IV. — LA SURVEILLANCE DES DÉBITS DE LA GARNISON
Il est encore du ressort de l'autorité disciplinaire de surveiller sévèrement les débits de la garnison ; nous avions loujours cru qu’un colonel avait le droit de sousiraire ses hommes à un foyer d’empoisonnement ou de débauche ; il n’en est pas ainsi. Il y a quelques années, un régiment d'infanterie rentrait à Caen après avoir fait son femps de garnison à Paris. Il avait pour chef un officier très paternel, très énergique. Il remarqua bientôt dans son régiment des troubles inquiétants. Les soldats
élaient en proie à des accidents épilepliformes, et des hommes dont on n'avait eu qu'à se louer au point de vue de la discipline tant qu'ils habitaient Paris étaient écrasés de punitions.
L'officier fit une enquête et constala que les hommes malades et les hommes punis fréquentaient quelques-uns de ces cabarets qui pullulent à Caen, et dans lesquels on vend, sous le nom d’apérilifs, d’infâmes liqueurs confectionnées avec de l'alcool dénaturé, dont les essences aromatiques dissimulent l’horrible odeur. L’officier mit en interdit ces cabarets et déjà les accidents épileptiformes disparaissaient, déjà les feuilles de punitions redevenaient blanches, lorsque survint le député du crû (M. Lerrer, ancien garde des Sceaux), qui demanda en vertu de quel droit le colonel interdisait à ses hommes la fréquentation de certains cabarets. Il lui fut répondu que c'était afin de soustraire les soldats à un véritable empoisonnement. — Mais, répliqua le député, ces débitants sont d'excellents républicains, et je ne sais pas pourquoi on les gènerait dans leur industrie. — La mesure dut être rapportée et les soldats retournèrent à leurs assommoirs {1).
C’est une nouvelle preuve de l'influence néfaste de notre représentation nationale telle qu’elle est organisée ; nos députés n'ayant qu'un seul souci : regarder ce qui se passe dans leurs circonscriptions et y protéger l'alcoolisme.
(1)3. Conxézy. Figaro du 15 avril 1899. Confirmé par une enquête locale de M, Paul CHarToN.