ACTE I, SCÈNE IL
C'est elle qui me plaît, elle qu'il faut aimer , Et dont l'attrait s*ns cesse agit pour me chaimer ; Occupé de l'amour que ce charme m'inspire , Je n'ai plus qu'à me rendre à son nouvel empire.
ËRIPHTLB.
D'où vient dans votre ardeur ce refroidissement ? D'où naît ce nouveau goût ou bien ce changement ?
ALGUÉON.
Pourrai-je dans mon cœur en trouver l'origine Sans peindre à quels dégoûts cet amour me destine , Sans vous dire à vous-même à quel degré d'horreur M'a de ce changement disposé la fureur ? Il date , en pourrez-vous souffrir la confidence ! Des bruits qu'aurait semés une aveugle imprudence, Et qui d'Arsinoé , quand elle vint au jour , Auraient pour son époux discrédité l'amour ; Ils lui disputeraient l'honneur de sa naissance.
ÉRIPHYLE
0 ciel ! en croirez-vous une aveugle ignorance ? Que vous fait sa naissance ? en pouvez- vous douter? Et sa gloire à vos yeux ne peut-elle éclater? Quipeutdonc vous troubler? n'êtes-vouspas tranquille?
Vous-même , l'êtes-vous ?
ÉRIPHYLE
Qui? moi-môme, Eriphyle.^ Ma conscience est pure, et sans rien redouter Ne voit que des mofifs de vous féliciter.
Si vous croyez pourtant dans .un autre hyménée Devoir chercher l'appui de votre destinée, Souverain, votre rang vous en donne les droits, Et d'un hymen forcé s'assujettit les lois. Mais, je dois l'avouer , je vous vois avec peine , Dans les nouveaux liens oii l'amour vous enchaîne , D'une première épouse engager les trésors Dont la dot fut le prix de vos communs transports ; Ces dons prodigieux , dont la chaîne plus sûre Devait de vos liens prévenir la rupture. Croyez-vous que l'hymen s'en laisse dessaisir, Et dans de nouveaux nœuds consente à se trahir? Formez donc , j'y consens, une chaîne nouvelle Oij vous puisse engager une flamme fidèle , | Mais craignez, inconstant, quand vous formez ces nœuds, Qu'une épouse rebelle en combatte les vœux.