LE VALLON
Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance, N'ira plus de ses vœux importuner le sort; Prêtez-moi seulement, vallons de mon enfance, Un asile d'un jour pour attendre la mort.
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Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée: Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée, Me couvrent tout entier de silence et de paix.
Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure Tracent en serpentant les contours du vallon ; Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure, Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.
La source de mes jours comme eux s'est écoulée: Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour: Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.
La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne. M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux; Comme un enfant bercé par un chant monotone. Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.
Ah! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure. D'un horizon borné qui suffit à mes yeux, J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature, A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.
SOUVENIR
En vain le jour succède au jour.
Ils glissent sans laisser de trace:
De mon âme rien ne t'efface, O dernier songe de l'amour!
Je vois mes rapides années S'accumuler derrière moi, Comme le chêne autour de soi Voit tomber ses feuilles fanées.
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Mon front est blanchi par le temps; Mon sang refroidi coule à peine, Semblable à cette onde qu'enchaîne Le souffle glacé des autans.
Mais ta jeune et brillante image.
Que le regret vient embellir, Dans mon sein ne saurait vieillir:
Comme l'âme, elle n'a point d'âge.
Non, tu n'as pas quitté mes yeux; Et quand mon regard solitaire Cessa de te voir sur la terre, Soudain je te vis dans les cieux.
Là, tu m'apparais telle encore Que tu fus à ce dernier jour, Quand vers ton céleste séjour Tu t'envolas avec l'aurore.
Ta pure et touchante beauté Dans les cieux même t'a suivie; Tes yeux, où s'éteignait la vie, Rayonnent d'immortalité!
Du zéphyr l'amoureuse haleine Soulève encor tes longs cheveux Sur ton sein leurs flots onduleux Retombent en tresses d'ébène.
L'ombre de ce voile incertain Adoucit encor ton image, Comme l'aube qui se dégage, Des derniers voiles du matin.
Du soleil la céleste flamme Avec les jours revient et fuit ; Mais mon amour n'a pas de nuit.
Et tu luis toujours sur mon âme.
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C'est toi que j'entends, que je vois.
Dans le désert, dans le nuage, L'onde réfléchit ton image, Le zéphyr m'apporte ta voix.
Tandis que la terre sommeille, Si j'entends le vent soupirer, Je crois t'entendre murmurer Des mots sacrés à mon oreille.
Si j'admire ces feux épars Qui des nuits parsèment le voile, Je crois te voir dans chaque étoile Qui plaît le plus à mes regards.
Et si le souffle du zéphire M'enivre du parfum des fleurs, Dans ses plus suaves odeurs C'est ton souffle que je respire.
C'est ta main qui sèche mes pleurs, Quand je vais, triste et solitaire, Répandre en secret ma prière Près des autels^ consolateurs.
Quand je dors, tu veilles dans l'ombre; Tes ailes reposent sur moi ; Tous mes songes viennent de toi.
Doux comme le regard d'une ombre.
Pendant mon sommeil, si ta main De mes jours déliait la trame, Céleste moitié de mon âme, J'irais m'éveiller dans ton sein!
Comme deux rayons de l'aurore, Comme deux soupirs confondus.
Nos deux âmes ne forment plus Qu'une âme, et je» soupire encore!
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