ACTE m, SCÈNE V
ERIPHYLB.
Eh! Madame, eh, seigneur! quelle ardeur vous transporte? Faut-il qu'à ces éclats la vengeance vous porte ? Que je vous voie ainsi, pour déchirer mon cœur, Détruire tous les soins dont j'ai fait mon bonheur? Vous possédez mes biens ; si telle est votre envie Pour remplir vos souhaits prenez encor ma vie. Mon cœur à vos désirs n'a rien à disputer, Et je meurs sans regrets si c'est vous contenter.
ALCSIÉOIV.
Moi! Madame, grands Dieux! rechercher votre perte? A de tels sentiments que ma tendresse ouverte, Aspire à votre mort ? Vous ne le croyez pas.
ARSINOB.
Moi , Madame! avec lui vouloir votre trépas ! ".
Vous repoussez sans doute un soupçon qui m'outrage? Mais faites dans nos nœuds respecter votre ouvrage; Qu'un cruel dont vos dons m'ont acheté la foi N'arme point contre vous les biens qu'il tient de moi.
SCÈNKV.
ERIPHYLE, seute.
Enfin donc , je commence A découvrir l'abîme Qu'entrouvre sous mes pas le sang de ma victime. Malheureuse, eh , comment Irouverais-je là paix? Je les vois tous les deux, armés par mes bienfaits, A l'envi contre moi s'armer de l'imprudence Qui peut de mes remords démentir l'innocence?
Amphiarus, ton fils s'élève contre moi
Pour disputer ta veuve à Fombr^de son roi ;
Soi-même Arsinoé , se montrant sans excuse,
Si je ne l'en punis me menace et m'accuse.
Que veulent-ils tous deux ? Et si j'épargne un fils ,
Puis-je de son épouse entendre les avis?
Elle qui s'appuyant du remords qui m'assiège
N'a plus auprès de moi d'appui qui la protège.