‹ Alde Manuce et l'hellénisme à VeniseChapitre 38 sur 103 · Racemationes, publiées par Gruter dans sa Lampas critica · texte numérisé non relu

Racemationes, publiées par Gruter dans sa Lampas critica

6. Une préface dans l'édition originale d’Arrien ; Venise, Zanetti, 1535, in-8.

Il était en rapports étroits avec Érasme et Bilibalde Pirckheimer.

ÉRasME (Didier ou Désiré), de Rotterdam.

Né à Rotterdam en 1467, mort à Bâle en 1536.

Il fit imprimer chez Alde sa traduction de deux tragédies d'Euripide (1507) et les Adages (1508) ; 1] concourut aussi à la révision des textes des auteurs latins. Une grande amitié lia d’abord ces deux esprits d'élite : Alde donne dans ses préfaces le titre d’'anez très-cher à Érasme qui, à son tour, lui consacre. dans ses Adages un éloge aussi grand que mérité. Plus tard cette liaison affectueuse subit de graves atteintes, et Érasme manqua d'équité à l'égard d’Alde (voir plus haut, p. 414-415 et 419).

ForrTIGuERRI O4 FoRTIGUERRA (Scipion), nom grécisé en celui de CARTÉROMACHOS.

Né à Pistoie le 4 février 1466, mort à Florence le 16 octobre 1515 (1). Élève d’Ange Politien et professeur du cardinal Jules de Médicis.

L'un des principaux promoteurs de l’Académie d’Alde, il en fut l’un des premiers fondateurs et Je Président de la classe des Lecteurs. Π en rédigea en grec les statuts qui furent publiés pour la première fois par Ciampi, dans les Memorie di Scipione Carteromaco (Pisa, 1811, in-8).

Avant d'entrer dans l'académie Aldine, où il prit le nom grécisé de Cartéromachos, il était déjà en rapport avec Alde, car dans plusieurs ouvrages publiés par ce dernier, comme l’Organon d'Aristote, le Thesaurus, etc., on trouve des Epigrammata de Cartéromachos.

Sa passion pour les études grecques était sans bornes. C’est lui qui prépara en entier l'édition de Démosthène, donnée par Alde. |

Érasme a vanté son grand mérite et son extrême modestie, dans sa lettre (p. 788), datée de Bâle, mars 1524 :

« Bononiæ primum contigit videre Scipionem Car- « teromachum reconditæ et absolutæ eruditionis ho- « minem, sed usque adeo alienum ab ostentatione, ut, « ni provocasset, jurares esse litterarum ignarum. « Cum eo post Romæ fuit propior familiaritas, et de- « cessit haud multo major annis quadraginta duobus. »

(1) Et non pas né en 1467 et mort en 1513, comme dit M. Schück dans son : Aldus Manutius und seine Zeilgenossen ; Berlin, 1862, in-8.

Son célèbre discours : Oratio de laudibus litterarum græcarum, publié plusieurs fois, figure en tête du Thesaurus linquæ græcæ de H. Estienne.

° ForriquerrA (Michel).

Je ne trouve aucun renseignement sur sa collaboration aux travaux d’Alde.

GaBRiELLI (Angelo).

Sénateur vénitien. Il se rendit à Messine, avec Pierre Bembo, le futur cardinal, pour apprendre le grec de Constantin Lascaris. Alde lui dédia sa troisième édition de la Grammaire de Lascaris, de 1512.

Gioconpo (Jean), en latin Jucunous.

Né à Vérone vers 1435 selon les uns, et vers 1450 selon d’autres, mort à Rome, après 1514. Ses connaissances ‘étaient vastes : il excellait dans l'architecture, la science des antiquités, les langues anciennes, l’agriculture et la botanique.

ἢ se rendit célèbre par ses constructions des ponts et des édifices, ce qui le fit appeler à Paris, en 1499, par Louis XII, en qualité d'architecte royal. Là, il francisa son nom et s’appela Joyeux. Tout en dirigeant la construction du pont Notre-Dame et de celui de l’Hôtel-Dieu, il mit à profit son séjour pour rechercher en France de vieux manuscrits. C’est ainsi qu'il trouva un manuscrit complet des Lettres de Pline et de Julius Obsequens qu’Alde publia tous deux en 1508,

de même qu’un Salluste qui a servi pour l'édition aldine de 1509. Devenu dès lors un collaborateur actif d’Alde, il publia en 1513 une édition des Commentaires de César, revue par lui sur un grand nombre de manuscrits, et enrichie des figures qu'il dessina lui-même et qui sont gravées sur bois; celle du fameux pont sur le Rhin y est représentée pour la première fois. Une grande partie inédite de VNontus Marcellus fut publiée par ses soins chez Alde quelques mois plus tard. L'année suivante, 1] donna une édition des Agronomes latins qu’il dédia au pape Léon X (voir son épître plus haut, p. 371). On croit qu'il était entré dans les ordres, d’où lui venait son nom de Fra Giocondo, sous lequel 1] est généralement désigné. 1] mourut trèsâgé. (Voir encore sur lui plus haut, p. 373.)

Giupeco (Wicolas).

Vénitien.

GRÉGOROPOULOS (Jean), ou JeAN DE Crère [Joannes Cretensis ; Giovanni Cretese|.

Né en Crète. Correcteur de l'imprimerie d’Alde et beau-frère de Musurus. Il resta quelque temps en Crète auprès de son père Georges, ainsi que j'ai pu le constater par sa correspondance inédite. Peut-être s’employa-t-l, comme son père et son frère Manuel, à la transcription des manuscrits.

- D'après une autre lettre (dont Renouard a donné un fac-simile dans ses Annales), adressée par Marc Musurus à son beau-frère, lettre écrite de Carpi et

datée du 20° jour de Boédromion (20 septembre), sans indication de l’année (probablement vers 1488), il lui dit: « Mais afin que nous soyons bien informés de ce « qui te concerne, vois donc à dérober aux pénibles « travaux de l'imprimerie le temps nécessaire pour « pouvoir écrire une lettre ; et d’abord fais-moi savoir « si tu as reçu des nouvelles de notre père, et si quel- « qu'un de notre connaissance est venu de Crète à « Venise; et en troisième lieu, si quelque ouvrage im- « portant est maintenant sous presse, et si le Diacre (1), « l’instituteur de notre enfance, est encore à Venise, « ou s’il a eu le bon esprit de revenir au pays... »

Lascaris (Jean), dit Rhyndacenus.

Né à Rhyndacus, bourgade de Phrygie, vers 1445, mort à Rome en 1535. Il était issu, de même que son parent, le célèbre Constantin Lascaris, de la famille impériale du même nom. Réfugié en Italie, jeune encore, il fut conduit à Venise auprès du cardinal Bessarion, qui l’envoya à ses frais étudier le latin à Padoue. Après la mort de son protecteur, en 1472, il trouva à Florence un refuge à la cour de Laurent de Médicis, qui l’envoya deux fois en Orient à la recherche des manuscrits grecs, dont il rapporta un grand nombre, provenant surtout du mont Athos. Après la mort de Laurent de Médicis (1492), et l'expulsion de Pierre (1494), il s’attacha à la personne du roi de France Charles VIII. Louis XII l’envoya à Venise en

(1) Ce diacre est probablement le diacre Décadyos, éditeur de la Galeomgomachia.

qualité d'ambassadeur, en 1503 et en 1505. En 1508, il fut appelé par Léon X à Rome pour diriger un gymnase grec, où dix jeunes gens nobles, que Musurus fit venir de la Grèce, devaient recevoir une forte instruction hellénique. Il fut nommé en même temps directeur de l’imprimerie grecque fondée par le pape. Sur les instances de François [°’, il se rendit à Paris, et forma avec Budé la bibliothèque de Fontainebleau. Le roi de France, voulant établir à Paris une école grecque, à l'exemple de celle de Rome, l’envoya à cet effet en 1520 à Venise; mais le projet ne fut pas réalisé. Rappelé à Rome par Paul IT, 1} y mourut presque nonagénaire. -

Lascaris contribua puissamment à propager l’hellénisme en Occident. Pendant son séjour en France, il donnait des leçons de grec et eut pour élèves le célèbre Budé, Charles Estienne, etc. 1] enseigna aussi le grec à Venise, à Florence et à Rome.

Jean Lascaris ne laissa, en fait d'œuvres originales, que des épigrammes, des lettres et des discours, mais son nom reste attaché à. plusieurs publications importantes. En 1494, il publia à Florence, chez Alopa, la première édition de l’Anthologie grecque de Planude (voir plus haut, p. 44), en lettres grecques majuscules, qu’il remit en usage d’après les médailles et les antiques inscriptions. Ce livre fut dédié à Pierre de Médicis. Lascaris publia successivement chez le même éditeur et avec les mêmes caractères lapidaires quatre autres volumes grecs : les Hymnes de Callimaque, avec des scolies grecques de Eascaris; — Gnome monostichæ, suivies du poëme de Musée; — quatre tragédies d'Euripide; — et les Argonautiques d’Apollonius Rhodius.

En 1502, Alde Jui dédia son édition de Sophocle (voir p. 212), à laquelle Lascaris avait donné ses soins. Les commentaires rédigés par Lascaris et annoncés sur le titre de cette édition ne furent imprimés qu’en 1518, à Rome, à l'imprimerie grecque fondée par Léon X.

C'est grâce aux manuscrits rapportés par Lascans qu'Alde a pu donner ses belles éditions des Rhetores græci, en 1508, et des Oratores græci en 1513: c’est ce qu’Alde s’empresse de constater dans ses épitres dédicatoires. Dans celle des Rhetores, adressée à Lascaris, Alde lui prodigue ses félicitations et compliments, et se plaît à faire connaître en détail les grands services rendus aux lettres par Lascaris (voir plus haut, p. 312).

Voici l’épitaphe de Lascaris composée pour être mise sur son tombeau (4) :

Λάσχαρις ἀλλοδαπῇ yain ἐπικάτθετο, yainv Οὔτε λίην ξείνην, ὦ ξένε, μεμφόμενος.

[Ce n'est pas sur la terre où il est né que Lascaris repose ici; et pourtant, ὁ étranger, elle ne lui fut pas totalement étrangère; il ne s’en plaint donc pas, puisqu'elle lui fut douce et bienfaisante ; mais . il s’afflige que la patrie n'ait pu creuser pour les Grecs une tombe sur un sol qui ne fût pas esclave.|

C'est animé des mêmes sentiments pour la France,

où 1] reçut une honorable hospitalité, que Coray, mon respectable maître et ami, composa cette épitaphe :

(1) À Rome, dans l’église de Sainte-Agathe.

[Ci-git Adamantios Coray de Chios; à Paris, en terre étrangère, mais à Jui non moins chère que celle où il naquit.]|

Linacre {Linacer| (Thomas).

Né vers 1460 à Cantorbéry, mort en 1524 à Londres. Il étudia à Florence le latin sous Ange Politien, et le grec sous Démétrius Chalcondylas. Adonné ensuite à l’étude des sciences naturelles et de la médecine, il entreprit, avec ses condisciples Guillaume Grocyn et Guillaume Latimer , une traduction latine des œuvres d’Aristote, tâche qui resta inachevée.

Pendant son séjour en Italie, il se lia d'amitié avec Alde et l’aida dans ses travaux. C’est ainsi qu'il eut sa part de mérite à la publication des œuvres originales d’Aristote. Sa version latine de la Sphère de Proclus fut imprimée par Alde dans le recueil des Astronomiques (1499).

Linacer eut la gloire de fonder la première chaire de langue grecque en Angleterre, à l’université d’Oxford. Un des plus forts hellénistes du seizième siècle, il contribua puissamment à la propagation des études grecques dans sa patrie.

Lucques (Jean de).

Médecin.

ήθο APPENDICE.

Mexoccuio (Jéréme), dit JÉRÔME De Lucques.

Médecin. Figure parmi les fondateurs de l’académie Aldine.

Mouino où Mount (Marc).

Fils de Luigi, procureur de Saint-Marc. Egnazio lui dédia l'édition de Cicéron, publiée chez d’Asola en 1517, et, en échange, Molini fit paraître à Venise, en 1554, l'ouvrage posthume d’Egnazio : de Eremplis virorum tllustrium venetæ civitatis.

Musurus (Marc).

Né à Retimo, en Crète, vers 1470, mort en 1547 à Rome. Son père, Georges Musurus, aurait été un riche commerçant. Marc vint seul de bonne heure en Italie, et apprit le latin de Jean Lascaris, auquel il témoigna sa reconnaissance dans la pièce de vers grecs qu'on lit en tête de son édition de Platon de 1513.

Musurus fit des progrès fort brillants et la renommée de son savoir se propagea rapidement. Le prince Alberto Pio de’ Carpi l’attira chez lui, et Musurus, plus jaune que son protecteur, succéda auprès de lui à Alde Manuce, en qualité de professenr et de compagnon d’études, sans doute vers 1490. C’est peut-être à Carpi même qu'il fit connaissance d’Alde auquel il .voua une amitié qui ne s’est jamais refroidie.

Musurus devint dans la suite l’un des collaborateurs les ‘plus célèbres et les plus utiles d’Alde, et cette collaboration date même de la fondation de l’im-

ACADÉMIE ALDINE. όθι

primerie Aldine. Le poëme de Musée, considéré comme le premier livre sorti deses presses, parut avec * une version latine de Musurus. A la fin de la préface du Dictionarium græcum publié par Alde en 1497, se trouve un quatrain en grec fait par Musurus en l'honneur de son ami. L'année suivante, parut chez Alde l’édition originale d’Aristophane, avec des scolies de Musurus qui y ajouta aussi une élégante préface en grec (voir plus haut, p. 107-110). En 1499, il fit paraître chez Alde l'important recueil des Épistolographes grecs, et chez Calliergi la première édition de l’'Etymologicon magnum, livre superbe, sur lequel je donne d’'amples détails plus loin, p. 536 et suiv. Cette même année 1499, nous le voyons de passage à Ferrare, d'où ilécrit à son beau-frère Jean Grégoropoulos, correcteur chez Alde.

Musurus fut l’un des promoteurs de l’académie Aldine, ainsi que son élève le prince de Carpi, ce qu’Alde rappelle dans son épître dédicatoire à Musurus en tête de l’édition de Stace (1502). «Tu vins, dit-il, dans notre « Académie, en compagnie de notre prince Albert de « Carpi, la gloire des philosophes d'aujourd'hui; tu « lui enseignais alors les lettres grecques, dans les « heures où il se reposait de la lecture des livres « théologiques. » (Voir plus haut, p. 214.)

Déjà en 1502, et non pas seulement depuis 1503, comme on le dit, Musurus enseignait les belles-lettres à Padoue, ce qui résulte de l’épître dédicatoire d’Alde dans son édition de Sophocle (voir plus haut, p. 212). Ses leçons eurent un grand succès. Érasme comptait au nombre de ses auditeurs, et il rapporte que Raphaël Regio, professeur de belles-lettres à Padoue, âgé de soixante-dix ans, ne manquait pas, même par les froids

les plus rigoureux, de se rendre, dès sept heures du matin, au cours de langue et littérature grecque professé par Musurus (1).

Sa réputation grandissait rapidement, et le sénat de Venise, sur les instances de son grand chancelier, François Faseolo, personnage éminent, offrit à Musurus la chaire des belles-lettres. Au témoignage d’Alde, « on accourait à Venise, cette autre Athènes, pour « entendre Marc Musurus, l’homme de ce siècle le « plus érudit. » Les hommes les plus distingués suivaient ses cours, et Je trouve, dans les poésies d'Antoine de Baïf, ces vers qui nous apprennent que son père, Lazare de Baïf, alors ambassadeur du roi de France à Venise, était l’un des plus assidus de ses auditeurs :

Ce mien père, Angevin, gentilhome de race,

L’un des premiers François qui les Muses embrasse, D'ignorance ennemi, désireux de sçavoir,

Passant torens et mons, jusqu’à Rome alla voir Musure, Candiot, qu'il ouit, pour aprendre

Le Grec des vieux auteurs, et pour docte s’y rendre ; Où si bien travailla, que dedans quelques ans

Il se fit admirer, et des plus sufisans.

(Épitre au Roi, en tête du Livre des Météores.)

-Les rapports littéraires entre Musurus et Alde devinrent plus étroits, en raison du séjour commun dans une même ville. C’est sur le conseil de son ami qu’Alde réimprima en 1512 la Grammaire grecque de

* (1) « Patavii vidi Raphaelem Regium. Eral Lum, ut opinor, non minor annis Lxx, et tamen nulla fuit hiems tam aspera, quin ille mane hora septima adiret M. Musurum græce profilentem, qui toto anno vix qualuor intermittebat dies, quin publice profiterelur : juvenes hiemis rigorem ferre non polerant, îllum senem nec pudor nec hiems abigebat ab auditorio. » £yislola ad Jodocum Gaverum.

Chrysoloras (ÆErotemata), à l'usage des studieux. Mais une des gioires de Musurus est d’avoir attaché son nom à la publication de l’édition originale des œuvres de Platon (1513), dont il a revu et collationné le texte sur les plus anciens manuscrits. En tête de cette édition, Musurus a mis un poëme en grec, adressé au pape Léon X : c’est la plus importante de ses œuvres originales (voir plus haut, p. 352-355), que Paul Jove déclare comparable aux plus belles poésies de l’antiquité grecque.

Depuis, Musurus donna ses soins à presque tous les livres grecs publiés par Alde, tels que : Pindare (4513), Alexandre d’'Aphrodisias (1513), Hésychius (1514), Athénée (1514) ; et ces éditions témoignent de son esprit critique, à la fois hardi et prudent.

C'est aussi Musurus qui fut chargé par Alde mourant de publier sa Grammaire grecque, qui ne parut qu’en novembre 1514, avec une éloquente préface adressée par Musurus au célèbre bibliophile Jean Grolier (voir plus haut, p. 407).

En 1515, nous le voyons publier chez Ph. Junte à Florence, in-8, la première édition d'Oppien que François d’Asola s’est permis de critiquer un peu légérement.

En avril 1506, sortirent des presses des successeurs d’Alde les Oraisons grecques de Grégoire de Nazianze avec une préface de Musurus qui nous apprend que depuis treize ans (1503) il exerçait, par ordre du sénat de Venise, en quelque sorte les fonctions de censeur des livres grecs, chargé de veiller à ce qu'il ne s'y trouvât rien de contraire à la religion (4).

(1) « Jam pridem ἃ me cautum est, ut e publica græcarum littera-

δή APPENDICE.

En juillet 1516, paraît chez André d’Asola la première édition de Pausanias, préparée par Musurus et accompagnée d’une préface de lui.

La même année, il fut appelé à Rome, et l’année suivante le pape le nomma archevêque de Monembasie, après le décès de Manilius Rhalla (février 1517). Mais il paraît que son ambition visait plus haut et qu’il reprocha à Léon X de n'avoir encore élevé aucun Grec au cardinalat. 1] mourut d’hydropisie en automne de 1517, sans avoir pris possession de son siége archiépiscopal ; son corps a été enseveli à Rome dans l’église de Sainte-Marie de la Paix.

Un an avant sa mort, Musurus traduisit du grec le traité de Podagra, d'un auteur inconnu; cette version a été imprimée par H. Estienne dans ses Medicæ artis principes (1567).

Ses talents furent l’objet des éloges universels. Érasme s’étonnait de la pureté de sa latinité (4), et voici le jugement de Beatus Rhenanus : « Rien dans « les auteurs grecs ne pouvait échapper à la sagacité « de Musurus, ce véritable représentant des Muses. I] « avait tout lu ; tout ce qui concerne les mœurs et les « coutumes des anciens lui était familier. Sa grande « piété rendait encore plus respectable cette immense « érudition (2).»

ram officina, cui, liberalitate beneficioque Veneti senatus, tredecim iam annis præsidemus, prodeant non qui sapienliam insipientem insolentes ostentent, nec qui ex impietale venditent ingenium..….. »

(1) « Latinæ lingaæ usque ad miraculum doctus, quod vix ulli Græco contigit præter Theodorum Gazam et Joannem Lascarem. »

(2) « Nihil in græcis auctoribus erat Lam reconditum quod non aperiret, nec tam involatum quod non expediret Musurus, vere Musarum custos et antistes. Omnia legerat, excusserat omnia. Schemata locutionum, fabulas, historias, ritus veteres ad unguem callebat. Hanc tam

NAvVAGERO (André).

.Né à Venise en 1483, mort à Blois en 1529. 11 étudia d’abord sous Coccio Sabellico à Venise et ensuite à Padoue sous Marc Musurus et Pierre Pomponace. Ses goûts le portèrent plus particulièrement aux études latines. Malgré son grand talent d'écrivain et d’orateur, il fut longtemps pauvre. Sa collaboration aux travaux d’Alde ne data que depuis 1514. C'est cette année que parurent Quintilien et Virgile dont ie texte a été revu par Navagero, aidé par Ramusio, son futur gendre. En 1516, peu avant la mort d’Alde, parut une nouvelle édition de Lucrèce, soignée par Navagero et bien supérieure à la précédente.

Il succéda à Sabellico dans les fonctions de bibliothécaire de Saint-Marc (Biblioteca Nicena) et d'historiographe de la république. Le Conseil des Dix le nomma en même temps censeur des livres, par décret du 30 janvier 4515 (1516 n. st.) (1).

Il ne continua pas moins ses services littéraires à André d’Asola. Il revit et annota le texte d’Ovide pour l'édition de 1547 (n. st.), et celui de Térence de 1517. Il édita aussi les Orationes de Cicéron (1519) et fit précéder chacun des trois volumes d’une épitre dédicatoire, dont le style, selon Ginguené, est digne de Cicéron même. Ces épîtres sont adressées la première à Léon X, la seconde au cardinal P. Bembo, la troi-

consummatam erudilionem eliam insignis pietas commendabat, dum patrem græculum jam grandævum amanter seduloque fovet. » (Epistola ad Carolum V Imp. De vila Erasmi.) (1) Voir le texte de ce curieux décret dans Archivio Venelo, 1. 111, p. 256 ; Venise, 1872.

sième à Sadolet, évêque de Carpentras. L’Horace de 1519 a aussi été revu par Navagero. Dans ce travail 1l fit preuve d’un esprit critique et d’une grande sagacité.

En reconnaissance de cette collaboration, François d’Asola lui dédia son édition de Tite-Live de 1548.

En 1523, Navagero quitta ses fonctions à Venise pour entrer dans la carrière diplomatique qui ne finit qu'avec sa mort. Nommé ambassadeur de Venise auprès de Charles-Quint, 1] eut la gloire, pendant son séjour en Espagne, d'exercer une grande influence sur les destinées de la poésie espagnole : c'est grâce à ses conseils que Boscan et Garcilaso introduisirent dans la poésie castillane le sonnet et autres formes de versification de la poésie italienne.

Venu ensuite en ambassade en France, il y mourût âgé seulement de quarante-six ans. François [5 lui fit faire de magnifiques funérailles.

Ses harangues sont des modèles du style oratoire. Il excella aussi dans la poésie latine : ses Carmina sont des chefs-d'œuvre. Admirateur de Catulle, il condamnait Martial et se donna le plaisir puéril de brûler tous les ans un exemplaire de ce poëte en l’honneur de Catulle.

Le sénat de Venise accorda, en 1529 (1530 n. st.), à son frère, Barthélemy Navagero, le privilége exclusif pour la publication des œuvres du défunt.

RaAuBERTI (Benedetto).

Né à Venise. Il fut bibliothécaire de Saint-Marc et un des premiers précepteurs de Paul Manuce, qui plus lard imprima, sous le voile d’anonyme, le Voyage en Turquie, écrit fort intéressant et peu connu, dû à

NRamberti (Libri tre delle cose de’ Turchi ; Vinegia, 1539, in-8). Paul Manuce lui dédia aussi son édition de Ciceronis Officia (1541) et lui témoigna des sentiments de reconnaissance dans l’épitre dédicatoire.

Raausio où Rannusio (Gtambattista où Zuane Batista).

Né à Trévise le 20 juin 4485, mort à Padoue le 40 juillet 4557. Sa famille était originaire de Rimini. Son aïeul vint à Venise en 1458 et y acquit le titre de citoyen. Le père de Zuane remplissait à Padoue les fonctions .de Gtudice contro ὃ maleficii. Jeune encore, Zuane s’acquitta brillamment de plusieurs missions diplomatiques et devint secrétaire du Conseil des Dix. Il s’adonna plus particulièrement à la cosmographie et publia en italien un recueil précieux de voyages, traduits des langues étrangères et annotés par lui. Sa maison tenait lieu d'une école de cosmographie que fréquentaient les plus célèbres personnages de l’époque, parmi lesquels se trouvait Alde et André Navagero dont Ramusio épousa la fille en 1524. Il eut part à la révision du texte de Quintilien, donné en 1514 par Alde qui le dédia aussi à Ramusio. François d’Asola lui adressa l’épître dédicatoire du second volume de son édition de Tite-Live (1519), et Macrobe, du même éditeur, a été dédié à Ramusio par Donati de Vérone.

M. Baschet a écrit une notice très-intéressante sur Ramusio et sur son fils Paolo, qui fit une traduction latine de la Chronique de notre maréchal de Champagne, Geoffroy de Villehardouin:

Ruosos ou Rosos (Jean).

Prêtre originaire de Crète. Son habileté comme calligraphe lui valut d’être attaché par Alde à son Académie en qualité de scribe (voir page 150, note). 1] était employé, pour copier des manuscrits, par les plus grands personnages du temps, tels que le cardinal Bessarion, le duc Laurent de Médicis et le cardinal Alexandre Farnèse. Le plus ancien manuscrit écrit par lui porte la date de 1457 et le plus récent celle de 1515, ce qui prouve que Rhosos a atteint un âge trèsavancé.

RixiERI où REINERt (Daniel).

Sénateur vénitien. 11 était savant dans les langues hébraïque, grecque et latine, suivant le témoignage d’Alde dans l’épitre dédicatoire qu'il lui adressa en tête de son édition de Thucydide (1502).

Scipion Cartéromachos lui fit hommage de son Oraio de laudibus litterarum græcarum (1504), imprimée par Alde.

Roserrto (François).

Ne à Vérone. Il figure dans les statuts de l’Académie aldine comme faisant partie de la Tribu des professeurs. Morelli (p. 63) suppose que ce Rosetto peut bien être le même personnage que François Roscius qui a fourni à Alde le manuscrit des Distiques de Caton, traduits par Planude, et les Fastes d’Ovide (voir plus haut, p. 76 et 229), et qu'’Alde appelle « juvents

plenus fide et græce et latine apprime doctus. » En effet, ce Roscius, qui portait le même prénom que Rosetto, était aussi, comme lui, originaire de Vérone.

SaBELLICO (Marc Antonio Coccio).

Né en 1436 à Vicovaro, mort le 18 avril 1506 à Venise. Son nom de famille était Coccio que Pomponius Lætus lui fit changer en celui de Sabellicus, en l’admettant dans sa fameuse académie à Rome. Il professa l’éloquence d’abord à Udine en 1475, et ensuite à Venise en 1477. Son Histoire de Venise lui valut le titre d’historiographe et de bibliothécaire de Saint-Marc. Il fut chargé de plusieurs ambassades, nommé membre du conseil des Dix et procurateur de Saint-Marc.

Il s’occupa plus spécialement d'histoire et des auteurs latins, et fit des commentaires sur Pline, Valère Maxime, Lucain, Stace, Catulle. Tite-Live, Suétone, Justin, Florus, etc.

En mourant, il confia le manuscrit de ses Exemplorum lib. X à Egnazio, qui le publia en 4507.

Je ne trouve aucune trace de sa collaboration aux éditions d’Alde, avec lequel il était bien certainement en relation, par ses rapports d'amitié avec Egnazio, ce vaillant auxiliaire d’Alde.

SANUDO Où SANUTO (Marino), dit le Jeune.

Né le 22 mars à Venise, où il mourut en 1535. Fils du sénateur Leonardo Sanuto, il entra au Grand Conseil vers 4491, fit partie en 1496 de l’ambassade envoyée auprès de Maximilien I°', entra au Sénat en

1498 et fut nommé questeur à Vérone en 4502. Il joignait une rare modestie à une érudition remarquable. Sa haute position lui permettait de protéger efficacement les littérateurs, et Avanzio l'appelle « äfterarum litteratorumque patronus ». I] possédait aussi une très-belle bibliothèque.

C'est grâce à Sanuto qu’Alde obtint du Sénat de Venise le privilége de dix ans pour ses caractères cursifs. Alde ne cessa de lui manifester son respect et sa reconnaissance, et lui dédia les œuvres de Politien (1498), l'Horace (1504), l’Ovide (1502), et Catulle, Tibulle et Properce (1502).

Sanuto était l’historiographe de la république vénitienne et en a écrit l’histoire de 421 à 1493. D’autres de ses ouvrages restent encore en manuscrit ; tel est son précieux Journal (Diari), qui seul nous fait connaître la date exacte de la mort d’Alde, et son histoire de l’expédition de Charles VIII en Italie (/a Spedizione di Carlo VIII in Italia), récit circonstancié et fort intéressant, que M. R. Fulin a commencé en 1873 à publier dans l’Archivio Veneto.

TYRRHENO où ΤΙΆΒΕΝΟ (Benedetto).

Il publia chez André d’Asola la première édition de Strabon, qu'il dédia au prince Alberto de Carpi.

ὕπβαιν où UrBano. Voy. BoLzant.

ACADÉMIE DE CYDONIE. γι

En donnant ces détails sur l’Académie fondée par Alde en l’honneur de la Grèce et dans le but d’en propager en Europe la langue et les monuments littéraires, mes souvenirs se sont reportés, à plus d’un demi-siècle de distance, au temps où ma jeunesse, nourrie pour ainsi dire dans Athènes, jouissait du bonheur de visiter ce pays jadis si fortuné et que j’aimais comme une seconde patrie. On m’excusera donc, si, parvenu à la fin de ma carrière, je me permets de rappeler l’enthousiasme dont j'étais animé pour la belle langue hellénique. C’est cet enthousiasme, partagé par mes aimables camarades du collége de Cydonie (4), qui me fit proposer, en 1818, de fonder une petite Académie ayant pour but d'encourager les efforts de ceux qui auratent voulu rendre à la langue

(1) En Asie Mineure, près de Phocée dont les habitants allèrent 600 avant J.-C. fonder Marseille dans la Gaule.

La malheureuse ville de Cydonie, dont le collége, devenu célèbre par l'affluence de la jeunesse des diverses contrées de la Grèce qui s’y rendait pour s’y instruire, inquiétait les Turcs à te} point que nous dûmes nous cacher dans un souterrain pour y jouer l’Hécube d’Euripide ; nous fûmes même réprimandés par nos professeurs pour avoir commis l’imprudence d’armer Ulysse d’une épée. Je vois encore la colline isolée où nous nous réunissions pour entonner en chœur le célèbre hymne de Rhigas : Δεῦτε παῖδες τῶν Ἑλλήνων.

C’est pendant mon séjour dans ce collége, qu'ayant appris la naissance du fils de ma sœur, dont le mari, consul général de France à Smyrne, rendit aux Grecs lors de leur insurrection des services signalés, je plantai dans la grande cour du collége un jeune arbre, qui fut béni en présence des professeurs par eux et par les Papas grecs. Cet arbre a disparu dans les ruines du collége incendié par les Turcs, ainsi que la ville de Cydonie tout entière, en juin 1821, lors de la guerre de l’indépendance. Le lecteur voudra bien excuser à ma vieillesse ce souvenir de mes jeunes années.

vulgaire son antique splendeur en la rapprochant de sa source primitive.

Ce fut donc avec l’assentiment et le concours des savants professeurs Kaïris, Grégorios et Eustratios, qu’un décret rédigé dans la forme antique exigea que chacun de nous remplaçât dans nos réunions le grec vulgaire par l’ancienne langue hellénique.

Chaque membre prit pour surnom un nom célèbre de l'antiquité grecque : c'était beaucoup plus facile que d’exécuter le décret dans sa teneur.

Voici toutefois ce décret qui a été affiché dans le collége et dont j'ai conservé l'original :

Éri χαθηγεμόνων. Θεοφίλου, Γρηγορίου τε καὶ Εὐστράτίου, τῶν ἐν τῷ χατὰ τὰς Κυδωνίας ÉlAnvououssie σχολαρχούντων, ἐλαφηθδολιῶνος ὀγδόῃ ἀπιόντος, οἱ ὑπο-

2 w 3 δὲ 4 , ᾿ , γεγραμμένοι εἴπομεν" ἐπειδὴ τὴν μὲν πατρῴαν avahabéoθαι φωνὴν, τὴν δὲ χύδην χαὶ ἀγοραίαν, ὡς πάντη ἀνοίχεῖον ἡμῖν τοῖς τῶν Ἐλλήνων ἐχείνων ἀπογόνοις, παντὶ τῷ θυμῷ ἀπώσασθαι ἐφιέμεθα, δέδοκται πᾶσιν ἡμῖν νόμον εἰσενεγχεῖν τόνδε, ὥσθ᾽ ἡνίχ᾽ ἂν συνῶμεν ἑλληνιστὶ πάντας

ACADËMIE DE CYDONIE. 473

᾿Αγγελὴς (Ἀλχιδιάδης) Σαμουλλ (Νικίας) Διδὸτ (Ἀνάχαρσις) “Ιλαρίων (Ξεενόφων) ἸΙωαννίχος (Ἀριστείδης) Παναγιώτης 13. (Πελοπίδας) ᾿Ιζάνος ᾿ (Ἐπαμινώνδας) ] Ἰωάννης (Περικλῆς Δημήτριος (Θεμιστοκλῆς) | Λεόντιος (Φωχίων) Θεοφάνης (Κλεανθης) Κωνσταντῖνος (Xa6plac) Δημήτριος IT. (Λεωνίδας) Γεώργιος (Τιμόθεος) Δημήτριος Κ, (Μιλτιάδης) Γεώργιος Κ. (Νεοπτόλεμος) Βασίλειος (ἈγησίλαοςἢἘ . Καραλάμπης (Παυσανίας)

1" εώργιος (Πάτροκλος) Διογένης « AQIZ'» Μεθόδιος γραφεύς.

[Traduction.]

« Que Dieu dirige toutes nos actions et toutes nos paroles.

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