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III. — LA SUPPRESSION DES CANTINES

Limiter les heures de débit de l'alcool, prohiber même la vente, procurer au soldat des boissons hygiéniques, tout cela est bien. Mais pourra-t-on nous dire de quelle utilité est cette institution : la cantine et surtout le cantinier? La suppression de ces établissements serait un grand progrès, car même si l'on n'y débile pas d'alcool, ils gardent l'aspect de débitsoù, écarts de langage, manque de tenue et excès de boissons sont la source d’un certain nombre de punitions,; et comme nous essayerons de le montrer, leur existence ne peut se justifier (1).

Leur rôle actuel consisle : 1° à nourrirles sous-officiers du bataillon; 2° à tenir à l’usage de la troupe un débit de victuailles et de boissons; ces deux obligations sont liées l’une à l’autre, car on considère généralement que la pension des sous-officiers est une charge pour la cantine, le prix versé pour les repas arrivant tout au plus à couvrir les dépenses nécessitées par l’achat des denrées, bien que la cantine n'ait pas de frais généraux (logis gratuil, exemplon de palente). C'est en échange de cette charge qu'elle est autorisée à tenir un débit qui rapporte de gros bénéfices à l’arrivée des recrues, pendant les périodes d'exercice des réservistes. Enfin, pendant les marches et manœuvres, la cantine exerce une sorte de monopole.

Il semble bien que cette institution passe pour reposer sur le principe des deux obligations citées plus haut ; si la compensation admise est réelle, elle est immorale, car

(1) Cf. Quelques questions intéressant l'hygiène morale de l’armée. Correspondant, 25 juillet 1899, pages 1200 et suiv,

l'État doit se préoccuper de fairelessacrifices nécessaires pour nourrir ses sous-officiers; ou bien la somme que ces gradés consacrent à leur nourriture est suffisante {et le fonctionnement de cerlains mess en gestion directe lendrait à le prouver), alors pourquoi loxer graluilement, exempler de patente et installer dans la caserne un débitant réalisant de gros bénéfices sur les denrées vendues à la troupe?

En somme, celle institution, née des blanchisseusesvivandières mariées à des militaires du régiment et autorisées à suivre la troupe en campagne, qui servit plustard de récompenseaccordée à de vieux soldats, —ne rend plus aujourd’hui aucun service et le ‘privilège dont elle jouit ne saurait se justifier.

L'écrivain du Correspondant propose de remplacer les cantines par le système suivant, déja mis en pratique dans une autre armée européenne :

« Après avoir assuré la nourriture des sous-officiers par voie de gestion directe, et leur avoir installé au quartier un cercle ou lieu de réunion, lecture ou récréalion, qu'ils possèdent déjà dans de nombreux corps, voilà comment nous voudrions voir procéder pour les hommes : la caisse du corps, ou plutôt le fonds d'économie des ordinaires, achèterait, au prix du gros, des boissons soigneusement contrôlées et rentrant dans la catégorie de celles qu’on est convenu d'appeler hygiéniques, et diverses denrées de parfaites qualités, les emmagasinerait et, principalement avant les repas, les vendrait à un guichet au prix coûtant légèrement majoré de facon à couvrir le déchet dû au détail. Les hommes emporteraient les denrées pour les consommer, soit

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