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir;

Et de loin je vois sa famille,

Autour du sarment qui pétille, Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

88^^ ALEXANDRE SOUMET ^^r^es

Vers la chapelle hospitalière, En pleurant, j'adresse mes pas, La seule demeure, ici-bas.

Où je ne sois point étrangère, La seule devant moi qui ne se ferme pas!

Souvent je contemple la pierre Où commencèrent mes douleurs; J'y cherche la trace des pleurs Qu'en m'y laissant, peut-être y répandit ma mère.

Souvent aussi mes pas errants Parcourent des tombeaux l'asile solitaire ; Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents.

La pauvre fille est sans parents Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre.

J'ai pleuré quatorze printemps, Loin des bras qui m'ont repoussée; Reviens, ma mère; je t'attends Sur la pierre où tu m'as laissée.

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