CHAPITRE TI
La Lutte contre l’alcoolisme à l'Ecole
De l’avis de tous ceux qui connaissent la question de l'alcoolisme et qui ont quelque expérience de la lutte contre ce fléau, l’école doit être le terrain de prédilection où doit s'engager le plus résolument le bon combat.
Il existe bien des divergences dans les modes d’applicaüon proposés; on discute pour savoir s’il convient de faire promettre aux enfants qu’ils s’abstiendront de l’usage des boissons alcooliques pendant un temps plus ou moins long — certains vont même jusqu'à qualifier ce système « d’antipédagogique et immoral ».— D'autres disent qu’il n'y a pas lieu d'encourager les Sociétés scolaires de tempérance et que « dans tous les pays où la lutte contre l’alcoolisme a été menée énergiquement et a donné des résultats superbes (Suède et Norwège), ce ne sont pas les Bands of Hope à l’américaine, qui ont déterminé ce résul{at, pour si peu que ce soit (1) ».
Mais tout le monde est d'accord pour reconnaître qu'il faut un enseignement antialcoolique dans toutes les écoles.
Dès 1876, aux États-Unis, grâce aux efforts de M*° Marie Hunt, l'attention fut attirée sur l’enseignement sCientifique de la Tempérance dans les écoles ; l'association
(G) CF. Rapport de M. Scuys au Congrès de ‘Bruxelles. Compte-rendu, 2° partie, p. 232.
médicale américaine demande à l'État de légiférer sur la matière et en 1882 l'État de Vermont, le premier, rendait obligatoire par une loi l’enseignement de la Tem- . pérance. A l'heure actuelle, 41 États ont inscrit dans leur législation le principe de cet enseignement. Dans 35 États, aucun maître ne peut obtenir de diplôme, ni enseigner s’il n’a passé un examen satisfaisant sur la question de l'alcoolisme. Dans 26 Etats, l’antialcoolisme fait l’objet d’un enseignement systématique, avec examens spéciaux comptant pour le passage dans une classe plus élévée. De plus il existe une sanction pénale pour l'instituteur qui ne ferait pas convenablement son enseignement.
Le Canada en 1882 a suivi l'exemple des États-Unis. En Angleterre, c’est à l'initiative privée que le Gouvernement a laissé Le soin de développer parmi la jeunesse l'amour de la sobriété.
La Scandinavie est le seul pays d'Europe qui ait inscrit dans sa loi l’enseignement antialcoolique. Il fonctionne en Suède depuis 1892 ; en Norwège depuis 1896.
En France (1), la Société Française de Tempérance, présidée par le regretté D' Lunier, avait déjà compris le rôle que l’école devait jouer dans la lutte contre l'alcool. De cette association est sorti le Manuel Picard (1874), qui a été distribuélargement auxinstituteurs (2). Plus tard, le Conseil d'administration des Caisses d'épargne de Marseille répandit l'ouvrage de M. Dexis dans les écoles des Bouches-du-Rhône. En 1895, à la suite d’un mémoire présenté par le D° Rournowiren à M. Poincaré, alors
(1) CF, Rapport Dexis. Congrès de Bruxelles, 1897, p. 143, 2° partie.
(2) Présidée actuellement par M. Cmeyssox, Le Secrétaire général est M. le Dr Pmixeerr, 34, boulevard Beaumarchais,