V II
uns seront toujours regrettés des musiciens : le chœur dialogué de la fin du I acte. E non s'offerse alcun ; deux airs d'Alceste au II« : l'un dans la première scène, Chi mi parla voirplus haut), l'autre vers la fin de l'acte, Vesta, tu che fosti e set. En revanche, plusieurs chants nouvellement composés prirent place dans la pièce française. Au I" acte, le rôle de l'héroïne s'accrut de deux monodies successives, également poignantes d'expression : l'air Non! ce n'est pas un sacrifice (p 69), cantilène affranchie de toute rhétorique musicale, où s'exprime, en accents palpitants de vie, le conflit entre l'enthousiasme du sacrifice et les instincts primordiaux de la nature; l'apostrophe aux dieux, Arbitres du sort des humains (p. 73), mélopée violente dont chaque note semble arracher un lambeau de chair. Dans la grande scène conjugale du IIe acte, Alceste eut une nouvelle cantilène lyrique, Je n'ai jamais chéri la vie (p. 140), mélodie tendrement expressive, aussi unie et régulière de dessin et de rythme que les deux chants du Ier acte sont abrupts et désordonnés. D'autre part, le rôle d'Admète, presque entièrement larmoyant dans la partition italienne, reçut un élément de contraste par l'insertion de l'air expansif, Bannis la crainte et les alarmes (p. 134), chanté par le roi au moment où il ignore encore le secret de sa soudaine guérison. \ S Alceste française s'augmenta en outre de nouveaux chœurs et morceaux d'ensemble1. Parmi les airs de ballet, Gluck n'en prit aucun dans X Alceste italienne ; ceux qui ne furent pas composés à nouveau sont tirés d'ouvrages plus anciens : le menuet lent (p. 96), d'Antigono, la marche (p. 241) et la chaconne (p. 252 1, du ballet d'Alessandro. l'air de flûte (p. 242), de l'Innocenta giustificata ; les chœurs dansés, Pare$ vos fronts de fleurs nouvelles p. 122) et Que les plus doux transports (p. 981. sont empruntés à la partition de Paride ed Elena.
Le remaniement de Y Alceste s'effectua ù Vienne dans les premiers mois de 1773. Gluck revint à Paris, avec sa partition complètement terminée (sans compter celle d'Armidc-, vers la fin de janvier 1776. Les études d'Alceste furent commencées tout de suite. Bientôt des bruits fâcheux se répandirent dans le public : la nouvelle pièce, disait-on, était d'un bout à l'autre triste et lugubre à l'excès. De l'avis général de ceux qui axaient assisté aux répétitions, les deux premiers actes étaient fort beaux, le troisième ne valait rien. La première représentation, donnée dès le 23 avril, confirma momentanément cette opinion: le premier acte obtint un accueil favorable, sans provoquer néanmoins de l'enthousiasme: le second aussi fut bien reçu, mais le troisième se termina dans un silence glacial. Le dénoùment fut unanimement déclaré ridicule et les détracteurs de Gluck purent annoncer dans tout Paris la chute d'Alceste -'.
Les contemporains rapportent diversement l'attitude de Gluck devant ce demi-échec. Quelques-uns prétendent qu'il en fut affecté au point qu'il pleura. D'autres ont laissé un témoignage tout opposé : « Le chevalier Gluck », disent les Mémoires secrets, t est dans la « plus parfaite sécurité; il assure que si sa musique ne prend pas aux premières représen- « tations, elle prendra aux dernières: que si elle ne prend pas cette année, ce sera l'année
1. Exemples : choeur Viveç, aime\ (p. io5), trio Reçois, dieu bienfaisant p. 1*7); dans li première version du IIIe acte, où Hercule n'intervient pas, ce dernier morceau était un duo avec chœur. Edit. PeUetan- Damcke, p. 3o2 et suiv.)