A MON RUISSEAU
Ruisseau peu connu, dont l'eau coule Dans un lieu sauvage et couvert, Oui, comme toi je crains la foule.
Comme toi j'aime le désert.
Ruisseau, sur ma peine passée Fais rouler l'oubli des douleurs, Et ne laisse dans ma pensée Que la paix, des flots et des fleurs.
Le lis frais, l'humble marguerite, Le rossignol chérit tes bords ; Déjà sous l'ombrage il médite Son nid, sa flamme et ses accords.
Près de toi, l'âme recueillie Ne sait plus s'il est des per\'ers ; Ton flot pour la mélancolie Se plaît à murmurer des vers.
Quand pourrai-je, aux jours de l'automne. En suivant le cours de ton eau.
Entendre et le bois qui frissonne, Et le cri plaintif du vanneau?
Que j'aime cette église antique.
Ces murs que la flamme a couverts, Et l'oraison mélancolique Dont la cloche attendrit les airs !
m&^^^ GILBERT .5^&=^â9
Ib
Par une mère qui chemine Ses sons lointains sont écoutés ; Sa petite Annette s'incline, Et dit « amen » à ses côtés.
Jadis, chez des vierges austères, J'ai vu quelques ruisseaux cloîtrés Rouler leurs ondes solitaires Dans des clos à Dieu consacrés.
Leur flots si purs, avec mystère Serpentaient dans ces chastes lieux.
Où ces beaux anges de la terre Foulaient des prés bénis des cieux.
Mon humble ruisseau, par ta fuite (Nous vivons, hélas ! peu d'instants), Fais souvent penser ton ermite.
Avec fruit, au fleuve du temps.