‹ Alcoolisme et Réforme SocialeChapitre 51 sur 69 · AVIS IMPORTANT POUR LES FEMMES · texte numérisé non relu

AVIS IMPORTANT POUR LES FEMMES

L'alcoolisme, c’est-à-dire l'empoisonnement lent par l'usage habituel des boissons alcoolisées, n'existe pas seulement chez les hommes. Les médecins l’observent trop souvent aussi chez les femmes, et même chez les enfants. On s’alcoolise non seulement par l’abus du vin, par l'eau-de-vie (la goutte), le cognac, le rhum, mais par les liqueurs de toute espèce, par le vulnéraire, l’eau de mélisse, qui est en réalité de l’alcoolat, les fruits à l’eau-de- vie, par l'usage trop fréquent de vins médicamenteux (vins de quinquina, de kola, de coca, vins phosphatés) ou d’élixirs prétendus digestifs. On croit se tonifier en les prenant ; en réalité, on détruit peu à peu son estomac, ses intestins, son foie, son cerveau.

Les boissons alcooliques sont d'autant plus dangereuses pour la femme qu’elle est sédentaire et vit confinée dans le mauvais air d'un atelier ou d’un restaurant, d’une brasserie.

Les professions qui exposent à la grande chaleur ou aux vapeurs du charbon (celles de blanchisseuses, de cuisinières) favorisent l'alcoolisme en provoquant la soif.

Si un homme faisant un métier rude peut boire sans trop d’inconvénients un litre de vin par jour, il y a danger pour une femme à en boire plus d’an demi-litre, d'autant plus que, de notre temps, le vin est trop souvent falsifié ou surchargé d'alcool.

Les femmes devraient faire tous leurs efforts pour empêcher les

hommes de boire avec excès. Elles sont les premières victimes de l’alcoolisme, car l’alcaol et surtout l’absinthe transforment un brave homme en fou dangereux, qui brutalise et même peut tuer sa femme et ses enfants.

Un alcoolique est un père détestable; il engendre des enfants maladifs, qui naissent mal conformés, meurent de convulsions, ou deviennent, en grandissant, vicieux, ayant le besoin presque irrésistible de boire de l'alcool, et finissent criminels. Ces enfants expient cruellement ainsi les vices de leur père ou de leur mère, dont ils sont les innocentes victimes.

Quand les femmes enceintes, les nourrices boivent de l'alcool, des liqueurs ou trop de vin, elles nuisent à leurs enfants, qui peuvent naître avortons, difformes, ou à leurs nourrissons, qui peuvent avoir des convulsions.

On ne doit pas laisser boire de vin aux enfants, et, à aucun âge, ils ne doivent boire de vin pur.

Laisser boire aux enfants des liqueurs ou de l'alcool est un véritable crime.

Ces « avis », quotidiennement distribués, essaimeront dans Paris au grand profit de la vulgarisation antialcoolique.

2 Nous croyons indispensable de réclamer pour nos infirmiers une réforme spéciale : ces dévoués serviteurs sont trop souvent victimes de la phtisie, que leur vaut la double influence de la contagion professionnelle et de l’alcoolisation. :

Nous voudrions qu’en chaque hôpital ils aient un lieu de réunion convenable, avec des jeux, des journaux, des livres; local où ils puissent se distraire aux heures de loisir, et leur permettant d’échapper à la tyrannie du cabaret (1).

Cette réforme nous paraît d'autant plus désirable que nos infirmiers n'ont pas de chambre, et couchent en un dortoir commun. Les malades, ne l’oublions pas, bénéficieront de tout ce qui est de nature à élever le niveau social des infirmiers.

3° Il nous paraît utile de constituer à titre permanent une commission dite de « l’alcoolisme », qui, au cours de l’année, étudierait

(1) Grâce à l'initiative du Dr Lerurce, les infirmiers de l'hôpital Boucicaut auront bientôt une bibliothèque-salle de réunion avec {oo volumes. M. le Dr Napras, directeur de l’Assistance publique, est tout acquis à ce genre de réformes (communication orale).

plus spécialement les questions afférentes, veillerait à la bonne exécution des premières réformes adoptées sous votre influence, en étudierait de nouvelles, vous adresserait un rapport annuel sur ces divers points, bref, assurerait l'harmonie, la continuité et la progression de vos efforts.

Telles sont, Messieurs, les réformes modestes que nous vous proposons de réaliser.

Mais nous vous convions à une autre tâche.

Nous avons l’honneur d’être les médecins du peuple : il ne nous suffit plus de sauvegarder, quand nous le pouvons, ses fils, venus à nous amoindris ou déchus.

Parlons plus haut! parlons à ceux qui sont saufs encore. Qui donc, si nous nous taisons, fera entendre à ce pays les vérités nécessaires ?

Permettez-moi de vous rappeler ici l'appel que le président de votre commission, le professeur DEBove, adressait à ses auditeurs dans une leçon, qui a beaucoup contribué au mouvement d’aujourd'hui:

« Est-ce à dire que notre pays, entrainé sur cette pente fatale, soit irrémédiablement perdu ? Mon patriotisme se refuse à faire même une pareille supposition. Mais d’où viendra donc le salut? De voupeut-être, et c’est pour cela que je vous ai entretenus de ce brûlant sujet avec tant de complaisance.

« Vous serez médecins, vous vous nette par toute la France, vous agirez sur la santé publique, et même sur la santé morale par vos prescriptions et vos conseils. Si vous êtes bien convaincus des dangers que je me suis eflorcé de vous montrer, si vous prêchez la sobriété par vos paroles et par vos actes, vous pouvez contribuer puissamment à changer l'opinion publique et à sauver ce pays auquel l’alcoolisme fait courir le plus grand danger qu’il ait jamais couru. »

Et tous nous dirons à nos confrères: « Oui, le salut peut venir de vous. »

Sans doute, on criera à l’inutilité de nos efforts ; ils seront insutfisants, peut-être, mais inutiles, non pas : nous savons, nous, que rien ne se perd. Et le salut sera, si nous le voulons fortement.

Donc, parlons et surtout agissons.

C’est autour de nous que s’instruisent les jeunes générations médicales : inspirons-leur la haine fécondede l'alcool, tueur de force et de beauté.

Eclairons l'élite de nos concitoyens : tout ce qui, en ce pays, a talent, science et conscience, combattra bientôt avec nous.

Au bout de nos efforts, il y aura, nous le savons, une forte diminution de la morbidité. Nous ne la trouverons point dommageable : donnons-nous cette gloire d’être dans l’État la corporation qui sait immoler ses intérêts privés à l'intérêt national.

La rumeur antialcoolique commence; bientôt, si nous le voulons, elle deviendra clameur.Bientôt aussi, nos hommes politiques, quand, suivant un conseil fameux, ils « songeront à leurs circonscriptions», entendront monter d'elles, couvrant les exigences des RARE neurs, la plainte des empoisonnés, leurs victimes.

La liberté d’empoisonner cessera alors de leur paraître sacrée ; nous aurons enfin les lois nécessaires pour fixer solidement la réforme morale conquise, et ce peuple arraché à la « servitude de l'alcool » recouvrera l'intégrité de sa vigueur première et de son clair génie.

On sent dans ces conclusions alertement écrites la chaleur, la générosité que suscitent les bonnes causes ; la

Réforme sociale contre l'alcoolisme ne manque pas de vaillants auxiliaires, dans Le corps médical des hôpitaux.

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