‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 1 sur 103 · RUB JACOB · texte numérisé non relu

RUB JACOB

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INTRODUCTION

L'étude de la vie intellectuelle des nations dans ses phases successives est toujours plus consolante que .le récit de leurs destinées politiques. On jouit d’un spectacle émouvant, si l’on fait revivre dans sa pensée ces grandes fêtes de l'esprit humain, où surgissent les créations qui marquent une époque et élèvent le niveau de l'intelligence. Les hommes passionnés pour le beau se groupent alors autour de ceux dont le génie a su imprimer à leurs œuvres un éclat qui rayonne de proche en proche et pénètre au-delà des bornes d’une contrée. Les masses, d’abord indolentes, prêtent bientôt une oreille attentive, car elles sentent le contact d’un courant régénérateur qui électrise leur être et secoue leur torpeur. Plus tard, la reconnaissance publique entoure ces génies surhumains d’une auréole poétique, et l’on reconnaît en eux une émanation de la divinité qui nous rapproche successivement des sommets de la civilisation. Mais ce soleil radieux a eu des éclipses; ce char 8116 des Muses a éprouvé des heurts et des chutes terribles; et

Il INTRODUCTION.

quand on voit toujours le bonheur espéré s'éloigner de nous, on se laisse entraîner à une douce rêverie qui nous fait apparaître et admirer ces phalanges glorieuses de poëtes, littérateurs, savants, artistes, marchant par des eflorts successifs aux conquêtes de l’esprit humain pour établir sur cette terre le règne de la paix, le culte du beau et du juste.

En effet, si la vie intellectuelle avait toujours suivi une marche ascendante ; si aucun obstacle n’était venu endiguer ou barrer ce fleuve limpide de la civilisation qui vivifiait tout sur son parcours ; si l'humanité isolée et souvent ignorante même de son passé, au lieu de.se voir quelquefois contrainte de remplacer par les créations de son cerveau les modèles perdus; si l’humanité, dis-je, n'avait eu qu’à accroître les richesses accumulées de l'esprit et de l’imagination, ne serait-il pas enfin réalisé ce rêve enchanteur, cet âge d’or de la civilisation, auquel l’âme humaine aspire depuis tant de siècles?

Mais ce bonheur rêvé avait deux ennemis intraitables, deux barrières qui divisent les peuples bien plus que les océans et les chaînes des montagnes : d’un côté, les passions et les luttes politiques ; de l’autre, les haines religieuses et le fanatisme. Que de ruines accumulées depuis tant de siècles dans tout l’univers ! Que de fleurs de la civilisation prêtes à s'épanouir, écrasées sous le talon du soldat ou fauchées impitoyablement par la main desfanatiques! Que d'intelligencesusées dans despréoccupationsstériles ou destructives!Que de cœurs desséchés par le souffle dévastateur de l’ambition!

Et lorsque, après avoir parcouru les âges, notre vue s'arrête sur le présent, le cœur se serre à voir que tant de siècles de lutte, tant de sang et de larmes n'aient pas encore suffi pour éteindre le foyer toujours brûlant

INTRODUCTION. Ιη

des passions politiques et religieuses, et que notre vie se consume dans une course fiévreuse, souvent pour des chimères, tandis qu’elle pourrait s’écouler paisible, dans la concorde, à l'ombre de cet arbre aux mille rameaux bienfaisants : la civilisation,

Mais puisque cette consolation nous est refusée, arrachons-nous un moment à la tourmente terrestre qui trouble aussi notre siècle, pour reposer notre esprit dans les sphères sereines des conquêtes de l'esprit humain.

Les deux grands moteurs de la culture intellectuelle en Occident, dans les temps modernes, furent, on le sait, la Renaissance des lettres et des arts avec l'invention de l’Imprimerie, dont le concours inespéré vint sauver et propager les chefs-d'œuvre de l’antiquité. Dans cette brillante renaissance, la meilleure part revient peut-être à l'influence des trésors littéraires de la Hellade et à leur propagateur enthousiaste : Alde Manuce. Pour mieux faire apprécier l'importance de ce grand fait de l’histoire littéraire, 1] ne sera pas sans intérêt de jeter un regard rétrospectif sur les destinées de la littérature grecque, cette fille de l'esprit humain, sinon l’aînée, du moins la plus illustre de toutes celles qui se perdent dans la nuit des temps. Je ne ferai qu’esquisser rapidement ce qu'était la littérature grecque à l’époque de sa splendeur et ce qu'elle devint à sa décadence; je m'attacherai plus spécialement à suivre les vicissitudes de l’hellénisme depuis le moment où l'ancien monde politique et même httéraire s’écroula pourfaire place à la société nouvelle.

La Providence, en départant à la race hellénique

IV INTRODUCTION

des dons privilégiés, a voulu offrir au monde un phare lumineux pour le guider et le faire sortir des ténèbres de la barbarie.

Par une sorte de prodige, après avoir éprouvé tant de vicissitudes, la langue grecque, seule entre toutes les langues, s'est conservée vivante pendant trois mille ans. De nos jours elle se rapproche de plus en plus de ce qu’elle fut autrefois, et qui sait si elle n’est pas destinée à servir de base à une langue universelle?

Douze cents ans avant notre ère, c’est aux confins de l’Europe et de l’Asie qu'apparut Homère comme un astre dont l'éclat conserve encore toute sa splendeur primitive. En lui se résume le génie grec, qui, après s'être concentré dans Athènes, a rayonné sur l’Europe, l’Asie et même sur l'Afrique, où Alexandre fonda la ville qui porte son nom, et où les Ptolémées instituèrent le Musée, création unique au monde, dont l’Institut de France est une heureuse imitation, à quelque égard incomplète.

« Tout l'Orient reconnut la Grèce et en apprit la « langue (4). » |

Nous pouvons dire à notre tour : ce que nous sommes, c’est aux Grecs que nous le devons.

Quel est le peuple qui dans le cours de toute sa vie ait produit de tels génies que la Grèce dans l’espace de trois siècles où nous voyons briller : Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Hérodote, Thucydide, Xénophon, Eschine, Démosthène, enfin Platon et Aristote, sans compter tant d’autres qui seuls suffiraient encore à la gloire d’une nation? L'époque de ces génies initiateurs est celle de la grandeur majestueuse de

(1) Bossuet, Hist. univ., neuvièrhe époque, sous les successeurs d'Alexandre.

INTRODUCTION. V

leur patrie. Depuis sa conquête par les Macédoniens, la Grèce enfante de grands savants, mais non plus des hommes à l'esprit sublime.

Par la création en tout genre des chefs - d'œuvre les plus parfaits qu'il soit donné à l’homme de produire, et dont un grand nombre ont péri dans les siècles de barbarie, la Grèce nous rapprochait du plus haut point où la perfection humaine puisse prétendre, et remplissait sa mission d'éclairer le monde. Vaincue par la supériorité du génie politique et militaire de Rome, elle succomba dans cette double étreinte, et, en perdant sa périlleuse liberté, elle perdit aussi ses nobles inspirations. Mais elle conserva le premierrang dans les lettres et les arts, et ce goût si pur et si passionné pour le beau, inhérent à sa nature, à ses institutions, à son climat. On vit alors cette puissance intellectuelle et civilisatrice que la Grèce avait étendue dans tout l'Orient, exercer le même empire sur Rome, encore presque barbare, et sur les peuples soumis à sa domination. Sous cette influence, Rome, qui dès longtemps avait emprunté à la Grèce ses institutions politiques, se fit grecque.

D'ailleurs, la connaissance de la langue et de la littérature helléniques était déjà assez fréquente à Rome. Bien avant la première guerre punique, beaucoup de Romains comprenaient et parlaient le grec. La plus ancienne histoire de Rome est due à Quintus Fabius Pictor, qui l’écrivit vers l’an 215 avant notre ère en langue grecque, au dire de Denys d’Halicarnasse. En 164, Tiberius Gracchus, le père des deux tribuns, envoyé en ambassade dans l’Asie Mineure, s'arrêta à Rhodes, et y prononça en grec une harangue, qui existait encore du temps de Cicéron. Au second siècle

VI INTRODUCTION

avant notre ère, la connaissance du grec était le complément obligé de toute bonne éducation.

Athènes devint l’école des Romains, et bientôt le siècle d'Auguste, illustré par Cicéron, Virgile, Horace, admirateurs enthousiastes d’'Homère, d’Hésiode, de Théocrite, de Démosthène dontils furent les imitateurs, renouvela dans l'empire romain le siècle de Périclès.

Sous le règne d’Auguste, les femmes même affectaient de ne parler qu’en grec (1).

L’enthousiasme fut tel qu'Horace et autres auteurs prêtent à cet empereur, élevé dans Athènes, le projet de transporter le siége de l'empire aux rivages troyens.

Cicéron dit : « Les ouvrages grecs sont lus chez presque toutes les nations, et les livres latins sont renfermés dans les limites, assurément fort étroites, de l'Italie (2). »

Cet éclatant hommage rendu par Rome au génie de la Grèce contribua puissamment à la propagation de la littérature grecque dans tous les pays du monde civilisé, et c’est alors qu'on vit partout, après la ruine de l'indépendance hellénique, tant de Romains, d’Africains, d’Asiatiques, publier d'importants ouvrages écrits dans la langue grecque, et continuer ainsi cette glorieuse filiation.

La connaissance de la langue grécque et de ses chefs-d'œuvre avait pénétré en Arménie et jusque chez les Parthes. ἃ la fin du premier siècle avant

(1) Omnia græce, Quum si turpe magis nostris nescire latine.

Hoc sermone pavent, hoc tram, gaudia, curas, Hoc cuneta effundunt animi secreta, (JOVÉNAL, Sat. vi.) 9. (2) … Græca leguntur in omaibus fere gentibus, latina suis finibus, exiguis sane, continentur. (Pro Archia, X.)

INTRODUCTION. VII

J.-C., Crassus reçut deux Grecs qui, au nom du général parthe Suréna, l'invitèrent en langue grecque à une entrevue. Dans le récit si dramatique que nous fait Plutarque des noces de la sœur d’Artabaze, roi d'Arménie, avec Pacorus, fils d'Orodès l’Arsacide, roi des Parthes, noces célébrées à la cour d'Arménie, on voit la langue grecque y jouer un grand rôle (1).

On remarquera que chaque fois que la 1ittérature grecque perd de son originalité, sa sœur cadette, la littérature latine, vient soutenir l'éclat de la famille commune. Ainsi le siècle d’Auguste à Rome présente une période de décadence pour la Grèce. L'affaissement de la société païenne et la venue du Christ

(1) « Les deux rois s'y donnèrent réciproquement des festins où l’on récitait ordinairement des poésies grecques, car Orodès n'était étranger ni à la langue ni à la littérature grecque, et Artabage avait composé en cetle langue des tragédies, des harangues et des histoires, dont une partie existe encore aujourd’hui. Lorsqne ceux qui portaient la tête de Crassus se présentèrent à la porte de la salle du festin, un acteur tragique de la ville de Tralles, nommé Jason, récilait la :cne d’Agavé dans les Bacchantes d'Euripide. Tous les assistants étaient ravis de l'entendre lorsque Scyllace entra dans la salle, et, après avoir adoré le roi, jeta à ses pieds la téle de Crassus : à l'instant, la salle retentit des applaudisser.ents et des témoignages de joie de tous les convives, et Jason, donnant à un personnage du chœur les habits de Penthée, dont il était revèlu, prend la lête de Crassus, et, plein des fureurs des Bacchantes, chanta avec enthousiasme ces vers d'Agavé :

Nous apportons ici du haut de nos montagnes Ce jeune lionceau, fléau de nos campagnes.

De cette chasse heureuse honorons le vainqueur.

Cette application charma lout le monde, et l'on chanta la suite, où le chœur demande :

Quelle main l'a frappé?

et vé répond :

1e Mon bras en eut l'honneur.

Aussitôt Pomaxartrès se lève de table, et, prenani la tête de Crassus,

dit que c’est à lui plutôt qu’à Jason à chanter ce morceau. » (Plutarque, Vie de Crassus, XLIII.)

VIEIL INTRODUCTION

marquent un retour du goût pour les lettres grecques. Le paganisme, battu en brèche par l'Évangile, cherche à s’'épurer dans la philosophie de Platon. La magie du stylé et l'élévation des idées de ce génie exercent une puissance séductrice sur les esprits, au point que le platonisme absorbe le monde romain pendant tout le deuxième siècle, pour continuer encore son règne dans le siècle suivant. Toutes les branches de la littérature grecque se relèvent, et, tandis que les lettres latines tombent dans la médiocrité, le génie grec produit de nouveau des œuvres remarquables (1).

(1) Voici du reste, par ordre chronologique, et en suivant l'ordre alphabitique dans chaque siècle, un tableau, à peu près @omplet, des principaux écrivains grecs, tant sacrés que profanes, dans toutes les parties de l’ancien monde, depuis le premier siècle avant J.-C. jusqu’à la chufe de Constantinople :

1er siècle avant J.-C.

Alexandre Polyhistor, né en Phrygie; Denys, d'Halicarnasse; Diodore, de Sicile; Juba 11, roi de Mauritanie; Lesbonax, de Milylène ; Méléagre, de Gadara (Judée); Nicolas, de Damas, Parthénius, de Nicée; Philodème, de Gadara ; Strabon, d’Amasie (Cappadoce).

Ier siècle après J.-C.

Apollonius, de Tyane (Cappadoce); Arétée, de Cappadoce; Denys l'Aréopagite, d'Athènes; Didyme, d'Alexandrie; Dion Chrysostome, de Pruse (Bithynie); Dioscoride, d’Anazarbe (Cilicie); Épictète, d’Hiéropolis (Phrygie); ΕἸ. Josèphe, de Jerusalem; Onosandre (?); Philon, de Byblos; Philon le Juif, d'Alexandrie; Plutarque, de Chéronce.

115 siècle après J.-C.

Alcynoüs (?); Alciphron (?); Alexandre, d’Aphrodisie (Carie), Apollonius Dyscole et Appien, d'Alexandrie; Ælius Aristide, d’Hadrianopolis (Bilhynie) ; saint Aristide, d’Afhènes; Quintilien Aristide (?) ; Arrien, de Nicomédie (Bithynie); Athénagore (ἢ); Babrius, de Syrie; Fronton, de Cirla (Numidie); Galien, de Pergame; Hermogène (?); saint Irénée, de Smyrne; Lucien, de Samosate (Comagène) ; Marc- Aurèle, à Rome; Maxime, de ΤᾺ; Memnon, d’Héraclée; Pausanias, de Lydie ; Phylostrate, de Lemnos; Phlégon, de Tralles (Lydie), Pol-

INTRODUCTION. IX

L'influence toute-puissante de la littérature et de la philosophie grecques dans les classes élevées s’accrut encore sous le règne des Antonins, quand sur le

lux, de Vaucratis (Égypte); Plolémée, d'Égypte; Straton (le poëte), de Sardes; Théon, de Smyrne; Xénophon, d’Éphèse.

[119 siècle après J.-C.

Achille Tatius, d'Alexandrie; Aphthonius, d'Antioche ; Athénée, de Naucratis, saint Clément d'Alexandrie; Denys Périégète, d'Afrique; Diogène Laërce, de Laërte (Cilicie); Dion Cassius, de Vicee (Bithynie); Élien, de Préneste (Ilalie); Hérodien, d'Alexandrie; saint Hippolyte, d’Arabie (?); Jules l’Africain, de la Palestine; Longin (ἢ; Oppien, de Cilicie; Origène, d'Alexandrie; Plotin, de Zycopolis (Égypte); Porphyre, de Balanea(Syrie); Sextus Empiricus, de Mitylène.

IVe siècle après J.-C.

Chalcidius (Ὁ); Aristénète, de Nicée ; saint Athanase, d'Alexandrie; saint Basile, de Césarée (Cappadoce); Cassianus Bassus, de Martonyme (Bithynie); Chariton, d'Aphrodisie; saint Cyrille, de Jérusalem; saint Épiphane, de Judce; Eunape, de Sardes; Eusèbe, de Césarée; saint Eustathe, de Side (Pamphylie) ; saint Grégoire, de Nazianze (Cappadoce); saint Grégoire de Nysse, de Sébaste (Cappadoce;; Héliodore, d'Émèse (Syrie); Hésychius, le grammairien (?); Himérius, de Pruse; Horus Apollo, de Phanæbetys (Égypte); Hypatie, d’Alexandrie; Jamblique, de Chalcis; saint Jean Chrysostome, d’Antioche; Julien, de Constantinople; Libanius, d’Antioche sur l’Oronte; Manéthon, d'Égypte; Némésius (Ὁ) ; Pappus d'Alexandrie; Quintus, de Smyrne; Slobée, de δέοδὲ (Macédoine) ; Synésius, de Cyrène (4frique); Thémistius, de Paphlagonie.

Vo siècle après J.-C.

Ammonius Hermiæ, d'Alexandrie; Athénaïs, l’Athénienne, plus tard impératrice Eudocie: Coluthus, de Lycopolis (Égypte); saint Cyrille, d'Alexandrie ; Diophante, d'Alexandrie; Énée, de Gaza; Hésychius, de Jérusalem; Hiéroclés, le philosophe (Ὁ); saint Isidore, d'Alexandrie; Longus (?); Nonnus, de Panopolis (Égypte); Olympiodore, de Thèbes (Egypte); Oribase, de Pergame (Mysie); Philostorge, de Borissus (Cappadoce); Priscien, de Césarée; Proclus, de Lycie; Sozomène, de Béthulie (Palestine); Tryphiodore, d'Égypte; Zosime,

d’'Épire (ἢ). | pire (ἢ Vie siècle après J.-C. Aétius, d’Amida (Mésopotamie); Agathias, de Myrine (Mésopota-

X INTRODUCTION

trône de l'empire on vit le phtlosophe-roi Marc-Aurèle écrire en grec ses Marimes, si bien inspirées du génie de Zénon et de Platon, et, deux siècles après Marc-

sie); Alexandre, de Tralles; Étienne, de Bysance; Eustate, d'Épiphanie; Évagre, d'Épiphanie; Hésychius, de Milet: Hiéroclès, le géographe (Ὁ); Jean Malala, d'Anfioche; Olympiodore, le philosophe (ἢ); Paul le Silentiaire (?); Procope, de Césarée.

Vile siècle après J.-C.

Georges Pisidès, de Psidie (Cilicie); Jean Moschus (ἢ); Paul, d’É-

gine; Jen Philoponus (?}; Théophylacte Simocatta, de Locres.

VIllI® siècle après J.-C.

‘ Saint Jean Damascène, de Damas; saint Nicéphore, de Constantinople ; Georges le Syncelle (?); Théodore Studite et saint Théophane, de Constantinople.

IXe siècle après J.-C.

Léon le Philosophe, de Thessalonique; David Nicétas, le PapAlagonien ; Photius, de Cons/antinople; Michel Psellus l'Ancien, d’Andros. Xe siècle après J.rC.

Léon le Diacre, de Caloë (Asie Mineure), Léon le Sage et son fils Constantin VIT Porphyrogénète, empereurs; Joseph Génésius, dit Joseph de Byzance.

᾿ XIe siècle après J.-C.

Georges Cédrénus (?); Eudocie Macrembolitsa, impératrice; Eustathe Romanus (?); Jean italus (?); Léon, le grammairien (?); Michel Psellus, le jeune, de Constantinople; Jean Scylitzès, d'Asie Mineure ; Suidas (?); Jean et Georges Xiphilin, de Trébizonde.

XIIe siècle après J.-C.

Anne Comnène, de Constantinople ; Eumathe (?); Eustathe, de Constantinople; Eustrate (?); Euthyme Zigabène (?) ; Manassès (?); Nicéphore Bryenne, d’Orestia (Macédoine); Michel et Nicétas Acominates, de Chonès (l'hrggie); Théodore Prodrome (?); Tzetzès, de Cons{anti-

noplai Zonares QD ice après J.-C.

Georges Acropolite, de Cons{antinople; Nicéphore Blemmidas (?) ; Georges le Chypriote; Georges Pachymère, de Nicée. XIVe siècle après J.-C.

Harménopule, de Constantinople; Jean Cantacuzène (?); Nicéphore Calliste (ἢ; Nicéphore Grégoras, d'Héraclés (Asie Mineure); Théo-

INTRODUCTION. ΧΙ

Aurèle, l'empereur Julien préférer au latin la langue grecque pour la défense du polythéisme et pour ses autres écrits.

Mais déjà sur l'horizon politique et littéraire avaient apparu les premières lueurs d'un astre nouveau. La jeune société chrétienne, dédaignant les lettres profanes, à l’exception de la philosophie, dont elle eut mission de combattre les erreurs, posait les premiers monuments de la littérature sacrée, qui deviendra pendant des siècles la seule nourriture intellectuelle du genre humain. La lutte passionnée du nouveau dogme avec les idées païennes va concentrer d’abord presque tout le mouvement littéraire sur le terrain de la polémique. Les œuvres profanes trouveront moins d’échos, mais c’est toujours le génie grec et sa philosophie qui planent sur le champ de bataille. Le platonisme était devenu tellement puissant au troisième siècle, qu'il séduisit plus d’un Père de l'Église naissante. |

L'antiquité est encore de force à résister à l'assaut du christianisme, mais, à mesure que l’empire romain se désagrége, la littérature païenne rentre dans l’ombre pour céder sa place à la littérature sacrée, et

dore Métochite (7); Manuel Philé, d'Éphèse ; Philothée, de Consfantixople; Maxime Planude, de Nicomédie.

XVe siècle après J.-C.

Michel Apostolios, de Constantinople; Bessarion, de Trébizsonde; Laonicos et Démétrius Chalcondyle, d’Afhènes; Manuel Chrysoloras, de Constantinople; Michel Ducas (?); Théodore Gaza, de Thessalonique ; Georges Gémiste Pléthon, de Constantinople; Gennadios Scholarios, de Constantinople; Georges de Trébizonde (né en Crète): Georges Phrantzès, de Constantinople.

᾿ ΧΙ INTRODUCTION

l'heure du triomphe de la Croix sera le signal de son anéantissement rapide.

Tant qu'il fallut combattre le paganisme avec ses propres armes, les écrivains ecclésiastiques étaient obligés d'étudier les écrits de leurs adversaires; mais, une fois l'Olympe terrassé, on se préoccupa d’en proscrire même le souvenir, afin d’ôter aux néophytes, encore chancelants dans la foi, toute velléité d’un retour en arrière, et de supprimer toute pente où la conscience humaine pût glisser.

Et qu'est-ce qui rappelait les temps du polythéisme d’une manière plus grandiose que les monuments religieux élevés en l'honneur des divinités par le génie grec et le génie romain, ou d’une façon plus séduisante que les monuments littéraires de l’antiquité ? On s’acharna donc à démolir les temples, à renverser les statues, dont les débris, modèles d’une beauté sans rivale, font aujourd'hui notre admiration. Quant à l’anéantissement des monuments littéraires, la tâche des chefs de la nouvelle religion était facilitée par l'abaissement du niveau intellectuel de la société et la décadence du goût. Dans cette crojsade farouche disparurent plus particulièrement les trésors de la littérature grecque. Les flambeaux de l'esprit s’éteignirent ; le monde va dès lors marcher dans les ténèbres, n'ayant pour guide que la foi aveugle.

Et cependant le fanatisme religieux n’était qu’à son début, car des prêtres et même des prélats lisaient volontiers les écrits profanes, ce qui afflige saint Jérôme, et ce qui fit prononcer par le concile de Carthage l'interdiction aux évêques de se livrer à la lecture des auteurs païens, leur exemple pouvant avoir de funestes résultats.

INTRODUCTION. ΧΕ

Les letires grecques disparaissent progressivement en Occident, et la translation du siége de l'empire romain à Constantinople hâte leur agonie qui s’achève après la division de ce colosse en deux tronçons également vermoulus.

Le commerce intellectuel cesse de plus en plus entre les Grecs et les Latins, et Ja langue hellénique qui avait trouvé dans Rome une seconde patrie y devient étrangère. Enfin arrive le coup fatal pour la littérature classique : l'établissement des barbares sur les décombres de l’empire d'Occident. Le savoir grec trouve encore un refuge momentané dans l'Italie soumise par le Goth Théodoric. Cassiodore nous atteste qu'il a possédé les manuscrits des œuvres de Dioscoride, d'Hippocrate, de Galien et de Celse, et il nous apprend que Boèce, le dernier des Romains, comme on l’appelle, avait traduit Pythagore le musicien, Ptolémée, l’Arithmétique de Nicomaque, la Géométrie d'Euclide et quelques œuvres de Platon et d’Aristote. Après la mort tragique de Boèce, par ordre de Théodoric (526), les ténèbres s’épaississent. Au contact avec les barbares, les langues mêmes s’altèrent.

Si quelques papes se montrèrent favorables aux lettres, la plupart, dans ces temps de troubles, cherchèrent à calmer la fureur de controverses qui mettait souvent les armes aux mains des chrétiens, et, pour introduire la paix dans l'Église, n'hésitèrent pas à condamner tout ce qui pouvait soulever les esprits. Le pape Grégoire le Grand est même accusé d'avoir contribué à la destruction de plusieurs ouvrages de littérature ancienne, et ses subordonnés se montrèrent dociles à ses recommandations.

XIV INTRODUCTION

Quelques évèques et abbés fondèrent au sixième siècle les premières écoles pour remplacer celles des Romains, mais l'éducation littéraire en était proscrite. L'usage de la langue latine, quoique de plus en plus altérée, empêchait Ha disparition complète de la culture des lettres latines anciennes, iandis que la littérature grecque était devenue pour le monde ecclésiastique un objet d’aversion en raison des hérésies fréquentes dont l'Orient grec était le siège,

Pendant que la connaissance Qe la langue grecque disparaît presque complétement en Occident, que devient la littérature hellénique dans sa propre patrie, dans l'empire grec ?

Depuis sa séparation définitive de l'empire d’Occident (395), Constantinople devint le siége des querelles religieuses et des hérésies qui envahirent tout le champ intellectuel pendant plusieurs siècles. La littérature grecque ancienne trouva peu d’admirateurs et n’eut plus d'influence, car ses grands modèles n'ont inspiré aucun écrivain supérieur.

Bien mieux, les Grecs eux-mêmes détruisaient leurs trésors littéraires, dans l'intérêt de la religion. Alcyomo, sur la foi de Démétrius Chalcondyle, signalant la désastreuse influence des prêtres de Constantinople, dit qu'elle fut cause de la destruction en partie ou en totalité des œuvres de Ménandre, Diphile, Apollodore, Philémon, Alexis, Sapho, Corinne, Anacréon, Mimnerme, Bion, Alcman et Alcée.

Dans l’espace de plus de dix siècles que se prolonge l'empire d'Orient, on ne voit pas un seul auteur grec

INTRODUCTION. XV

qui puisse être comparé aux gloires littéraires de l’antiquité. On ne rencontre que des lexicographes, des commentateurs, des géographes, des médecins, des philosophes compilateurs, et des poëtes et des romanciers qui ne dépassent que de peu le niveau général. L'histoire seule ἃ quelques écrivains de talent.

La décadence littéraire de la Grèce coïncide avec la diminution successive de son importance politique. Au septième siècle surgit soudain une nouvelle puissance qui, comme une avalanche, envahit le vieux monde : ce sont les Arabes. En peu de temps, ils dépouillent les Grecs de leurs possessions en Asie et en Afrique. Alexandrie, ce grand foyer du savoir grec, tombe en leur pouvoir (640). On leur attribue la destruction de la célèbre bibliothèque d'Alexandrie, fondée per les Ptolémées, ce qui est inexact, car la moitié en avait disparu dans les flammes lors de la prise de cette ville par César, et le reste (Serapeum) avait été dispersé ou détruit sous l’empereur Théodose, en 390, avec le temple de Sérapis, à l’instigation du patriarche d'Alexandrie, Théophile. Dans son prosélytisme farouche, il voulut imposer le culte chrétien par le fer et le feu aux Alexandrins idolâtres. Certes, à l’époque de leurs conquêtes, les Arabes, enflammés par leur fanatisme religieux, qui n’admettait qu'un seul livre, ‘le Coran, durent se montrer peu favorables à la littérature chrétienne, mais ils devinrent amis de la science grecque. 1] suffit de citer le calife Haroun-al-Raschid, qui fit traduire plusieurs œuvres de la littérature grecque, l'impulsion qu’il donna permit aux Arabes’ d'occuper un jour le premier rang dans la science. Nous ne devons pas oublier que c'est grâce à eux que l'Occident, au moyen âge, put connaître, quoique in-

XVI INTRODUCTION

directement, les travaux d’Aristote et des médecins grecs, à l’époque où les relations littéraires avec la Grèce étaient interrompues. Mais l’invasion musulmane dans les pays grecs entraîna la suppression successive de la langue des Héllènes, qui ne se maintint que dans la Grèce proprement dite.

La conquête de Constantinople par les Francs en 1204 et la domination française qui s’étendit sur toute la Grèce jusqu’en 1261, auraient pu faire prédominer la langue française en Grèce; la similitude des mœurs et des caractères entre les deux nations avait produit un tel rapprochement que, selon le pape Honorius, la Morée devint bientôt une nouvelle France , et le guerrier historien Ramon Muntaner, rappelant les nombreux mariages entre les princes et chevaliers grecset français, disait que : « {a plus noble chevalerie était la chevalerie de Morée, et qu'on y parlait aussi bien français qu’à Paris. » Mais les troubles de l'Europe firent cesser notre domination, et ne laissèrent subsister chez les Grecs que le sentiment de leur supériorité littéraire et de leur instruction, comparées à celles de leurs vainqueurs. Ce mème sentiment se maintenait chez eux lorsque le dernier des Paléologues expirait sur les remparts de Constantinople, qu'il défendit avec courage.

A partir du quatorzième siècle, de nouveaux mal-heurs fondent sur la Grèce. Les Turcs Ottomans, déjà vainqueurs des Arabes en Asie, s'avancent vers l'Europe et enlèvent successivement des lambeaux du patrimoine grec. Tout ce qui est du domaine de l'intelligence disparaît là où passe la horde asiatique. La langue grecque est menacée dans son existence mème. Le christianisme, si funeste aux œuvres profanes de

INTRODUCTION. XVII

l'antiquité, mais quiavait donné à la littérature grecque une nouvelle période de gloire, grace aux écrits des Pères de l’Église, sauvera la langue grecque, déjà fort altérée, d'un complet anéantissement. Le monde connut l'Évangile par la Jangue grecque; elle se maintint comme langue liturgique dans l’Église orientale, et elle put ainsi être transportée dans l'Occident au moment où toute la Grèce tomba sous le joug musulman. |

L’hellénisme banni du continent Occidental alla se réfugier plus loin dans cette île qui avait échappé à la conquête romaine : l'Irlande.

L'état des lettres y était alors florissant depuis des siècles, grâce au zèle intelligent des Druides qui avaient importé leurs lumières des Gaules. Convertis au christianisme, ils n’en continuaient pas moins à cultiver la littérature ancienne dont l'alliance leur paraissait même indissoluble avec le prosélytisme sacré (1). Le mysticisme qui constituait le fond du caractère irlandais, les rendit enclins aux rêveries philosophiques, ce qui explique leur ardeur pour les doctrines de Platon. L'étude de la langue grecque formait donc * l’une des bases de leur enseignement. Ces tendances, peu compatibles avec l’orthodoxie sévère du continent, étaient favorisées par la position géographique de l'Irlande qui l'avait préservée d’abord des invasions des barbares et la rendait ensuite moins soumise à la vigilance de la cour de Rome.

(1) Beda, Hist. eccles,

XVIII INTRODUCTION

Tout en professant sa prédilection pour la littérature païenne, le clergé irlandais était animé d'un grand zèle apostolique, et c’est dans ses rangs que se sont recrutés les plus ardents propagateurs de la foi chrétienne en Occident.

Dans les dernières années du sixième siècle, un noine austère, Columban, accompagné de douze autres religieux, vint de l'Irlande en France, et y fonda, avec la permission du roi bourguignon Gontran, plusieurs monastères, parmi lesquels l’abbaye de Luxeuil devint plus tard si célèbre. Il alla ensuite porter l'Évangile aux bords du Rhin, en Helvétie et chez les Lombards. L'Église reconnaissante pour son apostolat le rangea au nombre des saints ; la littérature s’honore de posséder en lui le plus grand poëte latin de son temps, et cette gloire, saint Colomban la doit à sa forte éducation littéraire, sur les grands modèles de l'antiquité, grecque surtout, dont les souvenirs se rencontrent tant de fois sous sa plume (1).

Tous les moines qui participèrent à Ja fondation de l’abbaye de Luxeuil devaient savoir le grec; cette science s’effaça graduellement en France au contact du purisme romain, mais encore au onzième siècle on en aperçoit les vestiges dans quelques mots grecs qu'offrent les manuscrits exécutés dans cette abbaye, comme le témoigne un précieux évangéliaire de cette” même époque, œuvre de son abbé Gérard, et qui fait partie de ma collection (2).

(1) Ozanam, Études germaniques. — Hauréau, Singwlarités histor . et Littér.: Ecoles d'Irlande.

(2) Dans ce beau manuscrit sur vélin, de format in-folio, peint et écrit en partie sur pourpre en lettres d'or, on voit une peinture repré-

INTRODUCTION. XIX

Un des compagnons irlandais de saint Colomban, canonisé sous le nom de saint Gall, fonda une autre abbaye également célèbre et qui porte encore aujourd’hui son nom. La langue grecque y était aussi cultivée, mais ses échos s’arrêtaient aux murs du cloître.

Les lettres grecques pénétrèrent de l'Irlande dans la grande île voisine chez les Anglo-Saxons et leur éclat s’augmenta après la venue de Théodore, Grec asiatique, natif de Tarse et élevé à Athènes, envoyé par le pape en 668 en qualité d'archevêque à Canterbury. |

Parmi les écoles épiscopales de cette contrée, écoles où l’on enseignait les sciences sacrées et profanes, et dont les élèves, au témoignage de Bède (1), parlaient le grec aussi facilement que leur langue maternelle, les plus célèbres étaient : celle de Canterbury et celle d’'York. Cette dernière possédait une bibliothèque riche en manuscrits des œuvres de l'antiquité. Alcuin, auquel la garde en fut confiée après 766, énumère ainsi, dans un poème latin, les trésors littéraires qui s’y trouvaient :

« 7οιι ce que la brillante Grèce a transmis aux Latins, « toutes les pluies divines qui apaisent la soif du peuple

sentant l’abbé Gérard, mentionné plusieurs fois comme auc{or codicis hujus. Dans les pièces en vers latins, qui se trouvent dans ce volume, il se dit aussi Luxovii pasior Gerardus lucis amator (ce mot lucis me semble faire allusion à Luxeuil, en latin Lurovium et plusanciennement Lucilorium). Il y est représenté offrant son livre à saint Pierre. Des peintures de la grandeur des pages ornent chaque évangile qu’accompagnent des pièces de vers latins écrits en or sur fond pourpre. Dans celle qui accompagne la représentation du lion de saint Marc, on lit ce vers:

Fit leo lerribilis de terra sèma (σῶμα) levando. (1) Beda, Hist. eccles., 1. TV, c. u.

XX INTRODUCTION

« hébreu, toutes ces lumières resplendissanites dont l’Aa frique a recouvert ses ouvrages, les traités de Jérôme, « d'Augustin, d’Athanase, le livre d’Orose, les enseigne- « ments de Grégoire le Grand, de Léon, la parole éclaa tante de Basile et de Fulgence, Cassiodore, Jean Chry- « sostome, puis les doctrines d’Althelme, de maître Bède, « de Victorin et de Boèce, les anciens historiens, Pompée, a Pline, le pénétrant Aristote, et Cicéron, le grand ora- « teur; enfin les chants de Sédulius, de Juvencus, d’Ala cime, de Clément, de Prosper, de Paulin, d’Arator, de « Fortunat, Lactance, Virgile, Stace, Lucain, Probus, « Phocas, Donat, Priscien, Servius, Euticius, Commi- « nien (4). »

On voit que Platon n'y figure point, car les tendances du clergé anglo-saxon étaient différentes de celles du clergé irlandais.

Poussé par la noble ambition de répandre les lumières dans son empire, c’est à l'Irlande et à l’Angleterre que Charlemagne emprunta des professeurs pour son école palatine, destinée à devenir une pépinière d'hommes instruits dans les sciences et les lettres. Parmi ces professeurs, les plus illustres étaient : l’Anglo-Saxon Alcuin, et le moine irlandais Clément. Familiarisés tous deux avec les littératures de l’antiquité, ils représentaient à la cour impériale deux doctrines diamétralement opposées. Alcuin, orthodoxe autoritaire, s’appuyait sur Aristote ; Clément d'Irlande, son successeur, un peu libre penseur, comme ses compatriotes d'alors, appartenait à l’école néoplatoni-

(1) Poema de Pontif. Ecclesiæ Eboracensis.

INTRODUCTION. XXI

cienne. Cet antagonisme devait profiter à leurs élèves qui acquéraient ainsi une connaissance plus étendue des grands écrivains de la Grèce. Les professeurs irlandais jouissaient même d’une autorité plus grande que leurs compétiteurs auprès de Charlemagne et aussi auprès de ses successeurs. Plus instruits dans la langue grecque que leurs voisins insulaires, c'est à eux qu'on était redevable du peu de culture hellénique qu'il y eut alors en France. On a affirmé que Charlemagne parlait le grec couramment, ce qui paraît douteux. Au dire d’Alcuin, Éginhard était frés-instruit dans les chants d'Homère.

Le plus fort helléniste de cette époque est Jean Scot Érigène, homme d’un génie surprenant, qui cherchait à concilier la théologie chrétienne avec le néoplatonisme d'Alexandrie. Il vint de l'Irlande prendre la direction de l’école palatine à la cour de Charles 16 Chauve. La hardiesse de ses doctrines philosophiques finit par soulever contre lui l'Église latine : il dut se retirer et l’hellénisme irlandais ne trouva plus faveur à la cour. |

La consolidation et l’extension de l’autorité pontificale amenèrent l’abaissement graduel des études purement littéraires, et, au neuvième siècle, la séparation des Églises de l'Orient et de l'Occident eut une influence décisive sur les destinées des études grecques. A partir de cette époque, durant plusieurs siècles, malgré les progrès presque constants de la civilisation, il est rare de rencontrer en Europe quelque homme un peu au courant de la littérature grecque, ou ayant même une faible notion de cette langue. Mais, bien

XXII INTRODUCTION

que l'étude du grec fût tombée dans l'oubli, son influence n’en subsistait pas moins; il semble même qu'on se fit gloire au temps où elle était le plus négligée de paraître savoir ce qu'on ignorait. Ainsi je trouve, dans les manuscrits latins que je possède de Cicéron et autres, des mots grecs tracés en lettres latines, et le mot τέλος se lit souvent écrit à la fin des manuscrits latins (4).

(1) Dans un Évangéliaire du douzième siècle, que je possède, provenant, ce me semble, des bords du Rhin, à en juger par le style des miniatures, la première peinture offre cette disposition :

CXA MAPIA AD ΠΡΩ Ici HPYVM NATU la figure DEP NPM de la UyYPra TPE Vierge. . XATU

(ad proprium natum fer nostrum virgo precitum)

Et au bas le nom de l’abbesse et de la sainte : SVENHHILD ABB—BRIGITA ἡ

au-dessus de deux femmes agenouillées et prosternées aux pieds de la Vierge.

Dans un beau manuscrit des Psaumes de David, faisant partie de ma collection, daté de 1105 et écrit sur vélin (gr. in-fol. à 4 col.), par ordre du célèbre Odon, moine et premier abbé du monastère de Saint-Martin de Tournai, et plus tard évêque de Cambrai, figure :

19 Version latine : gallicum ;

20 Version latine : ronmnanum ;

3° Version latine : hebraicum ;

40 Texte grec écrit en caractères latins, mais conformément à la prononciation d’alors (c’est encore celle d'aujourd'hui chez les Grecs), ea sorte qu’il suffisait de connaitre les caractères latins pour pouvoir

INTRODUCTION. XXITI

L'hellénisme disparaît en Irlande comme dans le reste de l'Occident. Toutefois Aristote y règne en maître, mais ses œuvres n’y sont connues que dans les traductions latines, qui avaient été faites en partie sur l'original par Boëce, et plus particulièrement par les versions arabes exécutées sur des traductions syriaques sous le règne et par les ordres de Haroun- Al-Raschid, contemporain et émule de Charlemagne. Tout le savoir passe dans le domaine exclusif du clergé qui proscrit soigneusement les auteurs profanes, s’il ne les détruit pas. Heureusement:, une autre portion du clergé atténuait, sans s’en douter, cet absurde ostracisme. Les moines bénédictins, conformément à la prescription de leur fondateur, employaient leurs loisirs à copier les manuscrits; et comme saint Benoît, vivant au sixième siècle, époque où la culture de l'an. tiquité littéraire était encore en faveur, ne s'était pas prononcé sur son exclusion, ses disciples reproduisirent indifféremment les auteurs profanes et les auteurs sacrés. [1 sé forma ainsi dans les couvents des collections précieuses d'auteurs grecs et latins, grâce auxquelles il y aura des instruments de travail lorsque sonnera l’heure du réveil.

lire le texte, sans y rien comprendre, οἱ être cependant entendu des Grecs.

Notre Bibliothèque de France possède un Psautier frilingue du neuvième siècle, en hébreu, en latin et en grec ; la version grecque, qui reproduit le texte des Septante, est écrite en lettres latines, et conformément à la prononciation, qui est la moderne.

C'est ainsi que je vois figuré d’une manière bizarre, mais presque conforme à la prononciation, ces deux mots : XEPE TUXI (χαῖρε τύχη), Salut Fortune! que je lis sur mon exemplaire imprimé par notre Ulrich Gering à la fin des Elegantix de Valla, Paris, 1495, et dans quelques autres anciennes impressions.

XXIV INTRODUCTION

L'Hellénisme en Itahe avant Alde Manuce.

Ce signal du réveil, quel est le pays qui aura la gloire de le donner ? Ce sera la terre classique où le passage de deux grandes civilisations a laissé des traces si profondes. Le spectacle des souvenirs vivants de l'antiquité avait frappé de bonne heure l'imagination si vive des [taliens et développé chez eux le sentiment du beau. Leur génie s’inspira dans cette contemplation des monuments des siècles recu- ᾿ és, et la Renaissance commença en Italie par des œuvres d'architecture et de sculpture dès la disparition de la barbarie. Dès lors, elle se mit, avec une ardeur juvénile, à la tête du mouvement intellectuel. Le retour vers la latinité littéraire antique se fit chez elle rapidement, à cause de l’étroite parenté qui l'unissait à la langue italienne. |

Moins soumise à l'influence oppressive du scolasticisme, l'Italie parcourra plus vite que toute autre nation la route qui conduit à l’affranchissement des esprits. Plus en contact avec l'Orient, elle arrivera la première à secouer le joug des préjugés et des

haines religieuses, pour remettre chez elle l'hellénisme en honneur.

I] serait aussi intéressant qu'instructif de retracer en détail la marche progressive des études grecques en Italie depuis la chute de l’Empire romain. Mais on a Jieu d'espérer qu’un helléniste zélé nous donnera le pendant du bel ouvrage de mon savant con-

INTRODUCTION. XXV

frère M. Egger, sur l’Hellénisme en France (1). Je mentionnerai donc sommairement ce qui a été fait sur ce terrain en Italie avant Alde Manuce, afin de faire apprécier les difficultés de ses travaux, l'éclat de son succès, et de dégager, au milieu du mouvement littéraire du seizième siècle, cette personnalité sympathique et grandiose dans sa simplicité.

Les érudits démontrent que la langue grecque n'a pas cessé d’être connue en Italie pendant toute la durée du moyen âge, grâce aux relations commerciales, politiques et religieuses avec la Grèce, et à la possession de quelques-unes de ses provinces ; on trouvera à ce sujet quelques détails plus loin (p. 16 et suivantes). Seulement, il ne faut pas oublier qu'il s’agit ici plus: souvent de la langue parlée, langue vulgaire de Byzance. Quant à l’ancienne langue littéraire, quant à certaines notions de la littérature hellénique, on en citera peu d'exemples pendant le cours du moyen âge, aussi bien en Italie que dans le reste del’Europe.

Il y avait encore en Italie beaucoup de manuscrits grecs échappés à l'œuvre dévastatrice des invasions, mais bien peu d'hommes en état de les déchiffrer et de les comprendre. Au huitième siècle, le Pape Paul [‘"envoya à Pépin le Bref plusieurs nianuscrits grecs, entre autres la Dialectique d’Aristote. Au dixième siècle, le pape Sylvestre IT parle de l'abondance des manuscrits anciens en Italie. Didier, abbé du Mont-Cassin (plus tard pape sous le nom de Victor III), enrichit, au . onzième siècle, la bibliothèque de ce monastère de manuscrits apportés de Constantinople.

(1) L'Académie de Turin a mis au concours le sujet de l’Æellénisme en [lalie. Cet appel n’a pas eu de résultat.

XXVI INTRODUCTION

Mais qui trouve-t-on en fait de savants italiens plus plus ou moins instruits dans la langue et la littérature hellénique ? Après Boëce et Cassiodore (sixième siècle) on ne voit guère que Paerre de Pise et Paul Diacre, collaborateurs de Charlemagne dans l’œuvre de l’instruction publique.

Avec eux finit à peu près la connaissance des lettres grecques en Occident. La théologie, la jurisprudence et la médecine l’emportent sur les œuvres de l’imagination. Les hellénistes que l’on rencontre en Italie à partir du neuvième siècle sont ceux qui vont apprendre le grec à Constantinople, dans le but, on peut dire unique, de servir aux papes d’ambassadeurs pour ra-

‘mener les schismatiques dans le sein de l’Église romaine, ou pour traduire en latin les ouvrages ecclésiastiques. Tels sont * Anastase le Bibliothécaire (neuvième siècle), Jean de Naples (dixième siècle), Domenico Marengo (onzième siècle), Pierre Grossolano, Mosè di Bergamo, Leone 'Eteriano et Burgondio da Pisa (douzième siècle), Bonaccorso da Bologna et Nicolas di Otrante (treizième siècle) et beaucoup d’autres sur lesquels on trouve des mentions insignifiantes éparses dans divers ouvrages (4).

À peine trouve-t-on dans le nombre quelques hittérateurs, tels que : Papias, un lexicographe lombard du onzième siècle, qui cite des passages grecs dans son Dictionnaire, entre autres des vers d’Hésiode ; — Jacobus Clericus, ou Jacobo da Vene-

(1) Voir les details dans Gradenigo, Raggionamentlo istorico-critico ἐπίογηο alla letteratura greco-ilaliana (Brescia, 1759, in-4°); Schæll, Histoire de la littérature grecque profane, 1. VII; et un résumé chronologique dans G. Faure, Mélanges d’histoire littéraire (Genève, 1856, 2 vol. in-80), t. 1, p. 147 et suiv.

INTRODUCTION. | XXVII

σία, Vénitien, qui aurait traduit vers 1128 quelques livres d’Aristote; — Barthélemy de Messine qui traduisit les Morales d’Aristote par ordre de Manfred, roi de Naples, lequel envoya cette traduction à l’université de Paris ; — Jean d'Otrante, qui célébra en vers grecs le siége de Parme par l’empereur Frédéric Il; — Guido dalla Colonna, juge de Messine, qui composa, en 1270, un ouvrage sur la guerre de Troie pour lequel il dut se servir d'Homère, de Darès et de Dictys de Crète.

On a rangé aussi parmi les hellénisfes italiens du moyen âge Constantin l'Africain, né à Carthage, réputé, à tort, le fondateur de l’École de Salerne. Il fit de longs voyages en Asie Mineure et dans l'Inde. Accusé de magie, il s'enfuit en 1060 à Salerne, où il fut accueilli par de duc normand Robert Guiscard, et mourut au Mont-Cassin sous l’habit religieux. 1] traduisit un grand nombre d'ouvrages dé médecine. Tiraboschi assure que, parmi ses versions, 1l y en a qui ont été faites sur les originaux grecs (1). M. Daremberg a démontré que Constantin, qui n’était souvent qu’un plagiaire, fit lui-même très-adroitement accréditer cette conviction, bien que ses traductions ne fussent exécutées que sur des versions arabes.

(1) « Ma che Cosranrine Arnicano recasse in latino molti de’ libri arabici ὁ greci di medicina, e che più opere scrivesse sulla slessa maleria, ce ne fan fede e le tradusioni medesime, delle quali alcune ancor ci rimangono, e le slesse opere che abbiam manoscritle. » T. Ill, p. 349.

En outre, Constantin est cité pour ses versions du grec dansla Bibl græca de Fabricius, t. XIII, p. 123 et suiv.

Voici le titre complet du premier de ses deux recueils imprimés : ConsTANTINI AFRICANI, posi Hippocraiem el Galenum quorum, græcæ σα doclus, sedulus fuit lector, medicarum nulii prorsüs, multis doclissimis lestibus, posthabendi, Opera conquisila; Bâle, 1536, in-fol.

XXVIIL INTRODUCTION.

(Introduction, en tête de l'École de Salerne, trad. franc. ; Paris, 1861, in-8°.)

La véritable Renaissance de l’hellénisme ne commence en Îtaiie qu'avec le quatorzième siècle. Le problème de la conciliation des deux Églises est plus agité que jamais; les empereurs de Constantinople, de plus en plus menacés par les Turcs, tournent leurs yeux du côté de l'Occident, dans l’espoir d'y trouver leur salut. L'Église latine est sensible à ces avances, et, sentant le besoin qu’on avait de négociateurs versés dans Ja connaissance du grec, le concile de Vienne, tenu en 1311, ordonne que cette langue soit enseignée dans plusieurs villes d'Italie. Ce fut, il est vrai, la langue vulgaire,. mais elle préparait à la connaissance de la langue littéraire.

Le goût littéraire de la cour de Provence pénétra dans le midi de l'Italie avec la maison d'Anjou. Le roi Robert ne négligea rien pour propager dans ses États la connaissance des ouvrages grecs ; il fit acheter des manuscrits en tout genre, et en confia la traduction à des savants auxquels on doit des translations latines de quelques légistes et médecins grecs. C'est par ses ordres que Nicozo Ruserto, évêque de Reggio, traduisit les œuvres philosophiques d’Aristote dont le manuscrit est conservé à notre Bibliothèque de France (1).

(1) Il est plus que probabl: que la célèbre édétion d’Homère, cilée souvent à la fin du douzièm: siècle dans les scolies vénitiegnes par l’archevèque de Thessalonique, Eustathe, et connue sous le litre de ἡ Μασσαλιωτιχὴ, n’existail pas alors à Marseille: le roi Robert, dans son amour pour les lettres, en eût fait mention. 1l est probable qu’elle se trouvait alors à Constantinople, où Eustathe put la consulter.

INTRODUCTION. XXIX

. Le bibliothécaire de ce souverain éclairé fut Barlaam, le précurseur de la restauration de l'hellénisme en Îtalie, et le premier maitre de Pétrarque.

J'ai esquissé plus loin dans le cours de l'ouvrage (p. 18-20) les services rendus aux études grecques par Barlaam, et surtout par son élève Léonce Pilate, le protégé de Pétrarque et de Boccace, et qui, dans tout l'Occident, fut le premier professeur public de grec et aussi le premier traducteur d'Homère.

À côté d'eux, on trouve quelques médecins familiarisés avec le grec, tels que Pierre D’ABaNo, le célèbre alchimiste, mort vers 1320, qui étudia à Constantinople et traduisit Expositio problematum d'Aristote (Mantoue, 1475), De medicorum astrologia d'Hippocrate (Venise, 1485) et Tractatus vart de Galien (manuscrit à Saint-Marc à Venise).

Les érudits nous ont conservé les noms de deux contemporains de Léonce Pilate qui auraient pénétré plus avant dans le cœur de la littérature grecque : Ri- NALDO PERSICHELLI, de Crémone, mort en 1370, aurait traduit Pindare en vers latins (1); et le célèbre canoniste Pierre δι Bracco, de Plaisance, traduisit en latin deux harangues de Démosthène et quelques dialogues de Lucien, versions aujourd’hui perdues (2).

Le principal centre du mouvement littéraire en faveur de l’hellénisme en Italie fut, à la fin du quatorzième siècle, la ville de FLorence. L’âme de cette rénovation fut PazLa Srrozzi (1372-1462).

(1) Arisi, Cremona lilerala.

(2) Oudin, Commentarius de script. ecclesiæ, t. III, p. 1220.

XXX INTRODUCTION

Peu porté à briguer des honneurs publics, ne cherchant d'autre satisfaction que les jouissances intellectuelles, n'ayant qu'une ambition, celle d'illustrer sa ville natale par l'éclat des lumières, Strozzi employa ses grandes richesses à propager les lettres. C'est grâce à lui que le célèbre Emmanuel Chrysoloras vint relever à Florence (1396) la chaire de grec délaissée par Léonce Pilate en 1363. Je ne rappellerai pas ici tout ce que l’hellénisme doit à Chrysoloras, son véritable fondateur dans tout l'Occident; je suis entré dans quelques développements à ce sujet au chapitre v, p. 20. |

Palla Strozzi ne borna pas à cette intervention son ardeur pour les lettres grecques; il fit venir de Constantinople un grand nombre de manuscrits grecs : Platon, Plutarque, la Politique d’Aristote, la Cosmographie de Ptolémée, etc., et en fit transcrire d’autres. L'université de Florence, qui le plaça à sa tête, lui doit toute la gloire dont elle jouissait à cette époque. Ces triomphes modestes empêchaient de dormir Cosme de Médicis qui aspirait aussi au titre de Mécène, et, dès qu'il arriva au pouvoir, il s'empressa d'exiler son rival. Strozzi se rendit alors à Padoue; avec l’aide d’Argyropoulos, il y traduisit plusieurs ouvrages grecs.

De l’école de Chrysoloras sortit tout un essaim de jeunes hellénistes qui firent honneur à leur maître ᾿ οἱ à leur patrie. [15 comprirent que, pour étendre avec succès l’enseignement du grec, il fallait d’abord éveiller la curiosité et former le goût du public à la littérature hellénique, et que la voie de la translation était la plus prompte ; ils se mirent donc avec ardeur à traduire en latin les auteurs grecs.

INTRODUCTION. XXX

GuariNt DE VÉRONE, un des meilleurs élèves de Chrysoloras ({) οἱ son successeur dans la chaire de grec à Florence après avoir professé à Venise et à Vérone, traduisit Strabon. sur la demande de Nicolas V. Sa mort, en 4460, l’arrêta, dit-on, au x° livre. Grégoire Tiphernas l’a continué (Rome, vers 1470; Venise, 1472, in-fol.) (2). Guarini traduisit aussi de Plutarque, De l'Éducation des enfants, imprimé s. }. ἢ. d. (vers 1470), et les Vies des hommesillustres (Brescia, 1488).

(1) On trouve dans Bayke ce passage de Naudé sur Guarini de Vé-

rone :

« Boccace, travaillant au rétablissement des bonnes lettres, avança « tellement le progrès d'icelles, que venant à mourir en 1375, il eut « pour suctcessur à celte entreprise un Jean de Ravenne, qui comx mença le premier à ouvrir et rétablir les écoles à Venise, desquelles « sortirent Gasperinus, qui fit de même à Milan, et Guarinus Vero- « nensis,

Qui nisi prostratas relevasset funditus artcs, Priscorum vanus staret labor.

(Jaaus Pannonius, in ejus Paneg.)

« Car ce fut lui, Guérin, à proprement parler, qui commença de « faire valoir l’éloquence et la philosophie, tant par ses voyages à « Constantinople, où il apprit la langue grecque, que par ses préceptes « de rhétorique, versions et autres livres, mais encore plus par le « grand nombre de ses disciples, qui s'épandirent de Ferrare, où il en- « seignait, par toute l’Ilalie.

« Quiconque avait été à Constantinople pour apprendre le grec en « revenait comme en triomphe el passait pour quelque nouveau pro- « dige, témoin ce que dit Joannes Pannonius, évêque’ de Cinq-Églises, « du retour en Europe de ce Guarinus. Veronensis :

Vagus omnis rumor .

Gyinnasia Itallæ centeno murmure complet, Affulsisee virum gemina qui Pallade solus Poileat, et duplicem præsiet sitientibus haustum. ; (Naudé, addit. à l’Hist. de Louis XI, p. 179.)

(2) J'en possède un très-beau manuscrit: on lit à la fin la souscription suivante : Sérabonis liber decimus seplimus οἱ ullimus à Guaκιτο VERONENSI ἐπ lalinam conversus linguam absolulum est anno Christi MCCCCLVI (1456) ferfio idus Julias Ferrarie.

XXXII INTRODUCTION

LéoxarD Bruni, dit l’Arétin, autre élève de Chrysoloras, traduisit Aristote, les Ethica (Strasbourg, vers 4470; Rome, 1473, etc.), quelques harangues d’Eschine, et De la Première querre punique de Polybe (Brescia, 1498).

Un homme auquel l’hellénisme à Florence dut beaucoup, ce fut Niccozo Niccoui(1363-1437), savant disciple de Chrysoloras. Ardent chercheur de manuscrits, 1] les copiait lui-même; et, bien qu'il n’ait rien écrit ni rien traduit du grec, on peut le considérer comme le précurseut de la critique philologique. La sagacité qu'il déploya à corriger les mauvaises leçons des manuscrits est vraiment merveilleuse.

Dans ses recherches il fut secondé par son ancien condisciple , AmBRoise TRavensari, dit le Camaldule (voir p. 22), théologien éminent, très-versé dans la langue grecque, traducteur de Diogène Laërce (Venise, 4475). C’est à Niccoli qu'on est redevable d’un changement radical dans l'éducation de la jeunesse, et le legs qu'il fit de sa collection de huit cents manuscrits fut le point de départ de la fondation à Florence de la bibliothèque Marcienne.

OcxiBcoxo pa Loxico (Omnibono Leoniceno), autre ” élève de Chr-soloras, et ensuite professeur de belleslettres à Venise, traduisit quelques fables d’Ésope et le traité de Xénophon sur la Chasse; ces versions sont inédites. Son parent et disciple, NicoLas LEONICENO (1428-1524), médecin d'une grande autorité et dont il est plusieurs fois question dans cet ouvrage, ne se borna pas à la traduction d'ouvrages de sa spécialité, tels qu’une partie de Galien, les Animaux d’Aristote ;

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