SCÈNE V GEORGES, DE BRAY
GEORGES
Je croyais que c'était ma mère.
DE BRAY
Non, Georges, c'est moi.
GEORGES
Vous, qui, vous?... Vous, De Bray ?
sortent.)
Oui, moi.
DE BRAY
GEORGES
1«i, comme un L^is ge^e^/™ : ™us
soufflé des paroles de mépris ei S' COnstamm»< éveillant dans mon cœurT, af- ambl,,on S ™us qui.
M EXANtP.E t MUS
me poussant sur la route du mal. Vous m'aviez abandonné et j'espérais ne plus vous revoir, mais voilà que je vais monter sur L'écnafaud, el vous venez me donner la main : seriez-vous point le bourreau, par hasard ?
DE BRAY
Ah ! Georges, Georges, tout cela est vrai. Oui, je t'ai conduit où tu es arrivé, je t'ai poussé où te voilà, et je viens au moment de ta mort, oh ! non pas pour en jouir, mais pour la détourner de ta tête.
GEORGES
Et qui vous dit que je la craigne, monsieur ?
DE BRAY
Que tu la craignes ou non, Georges, tu es trop jeune pour mourir et il faut que je te sauve.
GEORGES
Pardon, je vous insultais en vous prenant pour le bourreau ; vous êtes Satan, et vous venez sans doute m'offrir ma liberté en échange de mon àme ?
DE BRAY
Oh ! je te donne la vie et ne te demande rien en échange, rien que de me pardonner.
GEORGES
Eh ! monsieur, si ce n'est que cela, je vais mourir ei je vous pardonne.
DE BRAY
Mais songes-y donc et regarde... tiens... tiens... un sauf-conduit avec lequel tu pourras sortir, sortir sans que personne t'arrête...
GEORGES
Assez, monsieur. Quand ma main s'est sentie assez forte pour un crime, mon cœur s'est senti assez ferme pour la mort; quand j'ai versé le sang d'autrui, c'était avec l'intention de répandre le mien; j'ai emprunté à la mort et je le lui rends ; ma tête paiera la dette de ma main, et tout sera dit.
DE BRAY
Oh ! cela se peut-il ?... Etre près de mourir, pouvoir se sauver et ne pas le faire ?... Sentir peser sur soi les murs de ce cachot, deviner au delà un air pur et ne pas fuir?... Mais regarde donc, regarde ce rayon de soleil qui glisse entre deux barreaux, cette fleur qui tremble au vent sur cette fenêtre... eh bien ! dans ce soleil, dans cette fleur, la création tout entière existe et t'invite à vivre ; elle vient chercher le prisonnier ; elle lui dit : « Je suis à toi, viens, viens !... » — Tu n'as que vingt-huit ans, Georges, songes-y donc ?
GEORGES
Eh ! qu'importe, si, à vingt-huit ans, ma vie est aussi pleine de crimes qu'elle pourrait l'être à soixante, n'aije pas vécu ?