‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 2 sur 103 · INTRODUCTION. XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIII

il traduisit aussi l'Histoire de Dion Cassius et les Dialogues de Lucien; rien de tout cela ne fut publié.

JAcQUES D’ANGELO, aussi élève de Chrysoloras, traduisit plusieurs biographies de Plutarque, demeurées inédites, et la Cosmographie de Ptolémée (Bologne, 14727; Vicence, 1475 ; Rome, 1478; Ulm, 1482).

Une place considérable dans l’histoire de la Renaissance des lettres appartient au Florentin GIANNozzo Manerri (1396-1459), qui dans sa jeunesse suivit probablement le cours de grec de Chrysoloras. Ardent pour l'étude, opiniâtre das le travail, il devint un des plus forts héllénistes de son temps, et l’un des plus savants dans l’acception générale du mot, au point que Tiraboschi n'hésite pas à affirmer qu’on trouverait peu d’égaux à Manetti dans l’histoire de tous les siècles. Persécuté dans sa patrie, il se réfugia à Rome, où le pape Nicolas V, cet illustre collectionneur de manuscrits, le fit son secrétaire. Il ne pouvait choisir mieux, car Manetti était aussi un bibliophile infatigable, qui parvint à réunir une bibliothèque fort remarquable dans l'intention de la rendre publique, mais elle fut dispersée après sa mort. On ne connaît de lui aucune traduction personnelle d'un auteur grec, bien qu'il ait dù prêter l’appui de son grand savoir aux traducteurs employés par Alphonse le Grand, roi de Naples.

Un autre bibliothécaire de Nicolas V, JEAN ToRTELLI d'Arezzo, ami de L. Valla, a traduit quelques vies de Plutarque (dans l'édition de Rome, 4470, in-fol.).

Il n’est pas permis d'omettre P1ERRE-PAUL VERGERIO, l’ancien, né vers 1339, mort en 1420. Il avait commencé

à apprendre le grec dans un âge avancé, à Florence, δ

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probablement sous Chrysoloras, et il eut l'honneur d’ètre le premier traducteur d’un livre grec au temps de la Renaissance. Attaché au service de l’empereur Sigismond, il fit, par son ordre, après 1440, une version d’Arrien, dans un latin pur et élégant. Elle ne fut jamais imprimée, et les manuscrits en sont rares au point que Hallam dit qu’il en existe « un, dit-on, dans la bibliothèque du Vatican, » mais, ajoute-t-il, « elle est fort peu connue. » J’éprouve un certain plaisir à faire savoir que j'en possède un superbe manuscrit sur vélin exécuté en Italie au quinzième siècle.

Un des plus grands hellénistes italiens est aussi CarLo Marsuppini, dit l’Arétin, né à Arezzo (vers 1399- 1453). On lui doit une traduction en vers hexamètres de la Batrachomyomachie (s. 1. n. d., in-&; Parme, 1492; Modène, 1498, etc.), et la version du Dialogue de Lucien De la Vertu (5. 1. n. d.).

Je ne parlerai pas ici de FRANÇoIs PHILELPHE, qui eut un rôle considérable dans les lettres; je renvoie le lecteur à la p. 23 de cet ouvrage.

Son antagoniste Poccio, qui se consacra plus spécialement à la littérature latine, laissa une traduction de Diodore de Sicile (Bologne, 1472; Venise, 1476 et 1481, etc.).

JEAN AuisPpa, Sicilien, enseigna aussi le grec à Florence (voyez p. 22 de cet ouvrage).

L’avénement des Médicis au gouvernement de la république florentine donna aux lettres un nouvel éclat. Cosme de Médicis (1434-1464), émule de Palla Strozzi, cet ardent protecteur de l’hellénisme, suivit son exemple généreux. On l'a surnommé le Péri-

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clès de Florence. 11 accueillit avec faveur JEAN Ar- GYROPULOS, qui vint de Constantinople en 1434, et le donna pour professeur de grec à son fils et à son neveu. Argyropulos fit une traduction fidèle de la Morale et de la Politique d’Aristote, qui ne fut publiée qu'après sa mort (1473), à Florence en 1487, avec des commentaires de l’un de ses élèves, Donaro Acciaσοι (4428-1478), ancien gonfalonier de la République, traducteur lui-même de plusieurs vies de Plutarque publiées à Florence en 1478. Argyropulos professa le grec à Florence et passa en 1470 à Rome, où il fit un cours de littérature grecque.

Un autre élève d’Argyropulos, ALamanno Rinuconi, Florentin (1420-1504), publia une traduction de Plutarque, Des Vertus des femmes (Brescia, 1485), et traduisit, de Philostrate, la Vie d’Apollonius de Tyane (5. I. n. d.).

Dans les premières années du règne de Cosme de Médicis, le célèbre néo-platonicien Gémiste Pléthon vint, à l’occasion du prochain concile, séjourner à Florence où il expliqua Platon en 1438. Le grand poëte italien Leopardi, qui fut en même temps un helléniste remarquable, appelle Pléthon «un des génies les plus vastes et les plus distingués de son temps ». Par ses travaux et par ceux que provoquèrent ses doctrines, il eut en effet une influence puissante sur le progrès de l’hellénisme dans l'Italie, qui commença à mieux connaître les œuvres de deux grands philosophes de l'antiquité : celles de Platon et celles d’Aristote. Cosme s’enthousiasma pour les théories platoniques sur la théologie naturelle, et résolut de fonder une Académie spéciale à l'effet de

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propager ces doctrines. Un jeune homme, doué d'une vive intelligence, fut choisi pour devenir un jour le chef de cette propagande : ce fut MansiLe Ficix. A l’âge de vingt-trois ans (1456), il commença à apprendre le grec, à ce qu'on prétend, de Barthélemy de’ Sacchi, dit Platina. Il débuta par une traduction de Mercure Trismégiste, De la Puissance et de la sagesse de Dieu (Trévise, 1471; Ferrare, 1472; Venise, 1481, 1483, 1491, 1493), qui, on le voit, eutun grand succès. Dès 1453, il traduisit en latin les œuvres de Platon, qui ne furent publiées qu’en 1483-84 à Florence; les œuvres de Plotin parurent ensuite (Florence, 14494).

Simultanément avec Florence, un autre foyer d'activité littéraire surgit en Italie : ce fut Naples. Depuis 1416, le royaume de Naples vivait heureux sous le gouvernement sage et éclairé d’Alphonse V d'Aragon. Ce prince, très-instruit, attira à sa cour un grand nombre de savants; souverain magnanime, 1] fut le bienfaiteur de ses sujets : aussi la postérité s'empressat-elle de consacrer son mérite en lui attribuant le nom de Grand. I] fit d'immenses sacrifices pour la culture des lettres, et, en prenant l'illustre Manetti pour son secrétaire, il l’assura qu'il partagerait son dernier morceau de pain avec. lui. Une partie de sa belle bibhothèque fut transportée à Paris après la conquête de Naples par Charles VIII; on trouve encore à notre Bibliothèque de France de beaux manuscrits de cette provenance, avec les armes de Naples ou autres sur les plats de la reliure. Le roi Alphonse avait pris pour emblème un livre ouvert.

LauRExT VaLLa, Romain de naissance (1406-1457),

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