‹ Alcuin et son influence ... chez les FranksChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Commentaires d'Alcuin. Pour constituer un christianisme non eq paroles , mais en action , TËglise de Rome se crée une sorte de centre chez les Anglo-Saxons. A leur église elle donne pour prinelpe Tautorité. De là elle répand ses doctrines en Germanie, en Fnse , en France, etc. C'est Alcuin qui apporte cette théologie eo France. Mélhode de^ deflorationes en théologie. Commentaires sur

la Genèse, sur les Psaumes , sur le Cantique des Cantiques, sur l'Ecclésiaste, sur la Trinité, sur la procession du Saint-Esprit, sur les trois Épitres de saint Paul^ sur l'Apocalifpse, sur saint Matthieu, sur saint Jean. — Trois manières d'expliquer un texte dans les écoles de théologie carolingiennes. — Résultat. — Dispu* tatio puerorum : ce traité n'est pas d'Alcuin , c'est un cahier de théologie. Confessio fidei : ce traité appartient probablement à Golschali^. De Divinis offidis, compilation dont plusieurs passa<« ges sont très-anciens. — Symbolisme d'Alcuin ; son origine à la fois anglo-saxonne et chrétienne.

I. G'Qst.dans ses discussions avec les adoptianistes que les qualités théologiques d*Âlcuin ressortirent ayec le plus d'é«

ckt. Il Vîmtatt à Ut vue des obstacles, et reneontrait des mouyeuMuts impinéTiis éi agréables. Dans ses commentaires^ cette vivacité fait plaee i des leogueurs; sa pensée s'épuise et tarit i^ertttus endroits, et, eb laissant de côté (fieU ques pages assex belles du commentaire de saint Jean et de celui de saint Matthieu, toojours elle manque de couleur, et ne prése&te rien qui. soit personnel au commentateur.

II. L'ÉgUse de Rome, en voyant les Romains et les Grecs se perdre dans des diseussions stériles, sentant d'ailleurs que ces peuples, épuisés par plusieurs siècles de despotisme, avaient perdu le i^ns motal et n'éprouvaient plus le besoin de fonder, s'était hâtée de transporter l'Évangile dbtez les' peuples nouveaux (1). Elle s'était, grftee à Grégoire le Grand, créé dans TÉglise anglo-saxonne une Rome nou^ velle, uûe sorte de foyer religieux , dont elle pourrait répandre les lumières chez les naticms voisines, quand leur foichanectUeî'ait (m s'obscurcirait, quand lés temps seraient venus (2). C^z ces pépies jeunes, elle avait trouvé des hommes qui pouvaient croire, c'est*à-dire agir selon leur foi. Sur ce food énergique, Rome avait appliqué l'empreinte de son génie, l'autorité. Pour les théologiens anglo-saxons, la pensée spéculative n'était rien, l'action était tout. Us ne

discutaient pas sans nécessité, Us ne discutaient plus à la vue du danger (3), ils enseignaient. Peu de travaux d'exégèse, d'histoire et de philologie, l'hérésie les faisait frémir. Ne dépassez pas la limite des Pères (4), disaient-ils, et encore :

(1) S. Greg. opp.^ erf. Bened.; Paris, ITOô; in Ezech, Comment., t. I, p. 1374, 1376, 1376.

(2) Ihid., Moral., t. I, p. 862.

(3) Adv, FeL, Frob.^ t. I, p. 770.

(4) Ibid.^ passim.

Evitez les Mweauiéê{l). Pomr aix et pour les peuples ^'ib instroisireiit, le chnstianisme était un temple «uperbe, bâti comme par eBcbantement i Ja voix de Jésus-Christ et des apôtres, 4out éblouissant .d*or et de lumières, tout retentiasaot des vok les plus éloquentes. Jamais aucun téméraire n'en avait violé rentrée, bien loin d'en avoir profané le sanctuaire. C'était le temf^e de FÉtemel, le rendex«vous, la seule vraie patrie de Thamanité ici bas (3). Si des paroles dissidentes avaient retenti prés du portique, on ne les avait entendues qu'avec horreur^ et Tindignation générale les avait couvertes aussitôt. Telle était la croyance de ces âges antiques.

. III. Alcuin, Raban Maur (3], Haimon d'Halberstat (4), Walafrid Strabon (6), Paschase Batbert (6), Ratramne (7), Loup Servat (8), enfin tous les théologiens de Fulde, de Saint-Gall et de Corbie, présentent, avec des différences sensibles, surtout en ce qui concilie la justification en Christ, le même mode d'enseignement théologique.

. Le péril de cet ordre de choses, c'est qu'il ne pouvait pas faire beaucoup desavants, et qu'il ne pouvait toujours durer. Il eût fallu y pratiquer quelque issue pour le progrès, et craindre davantage de fatiguer les esprits; sans quoi, tôtoa tard, un novateur devait paraître.

(1) Fro6.,t. I p. 867.,

(2) Passim. Aie. ad FeL, Frob.^ 1 1, p. 784.

(3) Rab, Maur. opp.; Cologne, 1627, 3 vol.

l î) Opp, in SpiciL

(ô) Walafrid. Strab. opp.; Paris, 1624, 10 vol.

(6) Paschas. Ratb. opp.; Paris, 1618,

(7) In Biblioth. PP. et m Spicileg.

(8) Lup. Ferrar. opp.^ Baluz.; Lips., 1710.

IVé Âkttia est le représentant le plus complet de cette théologie orthodoxe mais craintive , plus abondante en livres qu'en idées. Il s'épuise en gloses , en commentaires. Et cescommentaires ) ccmiment les compose-t«il i Prend-il un texte ou un livre des Écritures , et, après l'avoir bien médité , écrit-il ses propres réflexions ? Nullement. Â ce guide ti* mide , il faut un guide pour le rassurer. Il commente des commentateurs; tantôt il les développe , tantôt il les abrège. Souvent même il se contente de placer leurs témoignages les uns à côté des autres , et d'appliquer sans scrupule , dans sa théologie , comme dans son enseignement , cette méthode des dejlorationes que lui avait léguée Gassiodore.

Dans le commentaire sur la Genèse, dédié à Sigulphe (t) il fait des emprunts à Isidore de Séville. Dans VEnchiridion ou manuel qu'il écrivit pour Ârnon , et où il explique les psaumes de la pénitence, le psaume 118 et les psaumes graduels , saint Augustin et Gassiodore lui rendent les plus grands services. Il Tavoue lui-même en commençant. «Pour satis&ire à votre demande, dit-il à son ami , j'ai ouvert les traités des saints Pères , j'ai pris note de ce qu'ils disaient , j'ai cherché à cueillir de belles fleurs pour vous être agréa* ble» (2). Il aurait pu, sans blesser sa conscience, faiœ le même aveu au sujet du commentaire sur le Cantique des canliqtêes (3).  n en pas douter, bien qu'il ne meotionne pas cette circonstance , il avait sur sa table le livre de Gassiodore (4) sur le même sujet , et il transcrivait en faisant

(1) Frob., 1. 1, p. 304.

(2) Enchirid. Frob., 1. 1, p. 343.

(3) Compend. in Cant. canticor,, Frob., l. f, p* 392 et seq^

(4) Cassiod, opp,, t. H*

quelques changements. Saint Jérôme remplaça Cassiodore, quand Alcuin rédigea le Commentaire sur VEcclésiaste (1). En commentant les trois lettres de saint Paul à Tite , à Philémon , et aux Hébreux (2) , il suit encore saint Jérôme pour les deux premières ^ et saint Ghrysostôme pour la troisième. Dans le traité de Fide Trinitatis, il ne cherche, dit-il'» qu'à faire comprendre le traité d'Âugustin sur le même sujet (3) ; pour cela il le raccourcit et met des titres aux chapitres. Le de Processione Spiritm Sancti n'est encore qu'une réunion de textes empruntés , mais du moins Fauteur nomme ses autorités (4). Dans le Commentaire sur l'Apocalypse , il suit surtout Bède » il connaît ce qu'en ont écrit saint Jérôme , Yictorin , Primase d'Afrique , saint Augustin et saint Grégoire ; mais il a su fondre avec assez d'habileté les sentioaents de ces écrivains (5). Dans le Commentaire sur saint Matthieu (6), s'il ose quelquefois exprimer ses propres sentiments y souvent aussi il se contente d arranger à sa manière le commentaire (7) et les homélies de Bède sur le même évangéliste. Enfin il dit lui-même de son Commentaire sur saint Jean : «J'ai parcouru d un cœur humble et le front baissé les campagnes fleuries de plusieurs Pères, afin de

(1) Comment, sup, Ecclesiast., Froh,^ 1. 1, p. 410.

(2) Explan, in episi. Paul, Frob,^ 1. 1, p. 650 et seq»

(3) EpistA. le. ad Carol. imper., Frob.^ 1. 1, p. 703.

(4) Frob., 1. 1, p. 744.

(ô) Aie. Comment, in Apocalyps., L V, eos Mai collection. Vatican» C'est de là que l'abbé Migiie a lire ce traité, pour l'insérer dans l'un des deux volumes de sa Patroiogie^ qui renferment les œuvres d' Alcuin; T. C. et Cl, 1851.

(6) Voy. l'Append. I,

(7) Bed.^ Comment, in Uatth.

contenter vos désirs , sans exposer mon nom. Avant tout j*âi recherché les suffrages de saint Augustin ; j'ai fait quelques emprunts à saint Ambroise ; j'ai beaucoup pris dans les ho- ' mélies de saiot Grégoire et dans celles du bienheureux • Bède. J'ai consigné les observations des autres Pères,... aimant mieux reproduire leurs idées et leurs mots que de m'abandonner en présomptueux à mes propres forces j et c'est ce dont les lecteurs curieux pourront facilement s'assurer. Je prenais certes toutes mes précautions , grâce à Dieu , pour ne pas écrire quelque opinion contraire à celles des Pères » (1), Dans les onze premiers chapitres , il n'a rien dit de contraire aux opinions de Bédé , car ils sont textuellement extraits de son commentaire sur le même sujet (2). Ces ouvrages ont tous [un caractère pratique ; manuels , catéchismes , vade tnecum, ils devaient aider ses amis ou ses élèves dans leur avancement spirituel ou dans leurs prédications. Souvent aussi l'auteur d'un pareil travail se disait qu'il s'agissait d'instruire des barbares fort ignorants.

V. C'est bien en vain qu'on chercherait dans ses ouvrages quelque trace d'une lutte intérieure ^ comme dans Jean Scot Erigène, par exemple. 11 croit à l'inspiration des Pères de l'Église 9 sans se demander si leurs ouvrages sont plus ou moins ou autrement inspirés que les livres canoniques^ Il aime TApocalypse , mais comme le domaine de l'allégorie* Il explique la lettre aux Hébreux sans songer à reprendre , ce qu'avait fait pourtant saint Jérôme , la question d'authenticité (3). Il critique vivement le livre de FEccIésiastique ;

(1) Comment in Joann,^ Frob,, 1 1, p. 464.

(2) Bed, vener,, Comment, in Joann.

(3) Àlc, ep, odHebr.^ Frob., 1. 1, p. 665*

mais» dans sa lutte contre Elipand, alors ^e l'esprit de oqbtroverse ranimait (1). Selon lui , la sibylle a pu prédire la naissance du Christ (2). Il semble croire i la lettre de Jésu»- Christ au roi Âbgai* (3). Enfin nulle part il ne craint d'interpolation. La règle des livres canoniques est là : tout est dit. Pour expliquer un texte > il cherchait d'abord Je sens naturel: juxta liiieram sensus, sensus lUieraHs^ histoire critique, exégèse, philologie, autant que le comportait Fépoque ; voilà ce que comprenait ce premier sens. Venait ensuite Tallégorie , sensus aUegoriœ, juxta sensum spirUalem. Orientale d'origine , l'allégorie était sortie des luttes des chrétiens contre les gnostiques et les alexandrins , bien qu'on voie la gnose élevée déjà à la hauteur d'un principe dans la lettre de Barnabas. Saint Ambroise l'avait mise en honneur, en Occident » dans son Paradis terrestre. Forts de ce précédent, sur lequel l'Église de Rome s'appuyût en toute confiance , les théologiens du Nord lançaient leur imagination dans les espaces les plus inconnus , et se permettaient volontiers de déraisonner, pourvu que ces petites débauches de la pensée ne fussent pas contraires à Torthodoxie. Enfin Tesprit jouissait encore de quelque liberté , grâce au troisième mode d'explication^ le sens moral (4), comme on peut le voir dans l'interprétation morale des noms hébreux (â)« Cette direction d'étude avait amené le triomphe d'une re-

(1) Advers. ElipanL, 1. 1, Frob.^ U I* P* 883.

(2) Aie, ep. ixi. C'est aussi Topinion de Bède, voyez Versus sibyllini de Christo; Bède, t. II, p. 353.

(3) T. II , p. 222.

(4) Interpret» nom. heh,, Frob.^ 1. 1, p. 453.

(5) Jbid.

ligion pratique, saisissant rhomme par son libre arbitre plutôt que par son intelligence , le forçant à agir et l'entourant ainsi des preuves de sa propre puissance ; également éloignée d'un mysticisme immobile à force de science, et d'une religion si positive, que le fidèle n'ait plus eu conscience de luimême en agissant (1).

YI. La théologie marcha ainsi jusqu'au moment où , se fatiguant de la sévérité de sa méthode, s'en dégoûtant même pour en avoir abusé, elle remplaça le principe d'autorité qui l'avait abritée par celui de la liberté de penser, qui venait d'Irlande. Elle aboutit alors au mysticisme involontaire de Gotschalk et au mysticisme raisonné de Jean Scot Erigëne.

VIL Plusieurs savants accordent à Alcuin deux autres traités : 1** Disputatio puerorum (2) , et 2° la Confessio fi* dei (3). L'étude de ces ouvrages éveille pourtant bien des doutes. Le premier chapitre de Disputatio n'est qu'un fragment , le dernier n'est qu'une inutile répétition ajoutée après coup. On y trouve des phrases d'Âlcuin , mais comme dans beaucoup de compilations. Joignez à cela des subtilités quand il s'agit de dogmes, a Crois-tu en la sainte Église catholique? — Non, je ne crois pas en elle, car elle n'est pas Dieu , mais je crois qu'elle est» (4). Le compilateur sépare, et e'est , avec un fameux capitulaire de Gharlemagne , l'un des plus anciens monuments de ce genre , sépare les livres canoniques des apocryphes. Il attribue la lettre aux Hébreux

(i) Epist. ad GisL et ^d Rothr., Frob., 1 1, p. 463.

(2) Disput, pueror., Frob.y t. II, p. 419.

(3) Ibid., p. 385.

(4) Disput. puer.^ p. 437 ; l'auteur reprend encore le même raisonnement p. 439.

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à Barnabas ou i Clément de Rome. Ces idées appartiennent en partie à saint Jérôme ; elles semblent toutefois avoir subi un premier changement en passant dans les étymologies d'Isidore. Ainsi , si le compilateur s'en réfère quelquefois à ^historien Josèphe ; s'il conteste Tauthenticité du livre de la Sagesse , qu'il attribue au juif Philon ; s'il ne parait pas trèsrassuré sur celle des livres de Judith^ de Tobie et des Machabées ; s'il affirme que Y Ecclésiastique n'est pas de Salomon , m&is d'un écrivain nommé Jésus , fils de Sirach, c'est à saint Jérôme surtout et aussi au canon d'Eusèbe qu'il fout remonter pour trouver la source de toutes ces assertions (1). Et cependant, même ainsi autorisées, elles forment un vif contraste avec la théologie d'Âlcuin , bien plus sage et bien plus réservée à l'endroit de l'orthodoxie,

YIII. L'anonyme de la Confession de foi examine les prin* cipes mêmes de la religion. «J'ai écrit ce recueil, dit-il en s'adressant à Dieu , pour avoir un manuel qui me parle de toi... Oui, il est beaucoup de contemplations qui sont pour l'âme un tourment et un progrès , mais nulle ne captive ma pensée comme la méditation de ton étrex) (2). Alors, tout en les mêlant à ses propres réflexions , il copie des passages de saint Augustin , dans la Cité et dans les Confessions, de Gennade et de Pelage , dans un traité attribué alors à saint Jérôme. Ce livre se lit tout d'une haleine ,. parce que , mal* gré Taridité d'une cQmpilation , on ressent l'émotion d'une souffrance intérieure.

En examinant le ton mystique qui y règne partout, et

(1) s. Hieronym. opp., éd. Benedict.; Paris, 1693, Cf Frœf(a,in S. Scriptur.

(2) Conf. fid. Frob.^ t. II, p. 393.

cette manière langoureuse de faire de la théologie , la fréquente répétition du trinus et unus, des recherches inquiètes et sans fermeté sur les relations du Verbe et du Père, des affirmations contraires , hétérodoxes même , au sujet de la Trinité (1) (tandis qu*Alcuin voulait qu'on dise toujours une substance et trois personnes); une indiscrète curiosité, jointe à des peurs d'hérésie ; l'idée , sans cesse abordée , de Fimmutabilité de Dieu et de la vision en Dieu ; enfin la tris* tesse d'un homme à qui la vie est à charge , et qui pense que , seule , la grâce peut opérer tout le bien dans Thomme , on croirait bien sentir la pensée et la main aventureuse de Gotschalk, Le compilateur dit que Dieu n'a pas prédestiné les hommes au mal. Plus tard , Gotschalk soutenait , contre Hincmar de Reims , que Dieu avait pu destiner les méchants non pas au mal , mais à la juste punition du mal. Rien n'empêche donc d'attribuer la Confession de foi à Gotschalk , mais à Gotschalk avant sa fuite du monastère d'Orbais, avant ses fautes et ses malheurs, avant le moment où cette imagination ardente , mais faible , ne trouvant aucun appui solide , s'abandonna , pour ainsi dire , au désespoir, se précipita , pour ne pas changer toujours , dans la doctrine de l'absolue immutabilité , s'y retrancha pour jamais, prêcha en Italie, en Germanie , en France, cette doctrine des deux prédestinations , qui agita toute la seconde moitié du ix^ siècle et remua toute TÉglise.

Ce livre, qu'il remplissait moins encore de ses auteurs que des idées qui l'obsédaient , nous fait ainsi connaître les sentiments du maître d'Orbais , comme l'appelait dédaigneu-

(1) JWrf., p. 390 et 397.

sèment Hincmar, au moment où il se formait seul à la théologie, comme il le dit lui-même à Ratramne (1), et à ce monvent même où Loup Servat lui disait d'abandonner se» idées SQp la vision en Dieu (2). Il prie Dieu qu'il le fasse mourir au monde , comme si la tentation d'y entrer le faisait frémir d'une joie mondaine (3). Il parle d'un archevêque simoniaque et dont il n'estime pas la vie privée. (4) , comme il parla plus tard d'Hincmar (5). Il se plaint de la position qu'on lui a faite , de ses ennemis. «Tu sais, mon Dieu , coiiijnent mes ennemis ont caché un filet dans la route où je marchais... Alors y ô douleur! j'ai perdu le lieu de ma solitude i^hérie, et l'ami que j'ai aimé dès mon enfance.. • Me m'a« haudonne pas à mes propres desseins, au jugement de mon libre arbitre , aux tentations puissantes du démon. » Cet ami, c'est Walafrid Strabon ; cette solitude , c'est Reichenau ou Fulde ; ces ennemis , ce sont ceux qui ont voulu enchaîner £fa volonté , au lieu de s'attirer son affection , et Ton reconnaît Raban Maur, vers 824, son abbé à Fulde, et, plus tard, son irréconciliable adversaire. Aucune de ces circonstances, comme aucune de ces idées, ne peuvent s'appliquer à Alcuin. IX. Au reste , on ne peut élever de doute sur Tâge du livre (6). Mabillon a prouvé qu'il appartient au ix® siècle ; il nomme , à la fin de sa dissertation , les critiques qui , à la

^(1) Gotsch., epist, ad Ratram.y CelloU, hisU Gotsch., Paris, 1635.

(2) Lup., epist. XXX.

(3) Confes. fid., p. 396.

(4) Ibid., p. 409.

(5) Hincm. opp,, éd. Jac. Sirmond. Paris, 1045, De non trina

deUaU

(6) Cf, Franc, Chifflet, Script, veter.; Dijon, 1656, t. I, et Dissertât. Joann. Dallœ ; Rouen, 1657; MabUl. Veter. analect, 1723^ p. 490; Basnag., Hist, eccles ^ t. II, p. 899.

vue du manuscrit, y reconnurent Téériture du ix® siècle. Parmi ces critiques, on trouve Lecointe, Ducange , Baluze : c'est tout dire. Quant au traité Disputatio puerorum , Fro* ben l'a copié sur un manuscrit du ix^ siècle.

Ces deux recueils sont donc deux cahiers de théologie, l'un , Disputatio puerorum^ à Fusage des élèves , Tautre à Tusage d'un maître qui pour nous est Gotschalk , mais qui certainement n'est pas Âlcuin. Ces cahiers renfermant des doctrines plus sceptiques forment la transition de la théologie alcuinienne ou anglo-saxonne à la théologie mystique et irlandaise du ix^ siècle. Le seul rapport qu'ils aient avec Alcuin, c'est que d' Alcuin découle tout le mouvement théologique de cette époque.

X. Quant au de Divinis officiis , qu'on lui a quelquefois attribué aussi, nous ne nous y arrêterons pas. Pêle-mêle de différents ouvrages , dit Mabillon (1), on y trouve avec de TAlcuin un morceau de Remy d'Auxerre et un autre de Hilperic, moine de Saint-Gall, au xi^ siècle ; il renferme aussi des extraits d'un ouvrage de Gharlemagne lui-même sur les rites de l'ancienne Eglise (2).

XI. Ce qui jette une certaine variété sur ces cahiers et sur tous les traités d' Alcuin, c'est l'emploi fréquent de l'allégorie , c'est un goût prononcé pour les symboles. Ce sont

Cl) Act, s. IV, p. 1,1 p. 185.

(2} Cet ouvrage fort curieux, bien qu'il paraisse interpolé, a été imprimé à Anvers, 1660, Fragmenta CaroHM. a Wolgang. Lazù, etc. Les quatre premières pages ne renferment qu'une lettre de Gharlemagne â Alcuin {AlCt 1, 88). A partir des mots SahhaXhi Paschalis veneratio, le ton n'est plus le même ; au reste ce traité n'est souvent qu'une compilation.

0UX surtout qui ramènent la pensée à Tëpoque primitive où ces ouvrages furent composés. Rome, en s'emparant des facultés de l'Anglo-Saxon pour les diriger, en avait pourtant abandonné une à son indépendance naturelle. L'imagination pouvait voltiger sans danger, espèce de f^a follet qui devaient glisser sur la solidité des dogmes. Loin de proscrire ces créations fugitives et légères, si naturelles aux peuples du Nord, Grégoire le Grand et ses successeurs leur avaient prêté le charme du mystère; ils avaient orné du voile de la religion ce que ces peuples regardaient comme des influences malignes ou bienfaisantes (1). Alors elles s'étaient multipliées. Fées ou nymphes, anges ou démons^ génies des forêts ou des fontaines , ombres des vallées où des bruyères, naissaient en foule , paraissaient à la lumière ou retombaient dans la nuit, vivantes comme les terreurs ou les espérances de Thommé sous ce ciel brumeux, au milieu de ces contrées sauvages et inconnues. Et puis les débris de plusieurs religions recouvraient déjà cette terre qui sem-^ blait pourtant vierge. A côté des vieilles croyances d'Hengist et d'Horsa, on pouvait voir des traces de la magie druidique et du paganisme romain (2). Une religion ne se retire jamais du cœur d'un homme ou du sein d'un peuple, sans laisser derrière elle un long sillage de superstitions. Pour l' Anglo-Saxon, pour le Frank du Nord et même pour l'Irlandais, toute pensée prenait un corps , tout sentiment une voix , toute terreur une forme saisissable ; toute supériorité s'entourait de mystère et opérait des miracles ; toute vérité se

(1) Greg. M. epp.j t. II, p. liôÇ elpassim.

(2) Anseg,, cap. xxi, lut, 1. 1, et dans Bède, VU. Patrie. .

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transformait en un mythe (1). Partout s'agitait, gfaettait, voltigeait, partout se 4;achait un peuple- fantastique, tribus de nains ou de géants, d'ondines ou de valkyries, plus forts ou plus ruses que l'homme, et qui partout lui tendaient des pièges. Si sa volonté faiblissait, si son cœurgtremblait, il était perdu. C'était une sorte de panthéisme universel qui subsistait à côté de l'idée de l'unité de Dieu, comme Thomme dans le chrétien. De là les symboles, qui prêtent une forme sensible à de pures idées ; de là aussi l'allégorie, qui commu-» nique un caractère mystérieux à une idée souvent com<» mune (2). L'imagination se créait une sorte de nature nouvelle, en dehors de la nature, et souvent, dans la vérité, on cherchait tout , excepté la vérité même. Si la religion ve^ nait autoriser ces frayeurs ou ces joies folles de l'âme, la raison succombait, le barbare apercevait le fantôme. Alcuiii craignait que le souvenir de ses services n'engendrât en lui des pensées d'orgueil. Son imagination lui fait confondre le légitime témoignage de sa conscience avec le remordsw Il n'y fait pas d'abord attention. A la moindre circonstancq qu'elle dénature, l'imagination reparaît, elle trouble la pensée du pécheur qui se repait, dans la solitude, de vaniteuses chimères. Il est nuit. Tout à coup la porte de la chambre à coucher s'ouvre , et l'Anglo-Saxon distingue la forme peu attrayante de l'ennemi des hommes (3). Quand ANgustin était venu porter la foi dans le pays de Kent (4) , le roi

(1) Bède, ihid. et Aie, Vit. Willibrord., Frob., t. II, p. 184.

(2) Les allégories de Raban, souvent reproduites d'Alcuin,en fournissent de curieux exemples. Gf. Raban, AlUgor,, t. V, p. 1.

(3) Vit. Aie, c. xiii.

(4) Bed., Ecdes. hist,, 1. 1, C; xy,

Ethelbert n'avait voula Tentendre qu'en plein air, pour prévenir Teffet de tout charme magique. Dans nn vieux chaut Scandinave, une prudente Saga conseille i son fils d*ëviter le chemin où se trouve la femme chrétienne morte (1). Une fois sanctionné par la religion, ce penchant i tout exprimer en symboles se répandit en légendes , en prédictions , en sorts, en visions, soit quand on dormait, soit surtout quand on ne dormait pas, en jugements de Dieu, en lettres tombées du ciel, en culte pour les groupes de chiffres, en inductions astrologiques et en explications morales des éclipses.

Il est un grand symbolisme, auguste débris d'un monde plus beau , d'une vie morale dans Thumanitë pour jamais évanouie. Révélation universelle que les Hébreux conservèrent mieux que les autres nations , il jeta pourtant une vive lueur dans Tlnde, dans l'Egypte et dans la Grèce, 8*obscurcis8ant chez les anciens à mesure qu'ils s'enfonçaient dans le polythéisme. Les livres d'Ezéehiel , le Cantique des cantiques, et l'Apocalypse, en apportèrent les types principaux en Occident.

« La parole du Seigneur, disait Âlcuin, est toute d'yeux,

on peut partout y pratiquer des ouvertures » (2). Voilà la source des symboles. Voici maintenant quelques-uns des emblèmes qu'Alcuin cherchait à populariser.

L'al)^me. a L'abime , dans les Saintes Écritures , a beaucoup de signification , ainsi que pourront le voir les lecteurs studieux: l'abîme, c'est l'immensité des eaux; l'abîme i

(1) Edda 8(Bmund, Grou^Galdr., t. II, p. 551.

(2) Sermo Domini oculosus estetundîque perforari potest;et alla profunditas mysteriorum Dei. Quis omnia sécréta iUorum investigare potest. Àh., ep» cxxiy, 1. 1 , p. t8L

c*«t U profondeur des Écritures', Fabitne ^ ce sont les ju* gements ineffables de Dieu ; Tabiine» c'est la sagesse ; Ta* bimei c'est le cœur de l'hosune » (1).

Les deux glaives. « Les deux glaires sont lé corps et rame avec lesquels tout homme doit combattre, selon la grâce de Dieu. Le Seigneur répondit aux deux disciples : c C'est assez, » parce qu'il n'exige rien de plus d'un chrétien (2). » On voit qu'on ne songeait pas encore à Tinter^ prétatiojn romaine.

L'arche. Elle représente, le corps parfait du Christ (3).

L'homme. Matthieu a la forme de l'homme, parce qu'au début de son Évangile, il rapporte la génération de Jésu»- Christ.

Le lion. Marc a la forme du lion , parce qu'il parle d'abord de la solitude : la voix de celui qui crie dans le désert, pré* parez la route du Seigneur.

Le veau. C'est l'image de Luc, image qui rappelle Ym^ molation du Sauveur. Les deux cornes représentent les deux Testaments , les quatre pieds sont les quatre Évangiles.

L'aigle, c'est l'eniblëme de Jean, parce qu'il s'élève dans

les hauteurs. Au commencement était le Verbe David a

dit de la personne du Christ : s Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de Taigle » (4).

Ces types sont extraits d'un fameux passage d'Ézéchiel, reproduit dans l'Apocalypse (5) , et l'on voit que dans les

(1) Ibid.

(2) im.

(3) In lib. Gènes.

(4) Frob., 1. 1, p. 313,

(5) Frob., t. II , p. 436.

drbyaticés du viu* siècle, ils s'appliquaient à la fois anat évan^ pliâtes et à Jësus-Christ; Le commeDtaire sur la Geuëse, et surtout le fragment intitulé Interprêtationes nominum he^ brûSearumj reûferment encore de curieuses interprétations de ce genre. Ce dernier morceau est le développement de cette idée, que Christ est descendu dans tous les patriarches , et qu'en conséquence, il a voulu que leurs noms même pus* sent nous exciter à la vertu (1). L'ouvrage le plus ctirieux en ce genre est le de Laudibus sanctœ Crwis , dont Alcuin donna lldée à Raban Maur (â).

Alcuin avait si bien mis en honneur le sens allégorique , que tous ses élèves le préférèrent au sens historique^ L'auteur de la Confessio fidei partait de là comme d'un progrès accompli s < Je reçois, écrivait-il , le vieux et le nouveau

Testament Sans repousser le témoignage de l'histoire,

j'admets comme vrai tout ce qui y est écrit. Seulement, comme lesapôtres, j'aime mieux y chercher le sens spirituel. J'invoque le sens allégorique là où l'on ne peut établir Tordre de l'histoire. » Ici le doute s'éveille ; l'écrivain le refoule : « Loin de moi de concevoir des soupçons sur les parole&des docteurs..... mais je loue ceux de notre temps qui, à force de recherches, saisissent enfin la racine de la vérité » (3).

(1) Per hos enîm patriarchas Christus Dominus Deus nosler, veniebat in mundum*.. ; et in horum interprelatione nominum noslrum designare voluit salutem. Interp. nomin., Frob,, 1. 1, p. 451.

(2) Alc.^ epist. CXI, Frob., 1. 1, p. 162; Raban. opp.p l. I,p.2734 i

(3) Confes. fid., Frob., t. II, p. 409.

-^ lfi9 — CHAPITRE HL

Travaux bibliographiques.— Révision des livras liUirgiques ; bibles , utilité de ces bibles. — Quelle était la langue nationale du temps deCbarlemagae?

I. On appelle liturgie rensemble des cérémonies religieuses. La tradition seule les avait conservées jusqu'au V® siècle. Vers 490, le papeGélase avait commencé la rédaction de la liturgie romaine, sur des matériaux préparés par Léon le Grand, puis Grégoire le Grand avait dressé un sacramentaire complet.

Il s'agissait ensuite de substituer la liturgie romaine aux liturgies nationales. Cette tentative n'avait été d'abord suivie d'aucun succès. Grande avait été l'indignation des Milanais, quand on avait voulu remplacer le chant de saint Âmbroise par le chant grégorien. On avait été plus heureux chez les ADglo-Saxons, mais non chez leurs voisins. De là cet acharnement avec lequel Wilfrid, diacre romain, attaqua le cycle oriental que préféraient les Irlandais.

C'est en Gaule surtout qu'il fallait réussir. Et cependant ^ non-seulement on y suivait un ordre différent, l'ordre gallican , mais, dans son rituel national , chaque Église avait in- • séré des prières spéciales en l'honneur de ses fondateurs et de ses saints particuliers (1); et les meilleurs écrivains des Gaules avaient composé de belles hymnes pour ces églises locales. On eût été bien ma| venu à Poitiers, si Ton avait proposé la suppression de Thynme Pange lingua gloriosi

(1) MabUl. Musœ^ Ualic,, p. 276i

prmlium certaminis, ou de cet autre, Vexilla régis prqdeunt. A la vue de cette profanation religieuse et littéraire, ou eût réclamé à grands cris les cantiques solennels du poëte Fortunat. Rome eut recours à l'autorité.

IL Sur la prière d'Adrien I^^, Charlemagne remplaça le rit gallican par le rit romain. Il se figurait , ce qui n'est pas , que le premier n'est qu'une dégradation du second , et que le rituel grégorien avait été la source de tous les autres (1). Adrien lui donna deux élèves de Grégoire même, excellents maîtres de chant ou plutôt de chapelle , car ils enseignèrent aux Franks l'art de toucher l'orgue. Ils s'établirent, l'un à Metz , l'autre à Soissons ; ordre fut donné à tous les maîtres de leur envoyer les antiphouiers pour qu'ils les corrigeassent. Le roi Charles expliquait ainsi tous ces changements. « 11 s'efforçait d'élever VÉglise de Rome en obéissant aux exhortations du pape Adrien ^ comme le [roi .Pépin, son père, avait suivi les conseils du pape Etienne 11^ en rapprochant la psalmodie gallicane de la psalmodie romaine. Il avait fait triompher cette dernière non-seulement en Italie et dans les provinces gauloises, mais partout où s'étendait sa puissance. Jamais l'Église de son pays ne s'était éloignée de la communion romaine ; unis par la même foi , ils devaient encore avoir la même manière de psalmodier » (2), Ce qui assura le succès, c'est la majesté que le roi des Franks donnait en même temps au culte. A Saint-Biquier, chez Angilbert, retentissait une perpétuelle psalmodie. Ce monastère était bâti en forme de triangle ; à chaque angle, s'élevait une église, et quand T office divin finissait dans l'une, il re-

(1) Monac. Engolism., P, Pith.a,, p. 34.

(2) Car, Magn, cont. synod. Gr^cor,^ P. Pithou, Cap,, p. 22.

oommençaît dans Tautre. Nous ne pouvons que répéter ici les remarques ingénieuses de l'abbé Lebeuf sur la musique carolingienne (1). Peutrétre cependant aurait-il pu faire un peu plus riche la part de la modulation gallicane. Si , à Té* poque de Cbarlemagne, elle n'était plus qu'une routine, un ensemble d'airs à apprendre par cœur , elle avait dû fleurir comme science dans les belles écoles des âges précédents. D'ailleurs le roi Charles ordonna aux maîtres d'école d'apporter leurs antiphonier 8. C'étaient les chantres romains qui gratifiaient des épithètes de rustiques et d'ignorants les chantres gaulois (2), expressions qu'on se permettait à Rome à I»^pos de tout ce qui n'était pas romain. Mais les chantres gaulois n'en convenaient nullement ; ils soutenaient que leur chant était meilleur et plus beau que le romain. Quant i la manière Ae noter, le savant abbé la décrit parfaitement : on avait l'habitude de mettre au-dessus de chaque syllabe des points pins ou moins nombreux, pour avertir le chantre de donner plus ou moins de tons sur cette syllabe. Ajoutons toutefois qu'on connaissait les portées chez les Ânglo-Saxons (3), et partant à Rome. L'abbé Lebeuf s'est demandé si ces chœurs carolingiens étaient toujours sur le même ton , ou si Ton connaissait déjà la manière de concerter les voix. L'extrême difficulté qu'éprouvaient les chantres à conserver le même ton et à ne pas briser les syllabes des mots, c'est-à«dire

(1) Abb. Lebeuf, JHssert. sur Vétat des sciences du temps de Chat* lemagne ; Paris, 1737.

(2) Eos stullos, ruslicos et indoctos, velut brûla animalia, affirmabant... Doclrinam sancli Gregorii prsferebaDtrustic>ta(t eorum*.« Dicebant se Galli melius cantare et pulchrius quam Romani.

(3) Bède en parle dans son traité sur la musique.

à mocourcu* ceux-ci , eût été bien pla$ grande s'il se fût agi de chanter sur des tons différents. D'autre parti on devait connaître déjà Fart de raccompagnement, au moins sur Forgue; c'est ce que semble signifier Varê argawMài^ du moine d'Angouléme (1) ; c'est même sans doute du désir de s'accompagner qu'est sortie cette réunion de divers instru* ments qu'on appelle les orpes. Les oi^ues sont, avant tout » symphoniques. Dans une haute antiquité » les Ger^ mains aimaient beaucoup un instrument i cordCf asseï semblable au violon. Ils en tiraient des effets si surprenants qu'ils lui attribuaient une influence magique» comme on peut le voir dans une scène merveilleuse des Niebelungen. Or le hasard seul , sur un violon » peut éveiller l'idée d'un accompagnement. Comment supposer que les descendants des bardes bretons, irlandais, anglo-saxons, germains, ceux qui devaient transmettre à Baguer Lodbrog les merveilles de sa harpe, comme celles de son épée, ne connussent pas l'art de Taccompagnement? Ami des chants et de la musique, Charlemagne se plaisait à écouter des airs qu'on jouait>ur quatre instruments différents. Sans doute, ils formaient des accords. Enfin Alcuin , qui avait écrit un traité sur la musique, et qui la professa lui-même, en donnait cette définition : c La musique est la division des sons , la variété des voix, et la modulation du chant (2). On peut donc croire que l'on connaissait alors ce qu'il y a de plus simple dans l'art d'accompagner ou de marier les voix,' par exemple, les accompagnements à la tierce, variés de temps & autre par

(i) P. Piîh., AtinûL, p. 35. Si militer erudtereût ttomani canlores jPra'ncorum in artc organandi.

(2) Alc.j Schemah^ Prob,)t, If, p. 332.

des accompagnements à la quinte » et q^ie , si Ton n'en pas usage dans les églises^ c'était pour n'avoir pas à redou* ter des accidents désagréables, et pour ne pas gâter la belle simpUcité, la majesté du chant grégorien.

ni. Âlcuin s'unit au roi Charles pour faciliter ce changement liturgique. En -832 , on conservait , dans la bibliothèque de Saint-Riquier, un missel qui portait ce titre : Missel de Grégoire et de Gelase, arrangé par Âlcuin {1). Il rétablit également le missel des moines de Saint-Waast, à Arras (2), et beaucoup d'autres, suivant l'ordre grégorien. 11 envoya des sacramentaires à pliiaeurs monastères ; c'est-àdire qu'il fusait transcrire par ses élèves le sacramentaire romain qu'il suivait à Tours, et qu'il en distribuât des co^ pies (3). Le monastère qui eo aîvait reçu une la transcrivait tnoore, et en multipliait ainsi les exemplaires. Le Sacramémoire qui nons reste d'Âlciân n'est qu'une de ces copies légèrement altérées. Il est à croire que, dans cette refonte générale, il se garda bien de touclier au moins i ce qu'il y' avait de plus vif dans les traditions locales. Il eût été bien audacieux s'il n'eût respecté quelques-unes de ces belles bymnes gallicanes dont l'abbé Lebeuf regrette si justement la perte. Au dire d'Hariulphe, il composa lui-même un antiphonier, des répons et des hymnes sur saint Riquier, afin que la fête de ce saint se célébrât d'une façon digne de lui (;4); et Anscher ajoute qu'il en prit le sujet dans les actions

(1) SpicU. d'Acher., t. IV, p. 486. D, d*Achery l'avait prêté à D. Voisin, qui l'égara.

(2) Lambecj Comment, de biblio, Cœs, Vindob.^ t. II, c. y, p. 402.

(3) il/c.> Ep. ad VedasU, Frob,, t. I, p. 59, et ad Fuldemes, UÀd,, p. 355.

(4) HaritUphe dans Mobil., VU. Angilb., s. it, p. i, p. 117^

mêmes de ce saint (!}• lien dit autant des hymnes. On peut croire qu'il se contenta de retoucher celles que le peuple chantait depuis longtemps, par exemple celle de saint Riquier, où Ton retrouve les rimes etjnéme les rimes plates :

Tu struxisti C(BBobium.

Loco prope Argubium Et aliud in Gentulo Âmbo perenni merito (2).

IV. Mais ce qui eût été une bien plus grande imprudence, c'eût été de supprimer les légendes, moyen presque unique d'instruire le peuple. La liturgie rcmiaine n'admettait pas cette lecture; on ne la fit donc plus après celle de rÉvan* gile, mais il y a tout lieu de penser qu'on la fit toujours, soit avant la messe, soit pendant Toffice du soir ; autrement Alcuin eût détruit son œuvre de civilisation. Il a écrit luimême ou arrangé quatre légendes, celle de baint Martin, celle de saint Waast, pour Arras , celle de saint Riquier, et celle de saint Willibrord. Il peint, dans cette dernière, l'enthousiasme avec lequel les populations se portaient à ces fêtes. cRome, la capitale du monde, célèbre d'une manière spéciale les glorieux triomphes de Pierre et de Paul ; aussi les peuples accourent de toutes parts, et chaque jour, près des saints apôtres... Milan estfière d'avoir saint Ambroise pour défenseur ; Poitiers est plus heureuse de posséder les reliques du pontife Hilaire, que des achats et des ventes auxquels l'iniquité préside souvent. Que dirai-je de toi, cité

(1) Ibid., p. 128.

(2) Ibid., p. 118.

— 16fi —

de Toars, tes murs sont petits c^ te font mépriser. Le patro? nage de saint Martin te rend grande et digne d'éloges. Qui Tiendrait te voir pour tpi-méme? Ne sont-ce pas les suf* frages de ton patroi^ qui attirent dans ton sein cette mul-> titude, ces flots de chrétiens? Les environs de la ville de Paris se félicitent des secours de saint Denis et de saint Germain, et toute la Champagne voit ses populations se presser i Tenvi autour du prédicateur Remy . »

Témoin d'un pareil spectacle, Âlcuin aurait trompé l'attente de ces populations ! Il se serait prêté à une mesure qui leur aurait enlevé leur rayon de lumière, leur joie, leur part d'instruction morale ! Tout en leur préchant la religion, il eût manqué de charité envers elles ! Nous aurions alors, et sans hésiter, approuvé les reproches que lui adresse un écrivain allemand. Mais ces reproches ne sont pas mérités^ et nous devons le montrer.

y. Frederik Lorenz (1), dans son intéressante biographie d'Alcuin, a formulé contre lui de bien graves accusations. S'il eût voulu se souvenir qu'Alcuin vécut dans une époque ignorante et amie des symboles, il n'eût pas attaqué la franchise de son caractère. Il n'y a aucun rapport entre les moines paresseux du 18® siècle et les professeurs laborieux, les savants bénédictins des écoles carolingiennes. Surtout, Alcuin ne portait aucun masque; sincère et simple, sa reli-» gion s'étendait à tous ses sentiments, comme elle embrassait le cercle entier de ses études. Son humilité n'était nullement le manteau de Forgueil. U se nomme humble lévite, parce qu'il n'était que diacre ; il lui suffisait de dire un mot ,

(1) Fred. Lor., Aie. Ub., Cf. tout le chap. Aleuim eharaa-, p. 366 elsartiNil268.

et, dans son pays comme chez les Franks, on se fftt empressé de rélever aux plus brillantes dignités de TÉglise. Il ne se posait pas en prophète. Son biographe, un peu crédule et très-affectueux, donne une couleur religieuse à tous les événements, relève des faits et des paroles auxquelles son maître n'attachait aucune importance. Celui-ci, en homme duNord, pouvait bien nourrir quelques superstitions sans que sa sincérité en fût altérée. Un orgueilleux, un menteur, un ehar^ latan, n'ont rien de commun avec Alcuin. Ceci est d'autant plus regrettable que, pour M. Lorenz, Alcuin et Gharlemagne étaient deux esprits subjectifs en eux-mêmes, mais qui , pour leurs contemporains , prirent une forme objee^ tive ; Vun était plein de ténèbres et de désirs ^ Vautre fut U rayon qui dissipa la nuit; en d'autres termes, Alcuin et Charles servirent de modèles à leurs contemporains, idée très-juste. Mais, si Alcuin est un type, si son mobile, comme celui de tous les savants de cette époque, fut le sentiment religieux, supprimez celui-ci, et vous avez d'une part uo type solitaire, et de l'autre des esprits qui ne peuvent s'y conformer : il n'y a pas d'union, pas de création* Et il reste toujours à expliquer cette belle transformation sociale qui commence au 8® siècle et se perpétue jusque dans les temps modernes en Allemagne et en France.

yi. Quant aux légendes, Alcuin lui-même en écrivit pour le peuple ; on le verra plus loin. Les trois autres ou« vrages liturgiques d' Alcuin : 1^ Liber de usu psabnorum {l)f 2^ Vfficia per ferias (2), 3^ lAber sacramentorum{Z)^ ne sont

(1) Frob. opp., Àlc, t. II, p. 21 .

(2) Ibid., p. 62.

(3} Ibid., p. 6. C'est dans la même classe d'ouvrages qu'U faut

cpie des recueibde prières, le premier à Fusage des moines, le second à l'usage des laïques. La préface du premier doit être transportée à la tête du second. Celui-ci fut composé pour le roi Charles , quand il voudrait prier pendant la journée ; les oraisons grégoriennes y dominent. Le compila*» teur conservait la vieille habitude de joindre des péniten* tiels à ses sacramentaires. En entendant parler de ces tra* vaux, Eanbald le jeune 9 archevêque d'York, lui demanda un rituel pour son église : a Je ne sais , lui répondit-il » pourquoi tu me parles de Tordre et de la composition d'un missel ; n'as-tu pas en abondance des sacramentaires arrans gés à la manière romaine ? Tu as encore des sacramentaires plus volumineux, suivant l'ancien usage» (1). Ainsi, même chez les Ânglo*Saxons, on n'était arrivé que pas à pas au rituel romain, U ne traita pas mieux la liturgie espagnole que la liturgie gallicane. Les évêques espagnols citaient un mot extrait d'une messe de saint Ildefonse ; « Nous n'avona pas à nous en occuper, répondit-il ; . nous aimons mieux noua appuyer sur l'autorité romaine que sur l'autorité espagnole. Ses élèves l'imitèrent : Âmalaire de Trêves, qui fut chargé plus tard d'une importante rédaction liturgique, jus» tifiait ainsi l'ordre qu'il préférait : « C'est ce que j'ai entendu chanter à Âlcuin, le plus savant maître de notre pays. »

YII. Malgré les efforts réunis d'une littérature officielle et du gouvernement , la liturgie gallicane évita bien des atteintes. Plus tard, Léon III engageait Charlemagne à supprimer le chant du Credo ; on n'avait pas , ajoutait-il , Thabi-

ranger le Libellus precum, publié dans Hartëne, de Antiq. èccles^ rîtUnu; ce n'est qu'un recueil de prières qui né sont pas d'Alcuin» (1) Fr4>b. çpp. Ak; t. U, p. 21.

tude de le chanter à Rome. Ainsi ce rit national, qu'on ayait voulu proscrire, n'avait fait que s'effacer ; il se cachait jusque dans la chapelle de son ennemi (1).

Âlcuin engageait le roi et les seigneurs à bâtir de nouvelles églises ou à relever celles qui tombaient en ruines (2)« Il donnait des conseils au premier architecte des Franks , Eginhart , qui faisait de Vitruve sa lecture favorite. Il décrit ainsi la cathédrale d'York, qu'il avait achevée lui-même de Qoncert avec Eanbald l'Ancien, a Cette demeure fort élevée est appuyée sur de solides colonnes qui supportent des ares recourbés. De beaux lambris et de nombreuses fenêtres la font briller d'un vif éclat. De nombreux portiques en rehaussent la beauté : elle possède plusieurs terrasses sur ces àitlér rents toits , et trente autels ornés avec variété» (3). Si Ton veut rapprocher cette description de celle qu'Angilbert a faite de son église, à Gentule , on aura une idée assez exacte de l'aixhitecture religieuse chez les Carolingiens. La première avait pour caractère la majesté ; la seconde , l'élégance. Ta-

(l)((GalIiarum ecclesiac suis orationibus utebantur, quœ adhue a «nullis habentur. ï>Walaf. Strab,, de Eœord. et increm. rer. eccl.Ce témoignage est encore vrai aujourd'hui. Auctor microL, cap« ii :aGomaposita oblalione in allari dicit sacerdosiianc oralionem juxta Galli- «canum ordinem : Veni sanctificator, etc. Romanus tamen ordo nul- (clam oralionem instituit post offerendam ante secretam.» Encore aujourd'hui le rituel de Paris admet ceUe prière entre Toffertoire et la secrète. Yoy. Amalarii de Officio Missœ, Baluze, II , 1352.

- (3) Uœc nimis alta. domut solidis taffalta colamnit

SappositsB qpœ staDt cnrvatit arcubns, «ntut Emicat egregiii laqnearibut atqae fenestrii, Palchraque portîcibuf falget cîrcnmdsta mnltit, Plorima dirersU retincDi solaria teetis, , QiUB trigittta t«Dtt Tariia ornatibat ans.

.CunxUis arcubus indique le -générateur de rarchitecture ro-

mour des ornements , de For, poussé jusqu'à la reclierclie, Jusqu'à la vanité.

Yers Tan 796, Alcuin envoya à rarchevéque d'York cert livres d'étain: «Urne semble bien, disait-il, que la petite maison des cloches soit couverte d'étain pour Tornement et la célébrité du lieu » (1). Ângilbert , bien plus coquet , faisait

mane, le plein-cintre. L'imagination religieuse des architectes du

Nord multipliait â profusion les symboles dans leurs églises. L*église

que Raban Maur fit bâtir à Fulde était aussi remarquable à cet

égard que son livre sur la Croix. Une église, dans la disposition

des ornements comme dans la forme du vaisseau, était souvent

l'expression lapidaire d'une idée morale. Ainsi Benoit d'Aniane

voulut bâtir une grande église en Thonneur de la Trinité; tout en

personnifiait les attributs, comme le raconte Smaragde : aTrini-

ciatis Bomlne ecclesiam consecrare disposuit. Quod ut luce clarius

«agnoscatur, in altari, quod potissimum prse ceteris videtur, très

«aras censuit subponi, ut in his personalitas Trinitatis typice videa-

ctur significari. Et mira dispositio, ut in tribus aris individua Tri-

tfnUas, €l in uno altari essentialiter firma demonstretur deltas.

«Altare vero illud forinsecus est solidum, ab intus autem cavura ,

ailludvescilicet pi^figurans quod Moyses condidit in eremo, re-

ctrorsum babens ostiolum , quo privalis diebus inclusse tenentur

tfcaps» cum reliquiis... Guncla ustensiiia quœ hic habentur, in

«septenario numéro consecrata noscuntur. Septem scilicet cande-

alabra fabrili arte... de quorum stipite procedunt hasiilia, sphs-

crulaeque ac lilia, calami ac scyphi in nucis modum ad instar il-

«lius facta quod Beseleel miro composuit studio. Ante altare etiam

«septem dépendent lampades mirs alque pulcherrim»..> Aliœ tan-

ctumdem in choro dépendent lampades argenté», in modum co-

«ronae, quœ in se insertis circulis cyathos recipiunt per gyrum ,

cmorîsque ut pracipuis in festivilationis oleo repletas accendî,

cquibus accensîs veluti in die ita in nocte tota refulget ecclesia. Tria

adenique altarla in eadem suntdicala ecciesi3L,y>VU, Bened. An,,

MabUL, s. lY, p. I, p. 201.

(1) Mo., ep» GLxxi, 1. 1, p- 231.

alors dorer ses trois clochers ; il y faisait placer une belle sonnerie de quinze cloches (1). L'abbé de Tours parle quel* que part de hpoésU des cloches. Un jour il s'amusait à briser ses mots Tun sur l'autre pour imiter la joyeuse harmonie de celle qui appelait les frères au réfectoire (2).

YlII. Le biographe d'Âlcuin raporte qu'il écrivit deux volumes d*homélies (3) , témoignage formel que l'illustre t). Rivet récusait, en alléguant qu'à côté de Thomiliaire de Paul Warnefried , celui d'Âlcuin eût fait double emploi (4)« Mais le premier, revu ad nocturnale officium (5), s'adressait aux moines ; le second au contraire était lu dans les églises paroissiales, à la messe (6}. Compilation énorme, il ne contenait pas moins de 280 homélies ; et, bien que les exemplaires en soient fort rares , on l'a plusieurs fois réimprimée , avee le nom du compilateur et du roi Charles. Dans le catalogue de la bibliothèque de Saint-Riquier, il est fait mention d'un lectionnaire qu'Alcuin avait encore arrangé pour ce monastère (7).

IX. La correction du livre le Compagnon sortit de la même source ; un ordre du roi Charles eut le même but , la

{i).Hmulphe, VU. Angilh,; itabULj Act.^ s. iy, p, i, p. 114.

(2) Semper in asternnm ftcitt h«e cloccalt Untam Garminti led rtsonet oçbit boni cloeca coqaornm.

Garm. cvui, t. Il, p» 216.1

(3) Collegit multis de Patrum operibus homiliarum duo volumîna, c xn.

(4) Hist. littér. de la France, t. IV, p. 337.

(5) Baluze , 1. 1 , cap, p. 203 ; et Mabill. lib, xxyi , Annal. N^ Lxn.

(6) Sixte senens. Bibl. sanct, Ub. m, p. 362. On trouve deux éditions de ce recueil à la bibliothèque Saiote-Geneviëve.

(7) SpioU. d'Acher..j U IV, p. 495.

propaç^ation de TÉvangile au seio des populations, fi coûte» nait non pas Texplication d'un texte ou d'un récit sacré # mais rëpitre et Tëvangile qu'on devait lire chaque diman^ che (1). Ce code de la souffrance et de la lumière, Âlcuitt le présenta , pour la première fois peut^tre , à beaucoup d'âmes. S'il sécha quelques larmes, s'il fortifia quelques ver» tus y sa gloire est belle. L'idée même d'en faire le compagnon non-seulement du prêtre, mais de l'homme, reporte l'esprit à une époque/bien sincère en religion. C'est saint Jérôme qui» en composant le premier ce recueil, arait trouvé ce beau titre« X. Pour transcrire les manuscrits, l'abbé de Tours mit en usage le petit caractère romain , plus beau et plus lisible que. la pesante écriture des Mérovingiens : c'est ce qu'on appelle Y écriture Caroline. Avant l'arrivée d'Alcuin en France^ Charles avait fait transcrire par Daugulphe un psautier qu'il voulait offrir à Adrien 1^'. Ce psautier, conservé à la biblio«^ tbèque impériale de Vienne, et l'un des plus anciens volumes qu'il y ait en Europe , était écrit en lettres d'or et recouvert d'ivoire finement ciselé (2). Alcuin corrigea plusieurs bibles, et , soit en usant de l'influence qu'il avait sur un granf nombre d'abbés et d'évéques de son temps , soit en engageant Charles à diriger ses efforts de ce côté , il en fit corriger un

(1 ) Cf. Mabill, loo, ait L'inscription placée en léte n'annonce qu'un recueil lilurgique :

ToU minifterii faerîtolemniacomplens...

Catholicas «oeletfae Romanv Jura retoxeni...

Ej( orta innitenf Pomini nascentis in orbe.

Atqno ad ««mdem itoram p«rtlDgitrite raeirtQ.

0pp. Jic», t. II, p. 612.

Voy. ce rituel dans Baluze, cap. xxix, t. II, p. 1300 et suiv, (2) Lambec», Comment, de IMioth. Cw. Viniobon., 1. 1»

pliM grand nombre encore. Souvent aussi , lorscpie le vànuscrit était achevé, on le lui envoyait pour qu'il le relût. Ainsi ce fot lui qui présida à cette importante révision ; et cette pensée resta si bien dans le souvenir des âges suivants, qu'on lui attribua beaucoup de bibles qui ne lui appartiennent pas f en reproduisant sur les premières pages les in* sa*iptions qu'il avait faites pour ses propres bibles. . En 79&9 BadoUyabbé de Saint-Waast d'Arras, fit écrire de nouveau tous les livres du monastère qu'un incendie avait consumés. Alcuin revit le missel et fit écrire la bible en trois colonnes et en lettres d'or (1). Après bien des vicissitudes , cette bible fut apportée dans la bibliothèque impériale de Vienne, où, malgré le culte dont on l'entoure, elle tombe en lambeaux. Vers le même temps, il revit la bible corrigée par l'ordre d'Ava (2). Ava, ce semble, était la reine Liudgarde.

U corrigea ensuite celle de Gerfrid (3). Si ce Gerfrid était ronde et le successeur de Liudger, il faut supposer que, bien avant la mort de celui-ci , il possédait déjà nn évéché. Le temps n'a pas plus conservé cette bible que celle d'Ava. La plus célèbre est celle que l'on conserve à Rome dans la bibliothèque Yallicellane. Baronius en parle avec une admiration que tout le monde partage , mais il aurait mieux fait de^e JMLS mettre sur le compte de la bible romaine tous les détails qui se rapportent aux différentes bibles d' Alcuin. Il cite cette inscription : «Petit livre, gagne le palais d'un roi illustre pour demeurer toujours dans le lieu saint. » Et cette

(1) Frob., t II, p. 205, carm. yi.

(2) Ilnd., carm. t.

(3) /6ùf., p. 204, carm. it.

autre: «Je perte avec {tetoir ce Uwe dans le sttebiaifè ài temple que tu viens d'élever à Dieu» (1); il né peut être question ici que de Tëglise de Saiate^Marie, bâtie vers Tan 400 9 à Aix-la-Chapelle. Or il serait singulier que Fri^, dufise , à qui on avait confié cette bible , eût reçu Tordra de la porter à Aix-Ia-Ghapelle» et qu'il Teùt portée à Rome» Si Ton veut que la bible vallicellane appartienne bien à Alcuin , il faut renoncer à l'application que Froben a répétée d'après Baronius (2), et supposer que plus tard Charles fit présent de cette bible au pape , ce qui n'est pas impossible*

Parmi les manuscrits de la grande bibliothèque de Paris « on voyait un bible que les religieux de Tours offrirent i CSiarles le Chauve en 846. M. Guérard pense qu'on avait ccHnmencé à l'écrire longtemps auparavant, du temps de Gbarlemagne. A cette conjecture d'un savant si distingué , ajoutons qu'après la mort d' Alcuin, le relâchement le pluft complet s'empara des moines de Tours , et qu'ils ne songèrent guère à cultiver les lettres (3), pour conclure que cette bible est sans doute une bible d'Alcuin. Elle est fort belle ; depuis quelques mois, on l'a transportée au Louvre.

On ne se figure pas aujourd'hui tout le travail qu'exigeait une si volumineuse transcription. Le sentiment qui enga-* geait alors un cénobite à copier une bible était celui qui plus^ tard l'eût engagé à découper, durant de longues m* nées , une rosace , à sculpter un bas-relief pour une cathé-

(1) Frob., t.II,p. 204.

(2) Baron, Annal, eedes., t. IX , ad an. 778 , et Fro6.^ Aie. €iï. Qomment, p. xxx*

(3) Mahill. Fct, s. iy, p. i, p. 172.

énlB gothique: c'était la religion. Ydd ee qti* Ateuiii écri»

tait à la dernière page de Vune de ces bibles ; «L^iidiabite

Bairtonier, arnchë à la foreur des eaux» porte on cœnr

joyeux en arrivant au port. Ainsi l'écrivain fiitigué , en éé^

posant sa plume, doit avoir lé cœur joyeux. U doit rendre

grâce à Dieu pour la eansenoation de <a ois, pour les fruits

de son travail et pour son repos. »

: X. Au fond, quelle était la valeur réelle de ces travaux?

Elle était à peu près nulle , répond la critique allemande (1).

S'il était questicm d'une traduction en langue romane ou en

langue tudesque , nous joindrions volontiers nos éloges aux

vôtres. Mais ces bibles, mais tous ces ouvrages , écrits dans

k langue des clercs , et pour des clercs , n'offraient aucnn

earactère d'utilité générale. Lorenz est allé bien plus loin.

Non-seulement ces bibles n'avaient rien de populaire , mais

Akuin, en épousant les peurs et les rancunes du clergé,

arrêta le roi des Franks dans les efibrts qu'il faisait pour

créer une langue nationale, c'est-à-dire aUonande (2).

Pour répondre à cette olgeetion , fort en honneur de l'autre

côté du Rbin , qu'on nous permette d'énoncer qudques faits.

lia solution que nous cherchons en sortira d'elle^néme.

XL L'historien Sulpice Sévère est le premier qui iasse mention d'une langue populaire chez les Gaulois. « Pour toi, fsit-il dire à Tun de ses personnages , parle gaulais ou cel- Uqw. » Fortunat nous fait entendre ce qu'était cette langue

(1) Jean Vahlius, Cf. Duclos, Mém. de VAcadém. des inscript., t. XVII, p. 172.

. (2) Me, ieben, À. Lorenz., s. 164 , 165, [166 $ voy. une belle dis* sertation de l'abbé Lebeuf sur cette question, if^é de l*Aeadém des inscripi., t. XVII, p. 709i .

gSLuloise 9 quand il dit , en commençant la légende de saiiit Aubin d^ Angers : cil fitut prendre garde à ce que rien d'inintelligible ne frappe les oreilles du peuple» (1). Or la légende était écrite en latin. Le peuple entendait donc le latin. Cent ans après , Baudemond , moine d*Elnone , écrit la vie de saint Amand «en langue rustique et plébéienne, pour qu*on puisse imiter les exemples du saint » (3). Le peuple , surtout celui des campagnes , ne comprenait déjà plus qu'un latin grossier. Enfin, à Paris, en 764, on transporta le corps de saint Germain de la chapelle de Saint'Symphorien dans Téglise de Saint-Vincent ; un sourd-muet fut guéri « et le légendaire ajoute : c Non-seulement il parla et entendit en peu de temps la langue rustique , mais il apprit encore les lettres dans le monastère» (3). C'est-à-dire que cet homme , en entrant dans un monastère , franchit la distance qui sépa* rait le latin populaire du latin savant. La langue rustique tendait ainsi à se détacher de celle des clercs , mais elle y adhérait encore fortement. Ce double phénomène linguistique ressort aussi d'une étude attentive des formules de Marculphe (4).

Que devaient donc faire Charlemagne et Alcuin? Empé» clier qu'on ne violât la langue latine. Aussi Glxarlemagne ordonne à chaque instant de lire la foi catholique au peuple, mais de se servir, à cette fin , de livres bien corrigés, c Les jeunes écoliers corrompent le texte. S'il est besoin de copier TÉvangile , le psautier ou le missel , il faut confier ce soin à

(1) Àf*. SkmU. MuH., U I, pr67.

(2) Ibid., Februar., 1. 1, p. 849.

(3) Ibid., Maio., t. VI, p. 792.

(4) Marculf. mank form , Baluz. Cap., t. II, p. 370 et $eq*

des homoies d'un âge mûr» (1). Du mome&t où l'on eorrigeait un livre , on en faisait passer le langage de Tëtat de langue rustique à celui de langue latine. Partout il s'agit de réagir contre un dialecte qui cherche à se détacher d'une langue en la viciant elle-même , en pénétrant dans les livres quand des ignorants les écrivent , mais qui recule dès que le copiste est habitué non-seulement à parler, mais à écrire aa pensée. C'est le langage du peuple qui déborde celui des lettrés , c'est l'usage qui prévaut contre la grammaire.

Donc il n'y avait pas alors deux langues , une langue romane et une langue latine , mais seulement la langue latine et un patois de cette langue (rwtica) , un argot /un accent (plebeiu) ; patois , argot , accent qui n'était pas d'ailleurs assez prononcé alors pour empêcher L'intelligence de la langue latine , bien qu'ils pussent la rendre plus obscure. Assurément Alçuin ne songeait pas à écrire des traductions ou des livres dans ce patois ; au contraire , il devait s'efforcer, il s'efforça , en effet , de le ramener à son état régnlier, . à l'état de langue latine.

XII. En 799, Gharlemagne se rendit à Saint-Riquier pour y arrêter quelques dispositions avant son départ pour Rome. Alcuin faisait partie du cortège. Angilbert , profitant de la circonstance , pria son maître d'annoter et A' embellir une légende de saint Riquier, écrite en siyle plus simple (2). On lui présente une légende très-courte ; l'abbé s'en étonne. Angilbert et les frères répondent qu'ils en ont une autre plus volumineuse ; mais ils veulent la conserver telle qu'elle est, parce que son style simple et peu poli la rend plus propre i

(1) Anseg, CaipiL, 1. 1 , c. lxiii.

(2) Rwhar., Vit. in prœfat., Frob., t. U, p. 1.76.

être lue et plus claire pour le peuple. Âlcuin repi^ud la première , il la développe et l'arrange. Voici donc deux légendes : Tune 9 celle d'Âlcuin, écrite en vrai latin ; l'autre, celle que les moines gardent , écrite en latin plus grossier, en roman du 8® siècle. Celle-ci , au dire des moines, est plus claire pour le peuple; celle d'Âlcuin n'était donc que plus obscure pour lui. Le peuple eût pu l'entendre encore, et le l^endaire le croit si bien , qu'il termine ainsi : a Donc , trëschers frères,... et vous , petijp/e de cette sainte réunion , qui vous êtes empressés d'assister à la fête d'un si grand patron , rendez-vous dignes de sa protection » (1). De même , à la fin de ses autres l^endes, on trouve des homélies spéciales pour le peuple.

Si l'on veut se rappeler maintenant les réformes que Charlemague et Alcuin opérèrent ensemble en faveur des lettres , on verra que plusieurs avaient pour objet d'arrêter ce langage de la campagne. Ces requêtes que des communautés monastiques avaient présentées à Gharlemagne, et qui étaient pleines de fautes, étaient écrites en langue rustique (2) ; elle s'était glissée dans cet homiliaire que corrigea Paul Warnefried (3). C'est la langue rustique qu'Âlcuin s'efforçait de vaincre quand il dit : a Je lutte chaque jour contre la rusticité des Tourangeaux » (4). Si l'on veut en voir un modèle , il suffit de lire une lettre qui , à ce qu'on disait , était tombée du ciel dans Jérusalem (5). On tenait beaucoup à ce que le

(1) IM., p. 182.

(2) Baluz. Capit., 1. 1, p. 201.

(3) Jbid., p. 203.

(4) Àlc. ep., LxxxY, Frob., 1. 1, p. 126.

(5) Bcduz. CapU., t. II, col. 1396.

peuple comprit très-bien : on lui demandait de l'argent et des dme%. Or cette pièce est écrite en un latin altéré , mêlé de quelques expressions d'origine celtique ou germanique, xni. Malgré ces efforts , le dialecte populaire minait insensiblement les obstacles qu'on lui (^posait , et chercbait i quitter la source d'où il émane. La langue latine était trop majestueuse et trop lente dans ses procédés grammaticaux pour ces populations entreprenantes et actives. On continuait à supprimer les désinences , à éliminer les voyelles , à briser les consonnes Tune sur l'autre. Quelques mots se trouvèrent allongés , mais lorsqu'on voulut plus tard les considérer comme des signes scripturaires, et représenter par des lettres les aspirations et tous les accidents de la prononciation. En réalité, celle-ci appliquait à tout son procédé abréviateur. Elle créait dinstinct une langue claire , vive , impérative. Le seul moyen d'arrêter cette déviation , c'eût été d'établir des écoles libres dans toutes les grandes villes et dans tous lespagfi> à côté des écoles des cathédrales et des monastères. Oiarlemagne s'inquiéta trop peu de relever les écoles de ce genre qui avaient fleuri à Bordeaux , à Lyon , i Âutun et ailleurs (1). M'enlevait-il pas à la langue latine ses plus belles chances, lorsqu'en vrai Germain qu'il était, il composait une grammaire tudesque , faisait un recueil de poésies tudesques , enlevait aux mois leurs noms latins pour leur substituer des noms tudesques (3)? Aussi Jean Yalhius a-t-il prétendu qu'il voulait détruire la langue latine pour la remplacer par sa langue maternelle , et faire de celle-ci la langue de la diplomatie et du peuple* Les clercs ^ continue

(t) Hist. littér., t. Il, III.

(2) Eginh., Vit. KaroL M>, c. xxix.

Hoitr^ide mtiqné d'oiitre^Rbin , s'entendirent en8end>le pour arrêter Taudadeut novateur.

Xiy, Enfin Tennenue acharnée de toute instruction , de tout progrès , c^est la guerre , toujours pour ceux qu'on em^^ mène sur un champ de bataille 5 souvent pour ceux qui con*^ sidèrent de loin cette odieuse lutte d'hommes. Dès que le printemps reparaissait , le roi Charles ordonnait i ses comtes et à ses vassaux de venir rejoindre le hériban royal avec leur contingent Marié ou libre , tout le monde partait. Ex-^ eepté pendant les dernières années de Charles , où son ar-* deur guerrière s'était amortie f il n'y eut guère ^ pendant ces quarante-six ans de règne 9 qu'une seule année où Ton ne se battit pas. Aussi il faut voir avec quel étonnement les chroniqueurs signalent cette année'J^O. Tout le monde savait qu'au bout de quelques mois il faudrait repartir pom* la Saxe, pour l'Espagne y pour l'Italie. Si les leçons dans les écoles n'étaient pas bien suivies, il faut avouer qu'en re* Tanche les réunions pour se détruire mutuellement étaient d'une parfaite régularité. Loin de chercher des maîtres nouveaux, on laissait les anciens s'écrier, comme Alcuin : Qu'on fasse la paix avec ce peuple abominable. On n'était que campé chez soi ; on y passait ses quartiers d'hiver. Est«ce dans une situation pareille qu'on songe à s'instruire? Suivaut la bannière dç leur comte , les habitants d'un même pagm parlaient entre eux la langue de leur endroit, la langue rustique , qui seule gênait au milieu de cette société agitée* Tout ce qu'ils pouvaient posséder de connaissances ne tardait pas à disparaître. Il le méprisait même et n'apprenait à célébrer que les prétendus exploits de la force matérielle* La barbarie couvrait de ses nuages les intelligepces

les phifl éclairées. Charles se plaignit plusieurs fois 4e ce 91e les prêtres n'apprenaient pas le Noire père aux populations* Ce qui le leur feisait oublier, c*est qu'après les avoir mis en présence d'hommes qui avaient lé même droit qu'eux de réciter cette prière 9 on leur ordonnait de tirer Tépée. Voilà ce qui eût rendu stériles les paroles des maîtres les plus instruits et des prêtres les plus éloqurats.

XV. Alors la langue romane se détacha de la langue latine. Les évêques s*en aperçurent les premiers. De là le ca* pitulaire de Tours en 813 (1) ; on y ordonne de traduire les homélies. Ce fut là le point de départ de la langue rustique. Banni de la société laïque , le latin fut pour jamais relégué dans les monastères.

XVI. 11 n'en fut pas ainsi de la langue tudesque, ki^e toute formée quand les Germains s'emparèrent des Gaules. Elle eût sans doute prévalu dans ce pays , sans le respect qu'on avait pour la littérature latine , sans l'influence de l'Église, et si les Germains ne s'y étaient introduits lentement en bandes paurtielles et peu nombreuses. Les missionnaires de la Germanie avaient traduit en cette langue tout ce qui était nécessaire pour la conversion des Germains, tout ce qui pouvait leur rendre la religion plus familière et la leur faire librement accepter. Saint Boniface lisait au peuple les épitres et les évangiles traduits en tudesque, et lui apprenait des prières en tudesque; ses prêtres se servaient d'un homiliaire tudesque pour instruire les néophytes. On a retrouvé , ces dernières années , dans le monastère de Moseï, des fragments d'homélies et une traduction

(1) L(Me, Conc, U Vil, p. 1265.

presque entière de rÉvaogile de saint Matthieu qui remontent au 8® ùëcle (1). Enfin les missionnaires possédaient un recueil de prières , de formules d'abjurations , d'actes des vertus théologales, de pater et de credo , le tout traduit en tudesque (2). Une traduction complète des Saintes Écritures n*eût été qu'une œuvre de pure littérature, et si peu nécessaire , que Bouiface lui-même ne possédait pas dans sa bibliothèque tous les livres de la Bible , vulgate ou traduction. Le progrès de la religion chez les Ger« mains pouvait seul leur faire désirer la traduction complète de la Bible , et il se fût sans doute alors trouvé un homme de talent capable de contenter ce désir. C'est longtemps après la conversion des Ânglo-Saxons que Bëde avait conçu ridée de traduire tout l'évangile de saint Jean (3). Rien n'empêcherait de croire que Louis le Pieux fit traduire les livres saints dans l'un des trois dialectes germam'queSySi Tespèce de préface qui nous l'apprend et qu'André Du Chêne a citée d'après User et Flacius d'iUyrie, portait des traces certaines d'authenticité (4). Les chants d'Otfried de Wissembourg font voir qu'un travail de ce genre était très-possible au milieu du 9^ siècle. C'est à une traduction tudesque que pensait un critique de notre temps lorsque , dans une dissertation sur ce sujet , il reprit l'ancienne opinion d'une traduction biblique menée à bonne fin en 808, par Baban-Maur, Haimon d'Halberstat et Walafried Stra-

(1) Fragmenta theoiisca vers, antiq. evangel, s, Matthœi; Vienne,

(2) Gearg, d'Eceard de Reb. orient, U IL (3 MMll. Act., t. III, p. 554.

(4) And. Du Chén., Script. Franeor., t. II, p« 116.

bon (1). Mais ce dernier est probablement né eette année même ; et Fladus d*IUyrie (2), qui nous les montre tous trois réunis à cette fin sur un ordre de Gharlemaipue, semble avoir pris cette historiette dans quelque légradaire i curieux de rattacher aux chants d'Otfried une tradition inventée longtemps auparavant pour la traduction des Septante.

Quoi qu'il en soit, on voit pourquoi Alcuin ne songea pas à une traduction complète de la Bible en tudesque ; elle ne lui semblait pas nécessaire. Mais il n'empâcha personne d'entreprendre un travail de ce genre. Quant à la langue romane, elle n'était encore de son temps qu'une altération du latin. Ainsi, en écrivant ses bibles en latin, et en engageant tous les savants à l'imiter, il ne travaillait pas seulement pour des clercs ; il écrivait dans la seule langue qu'on pût alors appeler avec quelque raison la langue de tout le monde.

Mais nous nous sommes arrêtés longtemps sur ces questions ; il est bien temps de rejoindre Alcuin à Tours»

(1) M. Leroux de Lincy, les Quatre Livrée des rois, traduits en français du douzième siècle; Paris, 1841.

(2) Flac, prœfat. ad Otfrid.

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