‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 41 sur 328 · LA SOEUR GRISE · texte numérisé non relu

LA SOEUR GRISE

J'ai laissé pour toujours la maison paternelle; Mes jeunes sœurs pleuraient, ma pauvre mère aussi. Oh! qu'un regret tardif me rendrait criminelle! Ne suis-je pas heureuse ici? . . .

Ne m'abandonne pas, toi qui m'as appelée.

Dieu, qui mourus pour nous, mon Dieu, je t'appartiens!

Et-imoi, qui console et soutiens.

J'ai besoin d'être consolée.

Ignorante du monde avant de le quitter.

Je ne le hais point; et peut-être (Un mourant me l'a dit) j'aurais dû le connaître,

Pour ne jamais le regretter.

Quand je me sens reprendre à sa joie éphémère, Faible encor du dernier adieu.

J'embrasse ta croix, ô mon Dieu! . . . Je n'embrasserai plus ma mère.

SS^^î^ ALEXANDRE GUIRAUD ^B^^&m

Souvenirs de bonheur, que voulez-vous de moi? Que vous sert de troubler ma retraite profonde?

Et qu'ai-je à faire avec le monde, Dont le nom seul ici doit me glacer d'effroi?

Ici, la charité remplit mes chastes heures;

Le malheureux bénit ma main qui le défend:

Je nourris l'orphelin d'espérances meilleures:

Ta servante, ô mon Dieu, dans ces tristes demeures,

Est l'enfant du vieillard, la mère de l'enfant.

Et tandis que mes sœurs à de nouvelles fêtes

Vont peut-être se préparer.

Que des fleurs dont ma mère aimait à me parer

Elles ont couronné leurs têtes, Moi, je veille et je prie ... et ne dois point pleurer.

O de mes premiers jours images trop fidèles! Mes songes quelquefois me rendent vos douceurs ; Ma bouche presse encor les lèvres maternelles, Et même au bal joyeux je suis mes jeunes sœurs, Le front ceint de roses, comme elles.

Vaine illusion d'un instant, Dont le charme confus et gracieux m'éveille! . . . Mais la cloche plaintive a frappé mon oreille; A son lit de douleur le malade m'attend.

Là, naguère une pauvre fille Me disait en pleurant: <■ Dieu finit mes malheurs:

J'étais orpheline, et je meurs

Sans avoir connu ma famille. /> Moi, j'ai quitté la mienne ... Et nous mêlions nos pleurs.

J'avais une famille, et pourtant je l'oublie; Et mon cœur bat d'un noble orgueil Quand le pauvre a pressé de sa main affaiblie Ma main, qui doucement l'accompagne au cercueil.

^^^^ LE COMTE JULES DE RESSÉGUIER ^B^k^m

Consolé par ma voix à son heure suprême, Bien souvent le pécheur s'endort moins agité. Que dis-je? le mourant me console lui-même De ce monde si vain, qu'avant lui j'ai quitté.

Et lorsque dans ses yeux une dernière flamme Révèle un saint espoir, né d'une ardente foi, Je recommande à Dieu de recevoir son âme, Au mourant, de prier pour moi !

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