‹ Alexander Dumas, 1802-1870Chapitre 13 sur 24 · DE HUA Y · texte numérisé non relu

DE HUA Y

Mais la vie appartient-elle à celui-là seul qui la possède?... Non, elle appartient au cercle des gens qui l'aiment et qui l'entourent ; parents et amis, tous en ont une part dont il ne peut disposer sans leur consentement. Georges, songe à ta mère, à ton frère ; tous te prient de vivre, et moi, moi, je t'en prie avec eux.

Georges.

Vous, mais qui êtes-vous donc, vous qui hier me poussiez à ma perle, et aujourd'hui êtes à mes genoux pour me sauver ?

C'est qu'hier je croyais que tu t'appelais Georges Burk. et que je ne savais pas que tu te nommais Georges Humbert.

GEORGES

Pas si haut, pas si haut, il ne faut pas que les murs de ce cachot entendent ce nom.

DE BRAY

Eh bien, il y a dans ce nom un secret qui me lie à toi, qui fait de ta vie la mienne. Georges, il y a vingthuit ans, j'étais à Brientz...

GEORGES

Mon pays natal ?

DE BRAY

J'y ai connu ta mère...

GEORGES

Eh bien ?

DE BRAY

Eh bien ! Georges, mon fils, mourras-lu quand ion père peut te sauver ?

georges, reculant.

Moi votre fils, De Bray mon père !... mais c'est le déshonneur de ma mère que vous m'avouez là !...

Oh ! si cet aveu me donne le pouvoir de te sauver, elle me pardonnera.

GEORGES

Ah ! il m'est donc permis enfin de voir clair dans mon âme !... Ah ! c'était de vous que me venaient ces idées de mépris pour les autres et d'ambition pour moimême, ces germes confus de désirs et de besoins qui n'étaient pas ceux de ma condition, ce combat du bien et du mal dans lequel le mal a triomphé, sang mêlé de peuple et de noblesse, dans lequel la noblesse a pris le dessus!... Ah! Monsieur, ne vous eussé-je jamais connu, j'avais dans le cœur assez de vices pour me

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perdre, sans que vous m'y aidassiez avec tant de bonheur.

DE BRAY

Mais je ne te connaissais pas, Georges ; il y a quelques jours seulement que je te connais, et alors je n'ai eu qu'un désir, celui de te sauver, qu'un but, celui d'y réussir. J'ai pensé à toi avant de penser à moi aujourd'hui ; je me suis dit : « Il va mourir, allons à lui, car il faut le sauver, le malheureux ! » — Dans une heure, Georges, dans une heure tu montes à l'échafaud, ou dans une heure tu es sauvé... Oh ! tu ne mourras pas, n'est-ce pas ?

GEORGES

Monsieur, j'attends ma mère; elle m'a promis de venir et l'on a permis qu'elle vînt. D'après ce que vous m'avez dit, ma mère ne peut pas vous rencontrer ici, monsieur.

DE BRAY

Eh bien, je reviendrai, mais tu prendras ce sauf-conduit. Ta mère, elle, obtiendra de toi que tu ne meures pas... Oh ! tu ne peux pas mourir, Georges, mon enfant?...

GEORGES

Monsieur, je vous en supplie...

DE BRAY

O! i ! je reviendrai. (Il sort.)

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