‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 47 sur 328 · LE SOIR · texte numérisé non relu

LE SOIR

Le soir ramène le silence.

Assis sur ces rochers déserts, Je suis dans le vague des airs Le char de la nuit qui s'avance.

Vénus se lève à l'horizon ; A mes pieds l'étoile amoureuse De sa lueur mystérieuse Blanchit les tapis de gazon.

De ce hêtre au feuillage sombre J'entends frissonner les rameaux:

On dirait autour des tombeaux Qu'on entend voltiger une ombre.

Ib

Tout à coup, détaché des cieu Un rayon de l'astre nocturne, Glissant sur mon front taciturne.

Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d'un globe de flamme.

Charmant rayon, que me veux-tu?

Viens-tu dans mon sein abattu Porter la lumière à mon âme?

Descends-tu pour me révéler Des mondes le divin mystère?

Ces secrets cachés dans la sphère Où le jour va te rappeler?

Une secrète intelligence T'adresse-t-elle aux malheureux?

Viens-tu, la nuit, briller sur eux Comme un rayon de l'espérance?

Viens-tu dévoiler l'avenir Au cœur fatigué qui l'implore?

Rayon divin, es-tu l'aurore Du jour qui ne doit pas finir?

Mon cœur à ta charte s'enflamme.

Je sens des transports inconnus.

Je songe à ceux qui ne sont plus :

Douce lumière, es-tu leur âme?

Peut-être ces mânes heureux Glissent ainsi sur le bocage; Enveloppé de leur image, Je crois me sentir plus près d'eux !

Ah! si c'est vous, ombres chéries! Loin de la foule et loin du bruit Revenez ainsi chaque nuit Vous mêler à mes rêveries.

^BS^^^ ALPHONSE DE LAMARTINE .s^k^^

Ramenez la paix et l'amour Au sein de mon âme épuisée, Comme la nocturne rosée Qui tombe après les feux du jour.

V'enez ! . . . Mais des vapeurs funèbres Montent des bords de l'horizon !

Elles voilent le doux rayon, Et tout rentre dans le ténèbres.

ESPOIR EN DIEU

Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines, Les astres s'écartant de leurs routes certaines, Dans les champs de l'éther l'un par l'autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés; Quand j'entendrais gémir et se briser la terre; Quand je verrais son globe errant et solitaire Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit. Se perdre dans les champs de l'éternelle nuit; Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres, Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres. Seul je serais debout : seul, malgré mon effroi, Être infaillible et bon ! j'espérerais en toi. Et, certain du retour de l'éternelle aurore. Sur les mondes détruits je t'attendrais encore !

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