Livre den vertus et des vices
Alcuiri l'écrivit pour le comte Widon ou Gui , gouverneur de la marche de Bretagne et directeur des biens de Saint-Martin. Ce seigneur désirait avoir une règle de conduite qu'il pût suivre au milieu de la carrière des armes. Sur les trente-huit chapitres qu'il renferme , treize sont extraits de plusieurs sermons de saint Augustin ; tous les autres, et ce sont les plus beaux, sont dus à la plume d'Alcuin et lui donnaient le droit de dire en terminant : a Voilà , ô mon cher fils , ce (pie je viens de dicter, selon que tu le désirais , afin que tu possèdes un manuel journalier pour savoir ce que tu dois éviter et pratiquer. »
Grammaire.
L'auteur y suit quelquefois Priscien et Donat. Souvent il ajoute : a Je ne t'aurais pas fait cette question, si Donat m'eût suffi. D — «Veux-tu, maitre, lui dit un de ses élèves^ que nous t'interrogions sur les accents et sur les pieds , ea suivant l'ordre du maître Donat?» Alcuin répond en pre* nant , chez tous les maîtres de sa connaissance , tantôt des pensées, tantôt des phrases. Isidore même lui donne une foule de tentations auxquelles il succombe souvent, non sans quelque remords.
hidore de SévUle.
Littei*saulem(iicls quasi legiterœ quod iler legentibus prsstent (1).
(1) Orfg., lib. I, cap. m.
j^leuin'
A. Die, Saxo, prior, unde lit- (era sit dicta ? S. Ut reor, liUera est quasi legitera, quod legentibus iter praebet.
Nomen dictum quasi notamen qiiod nobis vocabulo siio res nolas efficial (1).
Pronomen diclnmc|uia pro vice nomiiiis poniturne faslidium facial dum itérai iir.
Pedes dicti eo quod per ipsos melra ambiilanl.
A. Et est nomen dictum quasi notamen, eo quod hoc nota mus singulas substarUias (2}.
Pai-sorationiscum casu posîta, nominis vice, nesœpius ileralum nomen Fastidiiim facial.
Pedes dicti eo quod per îpsos metra ambulent.
Même en ajoutant à ces citations quelques réminiscences ajoutées à la fin du premier chapitre , on peut dire que la grammaire d'Alcuin lui reste tout entière. Il en est de même du livre sur Torthographe , espèce de dictionnaire qui n'est que l'appendice de la grammaire.
Rhétorique.
Malgré l'ennui qu'apporte avec elle une étude aussi aride, continuons de rechercher les traits de ressemblance qu'on remarque entre Alcuin et les modèles qu'il apportait à la France. La lOiMorique sera le dernier livre auquel nous fer. rons subir cet examen préalable; nous entrerons aussitôt dans l'école.
Isidore de Séviîie.
Rhelorica est bene dicendi sclëhlia ; in' civilibus versatui^ quaestionibus.
Ipsa aulem perilia dicendi in tribus rébus consislit, natura,
dpctrilia, usus.
alcuin.
K. Ad quem finem spectat rhelorica? i4. Ad bene dicendi scientiam. fi^. In quibus versatur re- ^ bus?i4.In civilibus qua^lionibus, qux naturalianimo concipi possinl. K, Bene dicis, magisler; etiam omnisvità nostra disciplina proficil et dsu valet. Magisler initium hujus artis pande. A, Pandam juxla auctoiilatem veterum.
C'est ici que l'on tombe sur la plus graode hardiesse qu'Alcuio se soit permise ; car, pour ré|)ODdre , Alcuin emprunte à Gicéron ud passage fort connu, qui commence ainsi : Fuit qtwddam tempus , cum in agris homineê besiiarum mare vagabantur (1), etc.
La partie originale de ce livre est surtout celle qui con* cerne le genre judiciaire, que Charles désirait connaître i fond ; ott met cependant le doigt sur quelques, phrases malheureuses.
Isidore de Séville
Gonlroversia simplex est quum absolutam conlinet unam qusestionem hocmodo:Gorynlliiisbeltum indicemus, ai) non? Conjuncla ex pliiribus quaeslionibiis, in qua plura quaerunlur hoc paclo :
utrum Carlhago diruaf ur, an Carthaginiensibus reddalur, an cq.
coionia deducalur?
yÉlcuin.
Simplex causa est, qua*
unam in seconfinelquœslionem, hoc modo: Goiinlhiisbelium indicam, an non? Conjuncla est quaestio, qua* ex pluribus quœs- Uonibus constat , hoc paclo :
ulium Carlhago dirualur, an Carthaginiensibus reddalur, an e'o coionia deducalur?
« Species causarum sunt quinque, id est honestum, admi- «rabile, humile, anceps, obscurum. Honestum causœ genus «est cui statim, sine oratione nostra favet animus auditoris. tf Admirabile est, quo attentus sit animus eorum qui audituri <i sunt. Humile est qui negligitur ab auditore, et non magno- « père altendendum videtur. Anceps est in quo aut judicatio <idubia est, aut causa honestatis et tqrpitudiuis particeps, <i ut et benevolentiam pariât et offensam. Obscurum , in quô «aut tardi sunt auditoresaut dif&cilioribus ad cognoscendum «; causis causa cernitur implicata. »
(1) id/c, t. Il, p. 314. — Œuvres complètes de Ciceron , édit. âe M. U Clerc; Paris, 1821 ; de Invention., t. III, p. 10, 12.
L'ëvéque de Séville eût été fort étonné , s'il eût pu entisodre ce inorceati ; il y eût reconnu sa propriété précieusemeril conservée.
Ceà traités «iif les êêpt atts sont ttoins des ouvragés originaux que des livres-cabiers, où l'on retrouve quel<}uefoi8 du talent et toujours de TérudUion. Ainsi ce qu'on enlève i récrivain , on le rend au professeur.
Maintenant nous devons entrer dans Técole palatine, faire connaître son origine et les maîtres qui Tavaient dîr^ gée jusque-là, afin de bien distinguer dans ses travaux la partd'Âlcuin.