‹ Alcuin et son influence littéraireChapitre 4 sur 21 · III. Les Barbares possédaient désormais un Biodèle qu'Us · texte numérisé non relu

III. Les Barbares possédaient désormais un Biodèle qu'Us

pouvaient imiter. C'est ce que fit d'abord Isidore de Sé->

ville. «Je crois ^ disait , en parlant de lui , BraulÎQQ «évéque}

de Sarragosse, que Dieu l'a suscité, dans ces dernieiis tomp^i

(1) Ibid., de Divin, lection. inslilut.ei de Septem artibus, t. 11^ |>. 257.

pour nous préserver d'être entiéremçnt gâtés par la rusticité. V L'auteur de cet éloge avait en vue le grand ouvrage d'Içidorç * ses fHymologie^ (1). Isidore y reprend l'œuvrç de Cassiodore sur }qs sept ails , en c(H^iant ses définitions sou^ vei^t n(KH k QiQt, et çn y ly ou tant déjà quelques jdéQs perw somi^U^I. Goipaie V9iii>é de Viviers , il songeait surtout, à i^truûr^ \^ moines , et entre autres ceux du moaastèire d'Hpnori, pwr lesquels il avait écrit une règle sévère,

IV^ E^ Gaule , malgré Jes invasions , les écoles romaioes d'Autvn , de Lyon , dd Bordeauir, n'avaient pas disparu tout d abord 4vee leis écol^ druidiques. Au £^ siècle , Jean Cassien , solitaire d'Orient, leur avait mj^nm un nouvel élan. En reo^vant sa règle calquée sur celle de TÊgypte et ses dociiiu^ tout orientales , les monastères de Saint-Victor, de Mariieille , de Gigay dans le diocèse de Vienne , d'Arles et de Lérins, s'étaient abandonnés à un mouvement de ferveur quîavait rejailli surles études profanes, et s'était répandu jusque dans les monastères du Jura, à Gondat, à LuxeuiU où avri* vaitGolomban. Dans l^ écoles libres et vers le même temps , Oiaudiua Marûis Victor à Marseille , Eusèbe à Lyon , Laodr prideà Bordeaux, s'étaient rendus célèbreis en enseignant la philQSi^)tue et les belles-lettres , et en expliquant Gicérou <»

Aristote, Virgile, Plante, Varron, Fronton. La plus fameuse école de ce temps était celle du monastère de Lérins, fondé en 4 1€ ^ par Honorât , dans l'île de ce nom , alors encore sauvage. C'est de là que sortirent les hommes les plus retuarquables de cette époque. Mais cette sorte de protestation ées plus belles intelligences contre la barbarie que les

(1) Isid. Hispall. opp , éd. Jacob Du Breul; Paris, 160i.

peu[des eu Nord apportaient aved eux s'était àffaiUie peu è* peu. Au 8^ siècle , la puis^nce de la pensée vaincue recirfe| devant la force matérielle. Grégoire de Tours et d'autrea' gémissent sur la perte de tant de gloire , sans pouvoir échapper eux<*mêffles à Finfluence de leur temps. Heureusemlent^ &' coté des écoles libres , presque toutes désertes , les écoles* des caOïédrales , où Tévéque enseignait lui-même , surtout i celles de Saint-Gésaire d'Arles et celles de Reims , conser* vèrent les belles-lettres dans l'intérêt de la religion. On y suivait dans toutes Martian Capella, oomme à Saint<-Vîctor de MarseiUe , comme i Lérins. Enfin les guerres civiles ààm les temps mérovingiens , Finvasion dés Sarrasins, la distri-, bution des monastères que Gharle&-Martel fit à ses guerriers;, avaient porté le dernier coup aux écoles des Gaules et en avaient adievé la décadence. Là désormais nul asile où lA pensée de Thomme fût cultivée. G est au milieu des épaisses ténèbres de ta première moitié du 8^ siècle , qu'on en étaitréduit à ordonner aux pt*êtres d'apprendre par cœur lepdter et le credo , pour en faire part aux peuples. Mais ce souffle oriental qui avait vivifié nos écxAes du Midi était allé vivifier encore de plus heureuses contrées. G'est à Fimage de Fiio de Lérins , que Patrik , élève de ce monastère , était allé former Vile des Saints.

Y. G'est en Irlande que , dans une haute antiquité, le kelticisme avait fleuri avec plus d'édat (1). Moins avares de leur science que les prêtres des Gaules , les druides irtan* dais , divisa en deux dasses , celle des chanteurs et celle des historiens , initiaient leurs élèves à leur doctrine , au

(I) Bed., Vit, Patrie, t. Uljetpassim,

moyeo d'ane écriture spéciale nommée Vogam. (Tétait tonjonrs la sanguinaire religion de Teutatës , on n'en saurait douter en voyant le tableau que Solin fait des mœurs irlandaises ; mais, au moins pour une partie de ces tribus, le culte

de rintelligence avait plus tard embelli ce que celte religion avait de féroce (1). Patrik , le second apôtre des Irlandais, leur avait présenté du christianisme la face qui était le plus en harmonie avec leurs goûts. Le christianisme, c'était Dieu, c'était la lumière ; c'était le triomphe de la pensée sur les passions (2). En l'écoutant , l'Irlandais avait senti que , sans rompre avec son passé , il s'ouvrait toute une carrière de progrès nouveaux. Cette transformation pacifique de l'homme en un chrétien , chez les Irlandais , s'était élevée jusqu'à son idéal avec Colomba , le second génie tutélaire de l'Irlande , aussi doux et aussi pur que le premier, avec une âme encore plus céleste, s'il est possible, et plus irlandaise en même temps. Voyant avec tristesse les guerres continuelles que se faisaient ses parents les Niais du Nord et les Niais du Sud , il s'était rendu avec douze de ses disciples dans les âpres montagnes des Pietés pour leur annoncer Jésus-Christ ; puis il était venu fonder un grand monastère dans Tilede Hy , Icolmkill, son île chérie, son île des vagues (3). Ami des bardes et barde lui-même , Colomba n était pas le fameux Colomban, l'adversaire de plusieurs rois mérovingiens et de plusieurs papes , l'auteur de la plus austère des règles mo* nastiques, et Tardent défenseur du. rite irlandais en Occident (4). Si de remarquables écrivains les ont confondu», à

(1) Bed., vu. Patrie, t. Ilï, col. 316.

(2) Bed., col. 327 et col. 331.

(3) Bed., t. III; Eccles. hist., 1. m, c. iv.

(4) Bed , VU, Columban., col. 276.

la suite de Gainden , c'est moins la faute de ce savant que celle de Bëde lui-même.

Les Irlandais avaient introduit chez leurs voisins Tusage de célébrer la Pâque le quatorzième jour de la lune , usage oriental approuvé par saint Jérôme , et que Patrik avait sans doute rapporté de Lérins. Augustin et Laurent , envoyés par Grégoire le Grand, pour évangéliser les Anglo-Saxons, se conformèrent au rituel romain, et célébrèrent laPâque le dimanche qui suit le quatorzième jour. Ils voulurent imposer cette habitude à tous les habitants de llle. Bretons, Pietés, les évéques irlandais à leur tête (1), protestèrent. Autre difficulté ; les clercs irlandais avaient l'habitude de se tondre les cheveux en forme semi-circulaire sur le haut du front; mais les évéques romains voulaient qu'ils se tonsurassent sur le sommet de là tête, en laissant croître à la mode romaine une espèce de couronne. C'est ainsi qu'avait commencé une animosité qui, pendant de longs siècles, divisa les deux églises et les deux peuples. L'effet n'était pas proportionné à la cause , et l'on serait tenté d*en rire, avec la plupart des historiens anglais, si, soùs cette frivole apparence, ne s'étaient remuées d'importantes questions. Mentant à la foi jurée , les Anglo-Saxons étaient venus s'établir violemment chez ceux qu'ils devaient défendre. Des vingt-huit villes florissantes que possédait alors la Bretagne, pas une seule n'était restée debout, et c'est dans leui*s propres demeures p3ut-être qu'on venait encore signifier aux Bretons de quitter leurs traditions religieuses. Pour eux , ce débat avait un caractère national (2).

(1) Bed., Eocles, hi&t., c. iv, et 1. Il, c. iv, 1. m.

(2) C'est à ia même épo(|ue que Gadwala et Paiida comballtaient pour reconquérir leur patrie. Bed., 1. m, passim.

Pour les Irlandais , c'était uoe atteinte portée à leurs principes. Patrik et Colomba s'étaient trouvés en présence d'une sorte de mysticisme, sentiment de douleur et d'amour que l'âme éprouve à la vue de toute espèce de ruines , mais surtout des ruines religieuses. Ce mysticisme keltique , ils l'avaient changé en un mysticisme chrétien. Plus aimant et plus mystique que les autres évangélistes , saint Jean était à la fois le couronnement et la base de leur religion et de leur théologie , le guide de leur vie privée , le moteur de toutes kurs études (1); de là une vie toute contemplative , un ascétisme trop beau pour des hommes , et dont on peut voir des traces dans la règle de Golomban (2). Or, le patronage de saint Pierre remplaçant celui de saint Jean , ce mysticisme faisait place à l'activité positive dont lei chef des apôtres est le symbole. Initiés depuis un demi-siècle à la vieparfaite et libre , ils trouvaient qu'on les faisait revenir sur des progrès accomplis , et qu'on leur arrachait une part de leur foi (3). Au reste, pour mieux connaître les rivalités religieuses des Anglo-Saxons et des Irlandais , on peut voir, dansBède, une solennelle réunion de prêtres des deux partis que le roi Oswi avait rassemblés pour terminer tous ces différends. Il se prononça contre les Irlandais , qui quittèrent avec dignité cette contrée inhospitalière, suivis d'une foule de jeunes gens studieux (4). Pour prix de sa victoire , le pays des Anglo-Saxons retomba dans son ignorance.

lis n'avaient obtenu le pas sur leurs rivaux qu'au moment

(1) Eccles, hist,, I. m, c. xxv.

(2) Cod. reg., t. If, p. 253.

(3) Eccles. hist.^ 1. m, c. xiv.

(4) Ibid., c. XXV çl XXVI.

où le pape avait envoyé dans le pays de Kent Théodore , moine, né à Tarse, et qui pariait avec une égale iadlitë le latin et le grec(l). Son élève, Albin, secondant bien son zèle , ils avaient établi de nombreuse» écoles chez les Anglo*Saxons, qui avaient pu dès lors se passer de llrlande,: et célébrer Tépiscopat de Théodore comme la plus brillante période de leur histoire (â). Llrlande conserva toujours sa ph3^ionomié religieuse et littéraire; elle ne songea plus k répandre ses doctrines chez ses voisins, mais à les conserver soigneusement dans ses écoles et dans ses temples. La rivalité des deux pays empêcha leur zèle de se ralentir et de. a*éteinâre. En Irlande , c'était la liberté (3); daiM>lâ pays des Anglo-Saupns , c'était l'autorité qui prévalait. Là oa jouissait de sa religion , ici on la construisait. Cette rivalité échauffiait encore les esprits du temps de Bède ; t|Hpès lui, on allait voir se développer une nouvelle phase ^e ces deux sociétés. Elles allaient porter leurs principes sur le continent»; et produire avec Alcuin pour les AnglO'-Saxons, et Jean Scoft Érigène pour les Irlandais, deux littératures distinctes, donC il sera maintenant facile de saisir les caractères généraux.

yi. Abbé de Jarrow et élève d'Albin, Bèdè est avant tout un Anglo-Saxon (4). Ce mot nous suffit pour peindre IC: théologien ; il ne suffit pas pour faire connaître le professeur. Dans la lutte que Jean Scot Érigène soutint plus tard au sujet de 4a grâce contre les Églises a^gv^inieones da Midi , Prudence de Troyes , son adversair^^; formida contre

( I) Ibifln, \. IV, c. I et II. J^.

(2) Ibid., c. II.

(3) Aie, epist.^ Lxv, Frob,, i. f , p. 8(^v

(4) Bed., in Prœfat, Eccles. hist. ,^/'"'

lui une grande accusation : Jean Scot était passionné pour Marcian Gapella(l). C'est Patrik, sans doute, qui Tavait apporté en Irlande. Africain d'origine , et virant à Rome dans on temps où beaucoup d'esprits cherchaient à unir les doctrines chrétiennes et les idées alexandrines , Marcian Ça* pella sut donner un certain éclat k ces dernières ; aussi représente-t-il la dialectique péripatéticienne sous les traits de la discorde (2), et vit-il par la pensée dans le monde idéal de Platon. Ciomme le chef de l'académie, il place dans une partie du ciel une grande sphère , qui est Vidée du monde (3) ; comme lui , il donne une âme céleste à ceux qui , êou$ une forme humaine , sont créés pour le bonheur des hommes (4)< et retournent au ciel. L'un des passages les plus curieux de son livre nous semble renfermer les doctrines et la formule de l'initiation antique (â) ; toutefois, comme il emploie volontiers des expressions en honneur dans la théologie chrétienne, il est impossible de croire qu'il ne connût pas le christianisme ; il cherchait même à voir, ce semble, comment les dogmes du christianisme pouvaient se condlier avec les doctrines du Timée. Mais , en ce qui concerne le Dieu un , le Dieu caché, il resta alexandrin. On conçoit maintenant les paroles énergiques de Prudence de Troyes , lorsqu'il reprochait à Jean Scot de s'appuyer de toutes ses forces sur son Marcian Gapella , et « d'avoir puisé dans cette abominable lecture un mortel poison. » Pour les Anglo-Saxons ,

(1) Prudent, Cont. Scot, ap. Mauguin Vindic. prœdestin., l. F, p. 778.

(2) Mart. Capei, Satyric, éd. Grotius, p. 45 et 94, Leyde, 159Ô.

(3) Ibid,, p. 18.

(4) Ibid., p. 38

(5) Ibid., p. 45.

ce liviia devait -être mis i Tinde^c. Ils Àe devaient voir qu'avec^ ua certain effroi ces descriptions païennes , et surtoiit cette page où Mareian parle de trois ^ieux mystérieux qu'il vénère , mais qu'il place à côté d'autres divinités (1). Jamais Âlcuîn ne le cite , et ce serait bien en vain qu'on chercherait days, le catalogue de la bibliothèque d'York le de Nupiiis pb^hgiœ et Uenurii. Mais ce que leur religion, jeune encore , pouvait écarter comme une tentation , le christianisme moins timoré des Irlandais ne le redoutait nullement. Mareian avait célébré l'union de la science et de la divinité dans un livre intéressant , pour le temps où il fut écrit; il avait bijen précisé; la division des sept arts; Alexandrin^ il plaisaita ces partisans du cycle alexandrin. Son admiration pour les vieilles écoles d'Egypte;^ pour la science mystérieuse qui en est sortie, et pourile caractère symbolique de ses monuments et de ses doctrines , piquait la curiosité de ces Keltes, jadis élèves des Druides, apaisait, en l'alim^tant, leur amour traditionnel pour le symbolisme et pour les mystères. VU. , Bède préférait la sage réserve de Gassiôdore et d'Isidore de Séville. Celui-ci était son auteur favori; il Tabrégeait 9 il le conunentait , il l'épuistait. A son lit de mort , il ne pouvait se décider à Fabandonner. Il dictait après la lecture de chaque passage d'Isidore ; un de ses élèves écrivait. Quand celui-ci eut achevé la lecture di^ dernier morceau , et écrit l'explication du vieillard, il dit : tout est fini. Tu as bien dit, mon fils, reprit le moribond; oui, tout est fini. Et il expira. Ce récit ressemble à celui dé la mort d'Isidore de Séville et de Golumba; mais, i^ fût^il qu'une légende^ on voit quel sens on peut en tirer.

(1) md., p. 46.

y lit. Tel était Fëtat des science» en Occident ^ lorsque le )précieut dépôt en fut confié à Alcuin» Il était élève d'Herbert, et celoi'Ci de Bède. Lni^-métne ëtâit encore tout plein de Tadmiration que Bède avait eicitée chez les Anglo-Saxons, et rappelait le maître le plus célèbre de son temps. Ckimme tous ces maîtres , depuis Gassiodoi*e, il voulait mettin la science à la portée de tous ; comme eux 9 il comprenait les services que les monastères rendaient^ la science ; cotbtâe éûx j plus aùdacieusement qn^eux , il adoptait , dans la ùoat: position de ses traités , la méthode des déHorationeê. On ne se figure pas les hardiesses qu'elle rendit légitimes à ses yeux. Si Alcoin , en traitant de la rhétorique , avait repro^ duit les préceptes d'Isidore ou de Gicéron , en leur donnanA du moins une forme qui lui fût propre, no«ts n'anricms pug insisté sur ce genre d*imitatioa. Mais qudle peine n'avonsnous pas éprouvée lorsque 9 après une étude patiente des livres d'Alcuin mr les sept arts, nous avons dû nous dire: cette page appartient textuellement & Gicéron , cette autre est copiée sur Isidore, et cette autre vient du iaux Augustin ? Pourtant, pour mieux faire connaître renseignement au 8^ siècle , nous nous sommes franchement résolu & ce sacrifice.

Dialectique.

f i i^. La dialectique d'Alcuin n'est qu'un simple recueiL La partie est tantôt extraite textuellement^ tantôt abrégée, d'Isi^ dore ide SévîUe, qiû avait souvent cofié Bodee.

Isidore de Séville.

Phitosophla est rerum humanarum divinarumque cogniliocum studio beae vivendi conjuDCta.

Item aliqui doctorum : Philosophiaest divinarum humanarumque rerum in quantum homini possibiU e^if scientia probabiiis; aliter philosophia estars artium , et disciplina dîsciplinaram,..quod nuisis conrenit eliristianis qui sœculi ambiiione caicata, conversatione disciplinabiii, similitudine futurs patride vivunt.

Pbilosopbia duabus ex rébus conslare videtur, scientia et opinione. Scientia est cum res aliqna certa ratione percipitur. Opinio autem nunc adbuc iocerta res latet, et niilla ratione firmata videtur at puta c<f Inm qua magnitudioe, qua materia coDStat^ quanta sit lerrse crassitudo.

Philosophie species tripartila, ut una naturalis, qxm grœce physica appel lalur, altéra mo* ralis qus grsce ethica dicitur; tertia rationalis quœ graeco vocâbulo logica appeliatur.

«.... In his quoque tribus generïbûs philosophie etiam eioquia dit ina consistunt. Nam aut de natura disputare soient, ut in Gènesi, et in Ecclesiaste, aut de moribus, ut in Proverbiis et in omnibus sparsiÀ libris, aut de logica pro qua nostri (heologicam sibi viridtcant , ut înCantfço canticorùm* et Evatigèlîîs (iy. '

(1) Isid., Orig.j lib. II, cap. xxiv.

Alcuin.

Philosophia est naturarum iiiquisitio rerum humananiiu divinarumque cognitio, quantum homini possibile est œslimare. Est quoque philosophia honestas vite sludium bene vivendi, medilatio mortis , conlemptosseeuii ; quod magis convenit christianis, qui sœculi ambiiione calcata, disciplinabiM simiiitudine future patrie vivunt.

K, Bx qua materia constat?-^ A, Scientia et opinione. K, Scientia quidest? A. Scientia est cum res aliqna cerla ratione percipïtuh K. Opinio quid est? Opinto est cum incerla res latet, et nulla ratione firma definiri pofest, nt magnifudo cœli vel profuhdllàs terre. .

K. In quot partes divtditur philosophia ? i4. In très : physicam, elhicam, iogicam. K. Hoc quoque latino ore exprime. A, Physica est naturalis, ethica moralis, logica rationalis.

In his quippe generibus tribus philosophie etiam eioquia divina consistunt. K. Quomodo? — A, Nam aut de natura disputari soient, ut in Genesi et in EcclC' siaste. Autdemoribus, ut in Proverbiis, et in omnibus sparsim libris; aut de logica prp qua nostri th^logicaro sibi vindicant, ut in Ganlicis canticorum et sancto Evangelio (2).

(2) Me. , Frob , p. 335.

Dialectica est disciplina ad discernendas rerum causas inventa.

Ipsa est logica. ... id estrationabilîs diFfSniendi, quœrendi et discernendi polens (1).

(1) /ftiVf., cap* XXII.

K. Die, quid sit dîaleclica? — Dialectica est disciplina ralionalis, quœrendi, diffiniendi et discernendi, etiam et vera a falsis discernendis potens (2).

(2) Aie, ibid.

YieDDent alors et la comparaison de la main ouverte et de la main fermée, qu'Isidore avait prise à Varron, et qu*Alcuin prend à Isidore , et le chapitre des Isagoges, qu'Isidore tenait de Boêce, et qu'Âlcuin glisse dans son livre.

Ici commence la seconde partie, presque entièrement calquée sur les dix catégories , ouvrage longtemps attribué à saint Augustin (1). L'auteur s'y dit ami d'un certain Thémisius, qui l'aurait aidé à traduire cet ouvrage des catégories d'Aristote , vers le '5® siècle , si l'on en juge par le style; et, comme le faux saint Augustin l'avait écrit pour Tinstruction de son fils , l'esprit se reportait naturellement au jeune Adeodat, dont le nom fut même ajouté après coup sur la marge d^un manuscrit de cet ouvrage. Sur la fin du 10^ siècle, Odon de Cluny l'étudiait à Paris, comme appartenant bien à saint Augustin. Alcuin l'attribuait aussi à ce père , s'il est permis de le conjecturer d'après l'exemple mu* tilé qu'il cite au chapitre x. a Augustin , grand orateur, son fils instruit dans le temple. » Voici seulement quelques exemples.

Les dix catégories.

Homonyma sunt cum res quidem plures commune nomen ac-

Homonyma sunt cwn duœ ress commune accipiunt nomen ; rei

dpiunL,interpretatione veroejuS' vero interpretatione separantur j dem rei separanlur , ut homo | ut homo piclus et homo venus. In

(1) D. August, opp., 1 1.

pichis et verus. In hoc namque idem nomen esl; verutn si ad definilionem vel ad inierprelalionem hominis redeas, inveniunlui* is(a disparia.

Sy non y ma vero sunt res quae el nomine el sui interprelalione junguntur; Ut est animal, vel enim de homine et equo et fera et de avibus dici polest. Animal esl quod cibum capiat^quod morfale sil, quod sensu moveatur.

Polyonyma sunl cum mulla nomina unam rem significanl, neque ulla de differenlia nominnm redditur ratio, ut ensis, mucro, gladius.

que unum nomen est, ratio vero vel interpretalio diversa*

Synonyma vero sunt quae et nomine et sui interpretatione junguntur, ut animal est^ quod cibum ca[)it, spiral, movelur et mortale esl...«

t^olyonyma^uhî,quando muKa nomina unam rem significant ; neque ulla difFerentia vel ratio reddilur nominum, cur unam rem toi nomina significent, uX ensis, mucro, gladius.

Si nous vonlions reproduire toutes les phrases faites les unes sur les autres, et souvent transcrites, il faudrait copier les deux ouvrages. Mais on peut comparer ainsi les chapitres de quantitat^, de facere etpati, de qualitate, dejacere, de habere , etc. etc.

On voit pourquoi les vers que le maître de Tëcole palatine avait composés pour sa dialectique ont été reportés phis tard en tête d'un ouvrage où il avait si largement puisé.

Avec le chapitre XI, commence la troisième partie. Alcuin ferme son saint Augustin , et r^vre son Isidore de Séville , en bouleversant l'ordre qu'avait préféré ce dernier. Le chapitre XI 4' Alcuin reproduit le chapitre XXXI du deuxième livre des Origines ; les chapitres XIII et XIV ont été faits sur le XXIX qu'Isidore avait abrégé lui-même de Marius Yictorin« Dans le chapitre XY, Alcuin reprend les idées développées dans le chapitre XXX : ce sont souvent les mêmes exprès^

sions, les mêmes exemples. Un grand nombre des étymologies d'Isidore sont plus que hasardées. Alcuin , qui n'était pas toujours très-prudent à cet égard , ne le suit pas en général , soit ici , soit ailleurs ; par exemple , lorsqu'il prétend que verbum vient de aër verberal. Enfin , pour clore son travail , il imite ce que dit Tévéque de Séville sur les Périhermenies (1), en donnant plus de développement à ce passage.

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