‹ AlcméonChapitre 1 sur 49 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ALCMÉON, THESTOR.

THESTOR.

V ous nous l'avez promis, et du choix d'une épouse Va décider pour vous la Fortune jalouse. Alcméon, votre amour va couronner enfin Celle que de vos nœuds écartait le destin , Et l'épouse soumise à la foi conjugale , Va céder, s'il le faut, le pas à sa rivale. Qu'attend votre douleur d'oser former des nœuds Qui puissent dissiper vos regrets rigoureux ? Rien peut-il à vos yeux balancer l'importance Des soins dont désormais dépend votre existence ? Aimez, il en est temps, l'objet de votre choix ; Que l'Amour à l'Hymen impose enfin des lois.

Oui, tu connais, ami, du chagrin qui m'obsède. Après tant de regrets le mal et le remède.

Et bientôt tu vas voir au lit d'Arsinoé,

Succéder Alcméon avec Callirhoé.

Dans les profonds dégoûts qu'une épouse m'inspire,

Quel besoin d'étouffer l'amour que je respire ?

N'en ai-je pas assez respecté les fureurs

Quand l'hymen nous liapar des nœuds pleins d'horreurs ?

Quels regrets me rappelle un hymen adultère ,

Formé, tu t'en souviens , par les mains d'une mère ?

Et quel chagrin profond , quei triste souvenir ,

Sur des malheurs plus grands me force à revenir,

Lorsque l'espoir trompé d'une chaîne inutile ,

Me fait trembler encor sur le sort d'Eriphyle !

Amphiarus mou père , en ordonnant sa mort,

De la reine à mes mains a confié le sort.

A peinti, encore enfant, j'enlr'ouvrais la paupière Et pouvais de mon sort entrevoir la misère , Des Thébains soulevés les sept chefs réunis, De la guerre en ces lieux rappellent les débris. Polynice en mon père accusant un transfuge Accourt d' Amphiarus surprendre le refuge. Eriphyle à prix d'or secondant son courroux , Découvrit, lui livra les jours de son époux. Mon père enfin , forcé de reprendre les armes , Déposa dans mon sein les plus tendres alarmes , Et me charge , s'il meurt sans revoir ses Etats, De punir Eriphyle en vengeant son trépas. Il succomba dans Thèbe, et cet ordre d'un père Vient encor m'alarmer sur le sort d'une mère. J'ai lardé trop longtemps d'en remplir la rigueur. Dois- je d'un cœur rebelle éprouver la langueur ?

Page 1