‹ Alcoolisme et Réforme SocialeChapitre 58 sur 69 · V. — LES HABITATIONS OUVRIÈRES · texte numérisé non relu

V. — LES HABITATIONS OUVRIÈRES

Nous avons vu, dans notre revue rapide des causes de l’intempérance, l'influence des mauvaises conditions du logement. C’est là un fait reconnu par tous. Dans l'enquête - de 1872 sur les conditions du travail en France, on lit : « Le logis de l’ouvrier laisse trop à désirer sous le rapport de l'étendue, la famille a peine à s’y établir. Le cabaret restera pour l'ouvrier une distraction fatale, aussi longtemps que le logement réformé ne lui donnera pas le goût de son intérieur (1).

Depuis un certain nombre d'années, nous avons vu, en France, sous l'impulsion d'hommes tels que M. G. P1coT (2), se multiplier les sociétés d'habitations ouvrières à Paris, Lille, Amiens, Marseille, Bordeaux, Rouen, Lyon, elc., en tout 22 sociétés; de grands industriels (Mame à Tours, Meier à Noisiel}, des Compagnies (Cie des Messageries marilimes) ont fourni à leur personnel des moyens d'acquérir un logement qui devienileur propriété.

Ce sont là de louables efforts. Favoriser ces sociétés, en provoquer la créalion, autant de moyens pour les industriels de lutter indirectement contre l'alcoolisme. Montrer à leurs ouvriers qu'en cessant de boire de l’al-

(1) Cité in Cauwès. Traité d’économie politique, t. II, page 69. (2) G. Picor. Un devoir social. Les logements ouvriers, 1885.

cool ils pourront économiser de quoi se créer un foyer. On a calculé que la dépense hebdomadaire, par ménage, pour les boissons spiritueuses (vin et bière non compris), s'élève à 2 fr. 55 environ. GCelte somme dépasse et de beaucoup la quotité requise par les différentes sociétés d'habitations ouvrières pour permettre à l’ouvrier d’acquérir une maison commode et confortable (1). On peut encore dire à ces laborieux qu’en estimant à 100 francs par an l’épargne qu'ils pourraient réaliser en se privant d'alcool, cela ferait en 20 ou 22 ans un pécule qui ne serait pas moindre de 3000 fr. par individu. Les 4 millions d'ouvriers de l'industrie française se {rouveraient à la tête d’un capital de 12 milliards de francs, c’est-à-dire que, syndiqués, ils pourraient conquérir la majorité dans les assemblées d'actionnaires de presque toute la grande industrie du pays. Cela vaudrait peut-être la peine de renoncer à s’empoisonner (CosTE) (2).

se

Une autre œuvre qui n’est pas expréssement dirigée contre l'alcoolisme, mais peut concourir à le réduire en améliorant le sort des travailleurs, est celle des Jardins ouvriers, œuvre d'assistance par le travail qui consiste à donner à des pauvres gens la location gratuite des terres dontils font des jardins potagers. Elle à pris naissance à Sedan, sous l'impulsion de M"° Hervieu, qui fut guidée par deux idées : l'homme n'est pas fait pour mendier, 1l est

(1) Garros de Wianr, Compte-rendu du Congrès de Bruxelles 11° partie, page 98.

(2) Cosre. Aux insouciants qui s’alcoolisent sans le savoir. Tract. édité par la Soc. Franc, de Tempérance.

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fait pour travailler ; l'homme a le droit de vivre de son

travail et par son travail (1).

Faciliter l'accession à la petite propriété en rendant insaissisables, exempts d'impôts et de frais de succession la maison de famille et son jardin acquis par le travail, tel est tout le programme de l'école terrianiste qui a envoyé à la Chambre, sur ce programme, l'abbé Lemme et dont un des plus actifs représentants est Le D' Lancry, de Dunkerque (2). Grâce à une campagne très active de notre confrère, des « Jardins ouvriers » se sont créés à Montreuil-sur-mer, Rosendaël, Arras, Hazebrouck, Graveline, Valence, Dijon, Nantes, Amiens, Albi, Saint-Brieuc, Orléans, Rennes, Mende, Nancy, Paris, etc. À Besançon c'est le bureau de bienfaisance qui a partagé entre diverses familles pauvres deux grandes pièces de terre, l'essai

a parfaitement réussi. A Saint-Elienne, sous l'impulsion :

d'un jésuite, le père Vorpgrre, l'œuvre a pris une grande extension. On a loué en 1898 une ferme de 5 hectares 50 ares. L'assistance s’étend à plus de 400 familles comprenant 9.500 personnes. De plus, par l'institution d’une caisse rurale, on prévoit le moment où toutes les familles auront construit une habitation sur leur terrain. Le règlement de celle caisse n’exige de tout adhérent que 3 conditions.

1° Une réputation d’honnêteté notoire ;

2° Ne pas fréquenter les cabarets ;

3° Avoir un travail régulier assuré et non occasionnel.

(1) Elle a raconté comment elle fut amenée à pratiquer cette assistance par le travail de la terre. Voir article de Max Turman in La Quinzaine, du rer octobre 1899.

(2) CF. Dr G. Lancry, Le Terrianisme, 1899. Dunkerque.

L. Rivière, Les jardins ouvriers, en France et à l'étranger, 1899.

C'est au même but que vise la Ligue française du coin de terre et du foyer dont le D' Lancry est secrétaire général.

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Dans les grandes villes, par suite des progrès de l'hygiène, de la nécessité d'ouvrir de nouvelles voies de communication, on voit des quartiers entiers disparaître sous la pioche des démolisseurs et souvent à la place d’habitalions ouvrières s'élèvent de somptueuses demeures et de plus en plus l’ouvrier, nouveau paria, se trouve repoussé loin de son travail en même temps que la rareté des logements et l'élévation de leur prix l’obligent à se contenter d'une chambre exiguë pour toute sa famille. Récemment la tribune de la Chambre a retenti des protestations d'un député de la droite, M. LeroLLE, au sujet de ces exproprialions en zone, mais le sort destravailleurs préoccupe-t-il vraiment la majorité de nos parlementaires ? Et ce n’est pas là une question nouvelle, François Myron, prévost des marchands, écrivait déjà à Henry IV:

Cher Syre, permettez que je me retire. En jurant fidélité au roy, j'ai promis de soutenir la royauté. Or, Votre Majesté me commande un acte pernicieux à la royauté... Je refuse! Je le répète à mon cher maître et souverain bien-aimé : c’est une malheureuse idée de basür des quartiers à usage exclusif d’artisans et d'ouvriers.

Dans une capitale où trosne le souverain, il ne faut pas que les petits soient d’un costé et les gros et dodus de l’autre. C’est beaucoup beaucoup mieux et sûrement, quand tout est meslangé. Vos quartiers povres deviendraient des citadelles qui bloqueraient vos quartiers riches. Or, comme le Louvre est la partie belle, il pourrait

se faire que les balles vinssent ricocher sur votre couronne... Je ne veux pas, syre, estre le complice de cette mesure.

François MYRON.

Prévost des marchands,

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