‹ Alcuin et son influence littéraireChapitre 3 sur 21 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Tradition des docirines et succession des maîtres jusqu'à Alcuin.

Pour s'en convaincre , il faut connaître la doctrine des maîtres les plus célèbres de l'Occident , et voir ce qu'Âlcuin avait pris à chacun d'eux pour l'apporter chez les Franks. Les écrivains les plus suivis chez les Ânglo-Saxons étaient Boëce , Cassiodore , Isidore de Séville et Bédé.

I. Boêce loue volontiers l'Académie ; c'est même de l'Académie que lui parla d'abord sa compagne de captivité , la Sagesse, lorsque , pour en charmer les rigueurs, elle descendit dans sa prison , et lui dit cette belle parole : « Pouvais-je te laisser, ô mon fils, et ne pas venir porter avec toi ce fardeau dont tu t'es chargé pour la gloire de mon nom

(1) Aie, ep., c. Lxxiii, Ffob., t. I, p. 233.

et dofit je suis jàlotiseA (l)..G6penclâ&t c'est i comèièiilètr Aristote et à Hnterpfëter que le sage Romain consacra sc^ veilles studieuses. A sod premier grand ouvrage, cinq liviiéb de Cofntnentaires sur les Isagoges de Porphyre , qu'avaient traduites Mar. Victorin , succédèrent deux livres de com^ mentaires sur lès catégories d'Aristote , deux autres sur les périherménies , beaucoup d'autres ouvragés , comtiiehtaireft et traductions, que Ton pourrait citer, et qui tôuâ à^ rappoN tent à la dialectique péripatéticienne. Non-seulement U trà^vaillait sur ce fond solide dont la main d'Aristote a si savamment disposé toute$ les parties , mais il possédait lui-même cette merveilleuse sagacité qui pénètre jusqu'au fond d'tin raisonnement, qui se retrouve toujours dans les mille détours d'un travail analytique, si obscur et si multiple que soit le sujet. Esprit sagace et ingénieux ^ il pouvait se plaire à étudier dans toutes ses délicatesses, dans ses traits les plus fins , et dans ses nuances les plus fiigilives , la forme habituelle du langage philosophique ; mais c'était une méditation trop abstraite pour les esprits encore grossiers des Barbares. De la hauteur où la philosophie Tavait placé , Boêce se créait bien des illusions. Romain d'avant Tempire , il parais^ sait trois siècles trop tard (2). Ci'oyànt à la vitalité romaine qui palpitait encore dans âon cœur, il écrivait comme s'il se fût adressé à des lettrés ^ comme s'il se fût entreténu avec le^ disciples de Cicéron; il supposait les Romaiùs àtîSèi grands que lui. Le mouvement d'idées qui règne datiS $e^ ouvrages , et sùrto(»t dans son livre de là Consolation , ii^

(I) Anit. Manl. Sevet, Boetii 6pp.; Basle, 16Î0; de Consol. PhÙos, /t6., p.920.

(2} De Consol. , ibid., p. 929 et passim.

jl.este.la persistance de' cette fierté de caractère v de cetti^ foi ;^aas les destinées de Rome* En lui la grande pensée des an- ;Ciens âges qe Rome survivait à Tempire ; c'est pour elle qu'il souffrait alors , et c'est pour elle qu'il allait mourir ; mais la souffrance , loin de déraciner ses convictions , ne faisait au contraire que les enfoncer plus avant dans son âme. Sa .£erté se soulevait à la pensée d'accorder à des Barbares , à des vaincus de Rome , la place que Rome elle-même avait occupée avec tant d'éclat au milieu du monde* . IL Et pourtant Boêce est Tun des pères de la scolastique ; ^mment s'explique celte apparente contradiction i' C'est ,Cassi|odore qui l'a fait disparaître (t). Plus érudit qu'original , c'est lui qui rendit Boece intelligible pour des Bar- Jb^e&f Après avoir renoncé aux soins du gouvernement (2) , <ei .réuni en un seul corps d'ouvrage les histoires de Sozo- .flaène, de Socrate et de Théodoret (3), il se retira dans le monastère de Viviers , en Galabre , et comprit le genre de service qu'il pouvait rendre comme homme, qu'il devait rendre comme chrétien. Travailler pour les ignorants , Barjfàv^ ou Romains , pour cela multiplier les monastères et le$ livres; voilà l'œuvre à laquelle il consacra les années ,de sa vieillesse, retrouvant pour l'accomplir toute la vigueur qu'il avait déployée dans son administration. C'est pour les jcénobites qu'il écrivit son traité sur l'orthographe et son .ouvrage de Septem artibm, dont le de Divinis artibus n'est quie la première partie. L'auteur de cet ouvrage cherche à former un recueil complet de toutes les connaissances

(t) Cassiod. opp,; Rouen, 1679, éd. Garet.

(2) Cf., ses letlres, ibid., 1. 1, p. 3.

(.3) Ibid., p. 205.

acquises , et non à en acqiiérir de nouvelles. Quant à la! forme, il la tenait de Philon, de Boêce, de Martian Gâ^' pella. En grammaire , il abrège Donat. La rhétorique est^ extraite en partie de Cicéron ; ce n'est encore qu'un abrégé clair, méthodique, très-sec, si on le considère autrement que comme un livre élémentaire. Sa dialectique , il la prend dans Yarron et surtout dans Boêce; tout ce qui, dans'Ce^ dernier, est trop abstrait, trop beau, disparaît pour Ml*e' place à un rudiment d'idée facile & saisir et qu'on peut apprendre par cœur. Ce qu'il dit des mathématiques, ttl'éx'^* trait du livre grec de Nicomaque, et des traductions d-Apu-' lée et de Boêce , et pour la musique du traité de Gaudence v traduit par Mucien ; il connaît aussi le Contra Fagai^os àé Clément d'Alexandrie. En géométrie, il suit Varfon, Gén* sorinus , Euclide , traduit par Boëce. Enfin en astronomfie;* il suit encore Boêce (1 ).

Un Germain , après avoir connu Boëce dans Gassiodore i* pouvait ensuite ouvrir les commentaires sur Porphyre et le^) comprendre. Ainsi fut mise en honneur la méthode de )a soo-^ lastique ; ainsi s'explique l'importance attachée à la questimi des universaux, importance qui vient moins peiit-étre def la fameuse phrase de Porphyre , que de l'admiration pro^ei^l

sée pour eux par Boëce. On voit quelle était ici la part de- Cassiodore.

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