‹ Album lyrique de la France moderneChapitre 80 sur 328 · LE COR · texte numérisé non relu

LE COR

J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois. Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois. Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille. Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois seul dans l'ombre à minuit demeuré, J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques Qui précédaient la mort des paladins antiques.

O montagnes d'azur! ô pays adoré!

Rocs de la Frazona, cirque du Marboré, Cascades qui tombez des neiges entraînées. Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons, Dont le front est de glace et les pieds de gazons ! C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre Les airs lointains d'un cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit, De cette voix d'airain fait retentir la nuit ; A ses chants cadencés autour de lui se mêle L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

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Une biche attentive, au lieu de se cacher, Se suspend immobile au sommet du rocher, Et la cascade unit, dans une chute immense, Son éternelle plainte au chant de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?

Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor ? Roncevaux! Roncevaux! dans ta sombre vallée L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée.

moïse

Dès l'heure oii la rosée humecte l'or des sables,

Et balance sa perle au sommet des érables.

Prophète centenaire, environné d'honneur.

Moïse était parti pour trouver le Seigneur.

On le suivait des yeux aux flammes de sa tête,

Et lorsque du grand mont il atteignit le faîte,

Lorsque son front perça le nuage de Dieu

Qui couronnait d'éclairs la cime du haut lieu,

L'encens brûla partout sur les autels de pierre.

Et six cent mille Hébreux, courbés dans la poussière,

A l'ombre du parfum par le soleil doré.

Chantèrent d'une voix le cantique sacré ;

Et les fils de Lévi, s'élevant sur la foule.

Tels qu'un bois de cyprès sur le sable qui roule.

Du peuple avec la harpe accompagnant les voix,

Dirigeaient vers le ciel l'hymne du Roi des rois.

Et debout devant Dieu, Moïse ayant pris place. Dans le nuage obscur lui parlait face à face.

11 disait au Seigneur: «Ne finirai-je pas? Où voulez-vous encor que je porte mes pas?

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Je vivrai donc toujours puissant et solitaire? Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre !

Que vous ai-je donc fait pour être votre élu? J'ai conduit votre peuple où vous avez voulu. Voilà que son pied touche à la terre promise ; De vous à lui qu'un autre accepte l'entremise, Au coursier d'Israël qu'il attache le frein ; Je lui lègue mon livre et la verge d'airain. Pourquoi vous fallut-il tarir mes espérances, Ne pas me laisser homme avec mes ignorances, Puisque du mont Horeb jusques au mont Nebo Je n'ai pas pu trouver le lieu de mon tombeau? Hélas ! vous m'avez fait sage parmi les sages ! Mon doigt du peuple errant a guidé les passages. J'ai fait pleuvoir le feu sur la tête des rois; L'avenir à genoux adorera mes lois ; Des tombes des humains j'ouvre la plus antique, La mort trouve à ma voix une voix prophétique, Je suis très grand : mes pieds sont sur les nations. Ma main fait et défait des générations. Hélas! je suis. Seigneur, puissant et solitaire. Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre!

Hélas! je sais aussi tous les secrets des cieux. Et vous m'avez prêté la force de vos yeux. Je commande à la nuit de déchirer ses voiles ; Ma bouche par leur nom a compté les étoiles, Et. dès qu'au firmament mon geste l'appela. Chacune s'est hâtée, en disant: Me voilà! J'impose mes deux mains sur le front des nuages Pour tarir dans leurs flancs la source des orages; J'engloutis les cités sous les sables mouvants ; Je renverse les monts sous les ailes des vents ; Mon pied infatigable est plus fort que l'espace; Le fleuve aux grandes eaux se range quand je passe. Et la voix de la mer se tait devant ma voix. Lorsque mon peuple souffre, ou qu'il lui faut des lois,

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Alfred de Vigny

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J'élève mes regards, votre esprit me visite; La terre alors chancelle, et le soleil hésite; Vos anges sont jaloux et m'admirent entre eux. Et cependant. Seigneur, je ne suis pas heureux; Vous m'avez fait vieillir, puissant et solitaire, Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre!

Sitôt que votre souffle a rempli le berger, Les hommes se sont dit : « Il nous est étranger ; » Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme. Car ils venaient, hélas! d'y voir plus que mon âme. J'ai vu l'amour s'éteindre et l'amitié tarir. Les vierges se voilaient et craignaient de mourir. M'enveloppant alors de la colonne noire, J'ai marché devant tous, triste et seul dans ma gloire. Et j'ai dit dans mon cœur: Que vouloir à présent? Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant, Ma main laisse l'effroi sur la main qu'elle touche. L'orage est dans ma voix, l'éclair est sur ma bouche; Aussi, loin de m'aimer, voilà qu'ils tremblent tous, Et, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux — O Seigneur! j'ai vécu puissant et solitaire, Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre! »

Or, le peuple attendait, et, craignant son courroux. Priait, sans regarder le mont du Dieu jaloux; Car s'il levait les yeux, les flancs noirs du nuage Roulaient et redoublaient les foudres de l'orage. Et le feu des éclairs, aveuglant ses regards. Enchaînait tous les fronts courbés de toutes parts. Bientôt le haut du mont reparut sans Moïse. — Il fut pleuré. — Marchant vers la terre promise, Josué s'avançait pensif, et pâlissant, Car il était déjà l'élu du Tout-Puissant.

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m&^^ ANTONY DESCHAMPS ^b^s^£B

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