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Quels sont les résultats de cette première campagne antialcoolique (1897-1898)? Nous en donnerons un résumé d’après les documents officiels (1).
Tout d’abord la circulaire ministérielle semble avoir eu pour eflet d'encourager une bonne volonté constatée presque partout, mais qui manquait de direction, d’encouragement.
Dès la rentrée de Pâques 1897, l’enseignement antialcoolique .est inscrit au programme des Écoles normales d’instituteurs. Les leçons nouvelles ont été données non pas seulement avec « intelligence et confiance », mais « avec une véritable ferveur ». Soit comme introduction, soit comme conclusion du cours d’études, on à pris soin dans plusieurs écoles de réunir toutes les notions sur l’antialcoolisme éparses dans les programmes et d’en faire un corps de doctrine, que le directeur exposait en une série de conférences, afin que les élèves « fussent munis « de connaissances suffisantes pour réfuter avec autorité « les préjugés qu'ils entendront exprimer autour d'eux, «afin de les munir de notes qui pourront leur fournir la « matière essentielle de conférences publiques ».
Dans les écoles élémentaires, on s’est tout db préoccupé de mettre le personnel enseignant au courant des nouveaux programmes. Une fois instruits, il semble bien que les maîtres ne se sont pas contentés de faire participer leurs élèves à ces connaissances nouvelles, par quelques leçons isolées, sans grande portée; mais qu’ils ont su utiliser tous les exercices de l’école et faire con-
(1) Analysés dans un article de M. M. Perrisson. Revue Pédagogique; 1er janvier 1899.
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courir à l’enseignement antialcoolique tous les autres enseignements.
Ainsi l'Inspecteur d’Académie de la Charente montre comment les instituteurs ont donné à cet enseignément une forme extrêmement souple et variée : 1° par les leçons de morale; 2° par les leçons de sciences; 3° par des lectures; 4° par des récitations ; 5° par des dictées et des rédactions; 6° par des exercices d'écriture; 7° par des exercices de calcul mental.
Dans les écoles de filles, « si les leçons ont un caracère moins scientifique que celles des instituteurs, il faut remarquer que les institutrices ont cherché surtout à agir sur leur auditoire de fillettes, en leur montrant les bons effets de l’ordre, du goût dans le ménage, l'utilité d’une alimentation saine et régulière, d’une cuisine variée, tous moyens propres à prévenir les besoins faclices et à retenir au logis le mari et les jeunes gens que le désordre et l’insouciance de la ménagère poussent souvent à la fréquentation du cabaret ».
Les avis sur la nécessilé d’enrôler les enfants dans des Sociétés de Tempérance sont partagés, et le rapport que nous analysons constate qu’en général on a accueilli sans empressement l’appelde la Société contre l'usage des boissons spiritueuses adressé auxinstituteurs,en vue de provoquer la formation de « sections cadettes ».Cependant, par la lecture des chroniques de cette Société, il semble que le mouvement en faveur des sections cadettes est plus accentué que ne le laisse supposer l’article analysé.
En formant des sections de Tempérance, les uns craignent d'imposer à des enfants très jeunes un engagement qui, souvent pris à la légère, pourra être trop aisément
oublié et rompu; ou bien trouvent l’abstention totale des spiritueux exagérée.D'autresau'contrairese montrent partisans de ces sociétéset font remarquer « qu'il y à intérêt à habituer les enfants, par l'association, à l'idée de la lutte qu’ils auront à livrer,à les former à cettelutte afin que,s’ils n’ontpas à se préserver eux-mêmes, ils apprennent à préserver leurs concitoyens.N'y eût-il là qu’un moven d’éveiller, de fortifier dans les jeunes âmes le sens patriotique, Je résultat serait beau et digne de nos efforts. »
La propagande indirecte auprès des familles n'a pas été négligée ; dans certaines régions on fait viser par les parents les devoirs qui traitent de l'alcoolisme, ainsi que le carnet de morale avec ses maximes antialcooliques, on distribue aux enfants le résumé des conférences traitant ce sujet, dans l'espoir qu'il sera lu à la maison.
Les cours d'adultes ont fourni un milieu excellent pour la propagande antialcoolique; on y a fait de nombreuses conférences ; malheureusement, il ne semble pas qu’on ait essayé d'organiser ces cours en Sociétés de Tempérance, il y alieu de le regretter, car chez Les adultes il n’y aurait’pas place pour certaines objections que l’on peut faire à la formation de sections cadettes.
Un certain nombre d’instituleurs ont bien compris qu'il y avait un lien étroit entre le développement de l'épargne et la tempérance. Beaucoup aussi s'inquiètent de donner aux jeunes gens le goût de plaisirs sains et fortifiants, ils organisent des excursions, des jeux de plein air, des concerts, des représentations, etc. Les associations amicales sont tout indiquées pour le développement de ces initiatives.
Dans une œuvre de cette sorte, les résultats sont à lointaine échéance, et si lesrecteurs et inspecteursse refusent à évaluer le chemin parcouru au bout d'une année, — el comment le pourraient-ils, — tous reconnaissent du. moins qu'on à marché en avant; etiln’y a guère de rapports où ne se trouve relevé quelque succès, humble sans doute, mais qui montre du moins que les efforts tentés n’ont pas été en pure perte.
Certains préjugés favorables à l'alcool sont en pleine déroute. Les écoliers ne croient plus que l'alcool fortifie, que l'alcool réchauffe, que les liqueurs fabriquées parles ménages sont inoffensives, etc.
Dans le Finistère, des enfants refusent d'accompagner leurs parents aux interminables repas de noces à la mode du payset préfèrent l’école aux réjouissances qui les rendent malades.
Dans les Ardennes, des écoliers de 12 à 13 ans s’abstiennent, en dépit des coutumes locales, d’aller au café le jour de la fête votive.
Dans les départements du Nord et de l'Est, les ménagères, pour s’épargner la peine de préparer Le repas du matin, font déjeuner leurs enfants d’un morceau de pain trempé dans un verre d'eau-de-vie; les leçons antialcooliques ont eu cet effet appréciable qu'il ne se trouve guère plus de familles où l’on n'ait renoncé à ce régime meurtrier.
Enfin l'Inspecteur primaire de Riom a entendu un voyageur en spiritueux tenir le propos suivant : « Les commissions se fontrares ; les maîtres d'école font,depuis quelque temps, une campagne qui ne laisse pas d’être inquiélante pour nous. »
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I y a certainement un effort considérable Lenté dans le milieu scolaire; il ne faudrait cependant pas croire que la lutte antialcoolique atteint à l’école toute l'ampleur désirable; les documents officiels n’ont que trop tendance à l’optimisme.
Tout d'abord, il nous faut constater avec regrel qu'aucun effort n’a été tenté dans les écoles libres, l'initiative privée élant toujours lente à s'engager dans une voie nouvelle.
Dans les écoles du Gouvernement, nous avons pu, grâce à l’obligeance d’un délégué cantonal du XVI arrondissement, faire une petite enquête sur la façon dont le nouvel enseignement a été compris.
Dans les unes, la confiance est médiocre, quant aux résultats des leçons sur l’antialcoolisme; les objections que les directeurs soulèvent montrent leur ignorance de la question; leur matériel est rudimentaire et les tableaux sur l'alcoolisme sont relégués derrière un monceau de livres et de paperasses. La tâche du reste ne leur est pas facilitée; il n’y a pas de crédit spécial pour le nouvel enseignement et c’est avec les économies faites sur d’autres chapitres qu'ils peuvent peu à peuse procurer lestableaux, etc. Les enfants n’ont entre les mains aucun manuel d’antialcoolisme.
Dans une autre, au contraire, dèsl’entrée on voit accrochées aux murs les maximes antialcooliques (l'alcool ne réchauffe pas, l'alcool n’est pas un aliment, etc.), des maximes sur la prévoyance. Dans la cour est une vitrine où se renouvellent constamment les gravures, les photographies sur verre prêtées par les Sociétés de Tempérance. Les tableaux antialcooliques sont placardés dansles