Préface d'Alceste, dans l'édit. Pelletan-Damcke
« prochaine, ce sera dans dix ans. parce que c'est la musique la plus analogue à la nature, i et qu'il n'en connaît pas de plus vraie. Cette confiance, qui serait ridicule et folle dans « un homme médiocre, doit être regardée de la part de ce grand homme comme une a conviction intime de son mérite, comme cette noble audace du génie qui sent ses forces « et se juge avec la même impartialité que s'il était étranger à lui-même. »
►uanl a la direction de l'Opéra, elle ne pouvait se dispenser de tenir compte de la désapprobation évidente que le dénoùmcnt avait soulevée dans le public, et elle dut en conséquence presser vivement les auteurs à modifier au plus tôt la lin de leur pièce. On en vint alors à l'idée de reprendre la version antique en partie, et de faire intervenir Hercule, forçant de haute lutte le Ténare à lâcher sa proie, ce qui entraîna le déplacement et la modification de plusieurs scènes. La déploration du peuple thessalien fut mise tout au commencement de l'acte, immédiatement avant l'arrivée d'Hercule; au lieu de « Alceste est moue a le chœur chanta dorénavent « Alceste va mourir ». A la fin de la pièce, Apollon n'eut plus qu'a apparaître dans une sorte de gloire et à prononcer une allocution superflue.
Le librettiste avait terminé son nouveau texte, et Gluck s'occupait d'en écrire la musique, lorsqu'un deuil de famille, la mort d'une nièce, pour lui une fille, le rappela soudain à Vienne. La tache inopinément interrompue par le départ précipité du maître fut confiée a Gossec, compositeur personnellement dévoué à Gluck, et fort réputé à cette époque '. La tradition attribue communément au continuateur le morceau le plus développé du rôle d'Hercule, l'air C'est en vain que l'enfer (p. 180), et cette opinion a été adoptée par les plus récents éditeurs de la grande partition d' Alceste (Mlle Pelletan et Damcke). Néanmoins c'est là une erreur manifeste. Le chant en question, abstraction faite de nombreux remaniements, provient d'un ancien opéra de Gluck, YE\io (i75o), et le début du texte original est Ecco aile mie catene. Ce qui certainement appartient à Gossec, ce sont les récitatifs du rôle d'Hercule, le combat du demi-dieu avec les divinités souterraines, ainsi que les pages suivantes jusqu'à l'apparition d'Apollon (pp. 216-224).
Le nouveau dénoûment se ressentait de la hâte avec laquelle il avait été conçu et exécuté, aussi ne parut-il pas meilleur au public que la première version. Et ce fut justice. L'arrivée d'Hercule n'est préparée par rien; sa lutte avec les suppôts de la Mort, qui chez Euripide se passe hors de la scène, est ici ridiculement étalée à la vue du spectateur. On se moqua avec raison de ces divinités mises en fuite par quelques coups de massue fiappés en l'air ou sur les planches2. Cependant la primitive version française du IIIe acte resta définitivement abolie; la musique n'en existe plus aujourd'hui, ni imprimée, ni manuscrite '. Moyennant quelques changements dans la mise en scène et de nombreuses suppressions, la seconde version s'établit au théâtre et lut recueillie dans la grande partition de Y Alceste française, qui parut en février 1 777 '-
1 . lui dehors du monde des théâtres, (iossec était surtout connu de son vivant comme auteur d'une belle Messe des morts, tenue pour un chef-d'œuvre, ce qui donna naturellement lieu à des plaisanteries malveillantes. Les régisseurs actuels de l*Opéra», écrit un journaliste, « ont eu recours au sieur Gossec. musicien ., renommé dans l'harmonie d'église, genre triste et lugubre, analogue à celui du nouvel opéra ». Prélace de la partition d'Alceste, édition Pelletan-Damcke, p. xxxv.
u. Lbid., pp. vi et vu, note.