PERROT
ET
Le premier composé de cette série a été étudié par Liebig qui considéra le produit obtenu comme dérivant de l’alcool par soustraction d’hydrogène, d’où le nom d’aldéhyde ou alcool déshydrogéné.
Depuis on a découvert de nombreux corps se formant dans les mêmes conditions que celui étudié primitivement par Liebig et cette classe de corps porte le nom générique d 'aldéhydes. Si on considère les différentes classes d’alcools, on voit qu’ils sont caractérisés par des groupements fonctionnels différents :
Les alcools primaires par le groupement CH*OH
Les alcools secondaires par le groupement GHOH
Les alcools tertiaires par le groupement — COH
Les deux premières classes peuvent fournir des produits d’oxydation; les alcools tertiaires n’ont pas cette propriété ou du moins ne fournissent pas des produits d’oxydation de la même condensation.
Pour connaître la constitution de ces aldéhydes, il convient d’examiner de près la réaction qui leur donne naissance.
Si l’on soumet à l’oxydation l’alcool éthylique, il y a dans une première phase de la réaction perte de deux atomes d’hydrogène du groupe (CH 2 OH).
Or, cette perte peut s’expliquer de deux manières différentes : ou bien les deux atomes d’hydrogène unis directement au carbone sont enlevés tous deux, ou bien un seul de ces atomes avec celui uni à l’oxygène.
Suivant que l’on adopte la première hypothèse ou la deuxième, la formule de l’aldéhyde devient :
ire CH 3 II e CH 3
Dans la première hypothèse la molécule ne serait pas saturée, dans la deuxième hypothèse la molécule serait saturée et l’hydrogène restant serait directement fixé au carbone.
Pour décider entre ces deux schémas, il suffit de considérer l’action du perchlorure de phosphore sur ces aldéhydes, qui produit la substitution de deux atomes de chlore à un atome d’oxygène. Ce résultat ne peut s’expliquer qu’à la condition d’admettre la deuxième hypothèse. Dans la première, le chlorure de phosphore ne pouvant que remplacer un atome d’hydrogène par un atome de chlore.
On arriverait au même résultat en considérant la production d’aldéhyde en prenant les acides comme point de départ.
Enfin, en considérant l’alcool isopropylique CH,OH, on dé-
montrerait d’une façon très simple que le produit d’oxydation CH 3
doit avoir pour constitution i = 0.
Il résulte donc de là que le premier produit d’oxydation d’un alcool primaire peut être caractérisé par le groupement
C = 0, que le produit d’oxydation d’un alcool secondaire sera
caractérisé par le groupement C = 0.
Dans l’un et l’autre cas, le produit obtenu ne diffère de l’alcool générateur que par deux atomes d’hydrogène en
moins. Il semble, par suite, qu’il soit naturel d’appliquer à tous ces produits le nom d’aldéhydes.
C’est ce que font MM. Berthelot et Yungfleisch, dans leur Traité de chimie organique, qui désignent sous le nom d’aldéhydes primaires le premier produit d’oxydation des alcools primaires, et sous le nom d’aldéhydes secondaires le produit d’oxydation des alcools secondaires.
C’est à ce double point de vue que je me placerai dans le cours de ce travail, qui comprendra exclusivement l’étude
des corps contenant le groupe || — H et des corps contenant le
groupe C = 0..
Autrefois, pour désigner un aldéhyde, on faisait suivre ce mot du nom de l’acide, c’est-à-dire du deuxième produit d’oxydation de l’alcool dont il provenait.
Ainsi l’aldéhvde correspondant à l’alcool méthylique portait le nom d’aldéhyde formique; l’aldéhyde correspondant à l’alcool éthylique, celui d’aldéhyde acétique.
Cette nomenclature est restée en vigueur jusqu’au moment où le Congrès de Genève a donné de nouvelles règles pour la nomenclature chimique. Aujourd’hui, les aldéhydes sont désignés par le nom du carbure de la condensation à laquelle ils appartiennent, suivi de la préfixe al ; ainsi :
L’aldéhyde correspondant à l’alcool méthylique porte le nom de méthanal, l’aldéhyde correspondant à l’alcool éthylique porte le nom d’éthanal.
Malgré cette règle, quelques auteurs donnent encore des dénominations qui ne rappellent ni l’ancienne, ni la nouvelle nomenclature. C’est ainsi que l’aldéhyde de l’alcool méthylique porte, outre celui de méthanal, ceux de formaldéhyde, formol, d’aldéhyde formique, formaline, etc.
Cela est d’autant plus fâcheux que le nombre des produits chimiques utilisés en pharmacie va toujours en croissant et que, par suite, un ordre de plus en plus rigoureux doit être observé dans leur classification.
Les aldéhydes, peuvent dériver d’un alcool de la série grasse ou de la série aromatique. Ils peuvent dériver d’un corps une seule fois alcool ou plusieurs fois alcool. Il en résulte que l’on pourra avoir des aldéhydes possédant, en même temps que cette fonction, celle d’alcool primaire ou secondaire;