‹ Albumines et évolution bactérienne: Action comparative des albumines de l'œuf et du sérum sanguinChapitre 7 sur 49 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

On a remarqué depuis longtemps que le blanc d'œuf aussi bien que le sérum frais normal de are mifères avait un pouvoir bactéricide très net, en particulier, sur les bactéries saprophytes.

S’il s’agit de l’ovalbumine, dès 1860, Pasteur, dans son mémoire sur la fermentation alcoolique remarque que le blanc d’œuf n’est pas favorable au développement de la levure. « J’ai été fort surpris, dit-il, de trouver cette matière tout à fait impropre à nourrir les globules de levure de bière, que l’on dissolve du sucre dans de l’albumine d’œuf frais, délayée dans de l’eau et filtrée, rendue ou non très peu acide, que lon ajoute une très petite quantité de levure de bière, les globules semés ne se développent pas du tout, il n’y aura pas trace de fermentation ». Les œufs cependant, sont quelquefois souillés : le jaune et l’albumine peuvent, en effet, faire une abondante substance nutritive, pour le développement des bactéries : Gayon, en 1875, étudiant cette putréfaction des œufs, conclut qu’en dehors du vieillissement naturel, certains œufs éprouvent spontanément des altérations profondes, distinctes les unes des autres et en observe quatre principales : la putréfaction sous l'influence de diverses bactéries, le développement des moisis-

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sures, la fermentation acide, la production abondante de cristaux. Pour cet auteur, les organismes qui se développent spontanément dans les œufs, proviennent de germes recueillis à la surface de l’oviducte pendant la formation des différentes couches dont se recouvre successivement le vitellus et il démontre, en outre, que la coquille de l’œuf ne constitue aucune protection contre les souillures : cette coque est perméable aussi bien pour les gaz et les liquides que pour les éléments figurés : « Perméabilité par les gaz et les liquides : Les gaz traversent très facilement les enveloppes des œufs; ce fait observé depuis longtemps par Réaumur, résulte de la production de la chambre à air par évaporation d’une partie de l’eau de l’albumine et des conditions mêmes du développement embryonnaire pendant lequel la respiration du poulet détermine un échange incessant de gaz entre l’extérieur et l’intérieur ». La perméabilité par les liquides est tout aussi bien établie et Gayon indique les augmentations de poids obtenues en faisant pénétrer de l’eau dans les œufs. Il fait également pénétrer dans les œufs des liquides colorés, tels l’encre de Chine : «la membrane qui tapisse la surface interne de l’œuf a été criblée de petites taches noires plus ou moins larges ». « Perméabilité par les éléments figurés solides — si l’on fait pénétrer dans les œufs par des différences de pression, de l’eau chargée de bactérie ou de vibrions et qu’on observe ensuite la surface interne de la coque, on retrouve des petits batonnets identiques à ceux du

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dehors. De plus, les pores de la coquille sont assez larges pour être traversés par les plus petits des infusoires, et ce qui est remarquable, c’est l’influence du mouvement propre de ces êtres sur leur pénétration dans l’œuf ».

La coquille des œufs est donc facilement pénétrable. Zuckenferder, en 1898, Wilm, en 1895, Sach Mucke, en 1907, Lange en 1907, reconnaissent après Gayon, cette perméabilité à de nombreuses bactéries.

Et cependant, malgré cette abondante substance nutritive pour les germes, malgré la perméabilité de la coque, les œufs qui arrivent quelquefois au consommateur bien longtemps après la ponte, ne sont pas, en général, envahis par les bactéries, quoiqu’ils soient exposés à être infectés.

En 1909, Laschtschenko montra que cette protection contre l’infection devait être dûe à une action particulière du blanc d’œuf.

En 1912, Rottger et Sperry démontrèrent l’action anti-bactérienne de cette albumine. En 1922, Fleming étudie l’action bactériolytique du blanc d'œuf sur une bactérie isolée par lui et qu’il dénomme : micrococcus Lysodeckticus : il met du blanc d’œuf sur des cultures sur gélose de ce microcoque; les colonies sont immédiatement dissoutes : à l’étuve à 37° pendant vingt-quatre heures, il obtient la Iyse totale d’une culture au bouillon, avec une dilution d’albumine d’œuf atteignant le 1/50.000.090; action, dit-il, beaucoup plus forte que celle de n'importe lequel antiseptique chimique. Pour Fleming, cette

pos

action bactériolytique est dûe à un ferment qu’il a étudié dans la plupart des substances vivantes et leurs sécrétions, en particulier, les larmes : il appelle ce ferment lisozyme. Les propriétés de ce lisozyme sont les mêmes dans les tissus animaux et dans le blanc d’œuf : il n’est pas détruit par la dessication; les œufs en poudre conservent leur pouvoir bactériolytique à une degré très marqué; Fleming a étudié son action particulièrement sur les microbes saprophytes; ils sont tous plus ou moins rapidement lysés. Présent dans tous les tissus vivants et dans les sécrétions, en particulier, les larmes, le lisozyme serait d’après Mile Bordet, le premier stade de l’immunité naturelle chez l’homme.

Fleming aurait trouvé une certaine quantité de lisozyme dans le sérum, auquel il devrait son action bactériolytique.

Les premières expériences sur l’action bactériolytique du sérum remontent à Nuttal en 1888 qui montra que le sang complet avait la propriété de détruire in vitro certaines bactéries : Metchnikoff voyait dans cette destruction de la bactérie, une action phagocytaire.

Buchner, en 1889, reprenant le travail de Nuttal, montre que le sérum entièrement privé de leucocytes, était capable de tuer certains microorganismes, comme le sang complet. Il prétend que le chauffage à 50° pendant 30 minutes détruirait cette propriété bactériolytique et que cette propriété était dûe à un facteur thermostabile appelé par lui alexine, en combinaison avec un autre principe thermostabile.

ASE

De nombreux auteurs ont étudié l’action bactériolytique du sérum normal in vivo et in vitro: en 1916 Krauss et Bekrami proposent un traitement du charbon par le sérum normal. Lewis et Cunningham, Traube, Fodor, Wysotrowitch, H. Vincent, etc, ont introduit dans la circulation d’animaux, différentes espèces microbiennes saprophytes ou pathogènes. Ils ont presque toujours constaté la disparition de ces microbes.

Parmi les auteurs qui ont étudié le phénomène in vitro, en plus de Nuttal, Buchner, Lister, il nous faut citer Fodor (bact. charbonneuse), Behring (Bactéridie charbonneuse, bacille Typhique), Zeitline (Bacille diphtérique, bacille typhique). Ils ont tous constaté que les sérums humains et animaux, possèdent in vitro des propriétés bactéricides plus ou moins prononcées sur de nombreux bactéries, sauf sur le colibacille qui serait peu sensible (Georgewitch, 1926).

Il nous a paru intéressant de rapprocher, d’une part, l’action du sérum normal et l’action de l’albumine d’œufs, crus; d’autre part, l’action de ces substances après coagulation. Tous deux crus ont une action sur les bactéries. Dans ce travail, nous suivrons l’évolution de certains germes pathogènes dans ces deux milieux : action du sérum normal pur sur le bacille typhique, sur le bacille dysentérique Shiga, sur le bacille du colon et sur le staphylocoque doré et action comparée du blanc d’œuf sur ces mêmes

bactéries pathogènes.

de

L'action du blanc d’œuf est-elle superposable à celle du sérum normal ?

De plus, nous verrons comment se comportent les bactéries étudiées si nous modifions la constitution de nos substances protéiques : sérum normal et ovaibumine, soit par une action physique : chauffage à 55°, coagulation; soit après action d’une bactérie protéolytique : action microbienne.

Dans la première partie de ce travail, nous indiquerons les différentes t:chniques de prélèvement et d’ensemencement employées.

Dans la seconde partie, nous étudierons successivement les différentes souches : bacille typhique, bacille dysentérique, bacille du colon et staphylocoque

dans nos milieux purs et modifiés :

! albumine d’œuf pure, — diluée au 12,

-— coagulée pure,

Blanc d'œuf — au 1,

ET

— après digestion par le bacille Protée.

sérum pur, — dilué au 12, — coagulé pur, = + JU — après digestion par le ba-

Sérum normal | | cille Protée.

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