‹ Alexandre Dumas, 1802-1870Chapitre 5 sur 25 · PERSONNAGES DU DRAME · texte numérisé non relu

PERSONNAGES DU DRAME

Georges Humbert MM. Frédérick-Lemaitrk

Le marquis de Drai/ Delafosse

Patrot Frovost

L'Inconnu Chilly

Valin, banquier Monval

Joseo/i, domestique du marquis. Saint-Paul

Un guichetier Moessard

Un médecin Héret

Un concierge Auguste

Un créancier . . ' Davesne

Catherine Hunibort •\\met George

Jules Humbert Noblet

Thérège Duclos Juliette

Une portière Simon

Ouvriers, créanciers, gendarmes, gens du peuple.

Vingt-deux ans ont passé quand se relève le rideau. Grégoire Humbert, après s'être ruiné en voyages à la poursuite d'Edouard, s'est tué pour éviter la honte dune faillite. Catherine, Patrot et Jules, second fils des Humbert, se sont installés à Mayence où, sous le nom de Burk, ils travaillent avec ardeur pour réhabiliter un jour le nom du suicidé. Quant à l'enfant que nous avons vu naître au prologue il est, pour aider sa mère dans son pieux dessin, devenu secrétaire d'un émigré français réfugié à Francfort pendant les Cent Jours. Cet émigré n'est autre qu'Edouard de Bray qui ne peut deviner son fils sous le nom de Georges Burk qu'a pris le jeune homme, à l'exemple des siens. Chassé par le peuple d'une préfecture que lui avait donnée Louis XVHI, le marquis a une raison de plus de haïr les gens du commun. Fidèle à son programme de représailles, il a séduit Thérèse Duclos, fille d'un charpentier de Clichy, et tâche de développer en elle les plus mauvais instincts.

Ses efforts aboutissent si bien que Tliérèse, oubliant ce qu'elle doit à De Bray, s'éprend de Georges Burk et déclare hautement son amour au marquis. Or Georges, soumis comme Thérèse à un régime démoralisant, lutte contre les deux natures qui sont en lui ; il est du peuple par sa mère, mais il a les goûts, les vices même d'une classe plus élevée ; c'est donc sans remords qu'il enlève Thérèse à De Bray et part avec elle pour Mayence, où sa mère l'a appelé pour être témoin de la réhabilitation de Grégoire Humbert.

Grâce à un travail surhumain, Catherine et les siens ont, en effet, réuni les 15,000 francs nécessaires pour désintéresser les créanciers du suicidé ; l'enseigne est préparée, où le nom des Humbert remplacera celui de Burk, et Catherine compte bien que son fils aîné prendra la direction du magasin d'armes reconstitué. Georges arrive à Mayence avec des inten-tions tout autres ; il lui répugne d'endosser la blouse d'un artisan, et puis il a Thérèse à sa charge, Thérèse qui l'accompagne et lui a suggéré l'idée de réclamer le tiers des 15,000 francs que possède sa mère, quitte à faire attendre encore les créanciers de Humbert. Catherine, qu'il prie, s'indigne au seul projet de retarder la réhabilitation possible ; puisqu'il faut de l'argent à son fils, elle lui donnera une croix en diamants, bijou de famille dont elle n'avait jamais voulu se dessaisir. Pendant qu'elle va chercher le bijou, Thérèse, qui s'impatiente, entre dans la boutique où attend Georges et l'interroge. Des diamants ! comment les vendront-ils ? Ce qu'il leur faut, c'est de l'argent comptant. Georges, sur ses conseils, décide de prendre les 5,000 francs qu'il pense lui appartenir, mais c'est en vain qu'il essaie d'ouvrir le coffre où les trois parts sont réunies ; affolé par la voix de Thérèse qui le presse du dehors et par le bruit des pas de Catherine qui revient, il fuit en emportant le coffre plein. Quand les créanciers convoqués par Patrot

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arrivent dans la boutique, c"est en vain que Catherine clierche dans l'armoire où elle les a déposés les 15,000 fr. si péniblement réunis. Sans maudire Georges, dont elle devine l'infamie, elle abandonne aux créanciers de Grégoire maison, meubles, marchandises, et part avec Patrot et Jules pour recommencer une vie de misère.

Deux ans s'écoulent et nous sommes à Paris, en 1817. Georges et Tliérèse habitent, dans un hôtel garni, deux chambres distraites d'un appartement occupé par le banquier Valin. Celui-ci, qui trouve Thérèse jolie, a bientôt fait d'ouvrir une porte condamnée par l'hôte pour venir courtiser la belle quand son amant s'absente. Thérèse écoute volontiers Valin, car l'argent volé par Georges a depuis longtemps disparu et ils ne vivent que d'expédients. Georges pourtant se fatigue de l'existence qu'il mène ; le besoin le pressant, il vient de s'engager pour 1,500 francs par an chez l'armurier Lepage et somme Thérèse d'avoir à travailler de son côté pour parfaire les 2,000 francs avec lesquels ils vivront désormais. Cette perspective est loin de séduire la belle fille, qui se décide à accepter les offres de Valin. Tandis qu'elle lui écrit, deux hommes visitent les chambres dont Georges a oublié d'acquitter le loyer ; ces deux hommes sont le marquis Edouard de Bray et son valet Joseph. Celui-ci prend avec de la cire l'empreinte de la clef ouvrant la porte qui communique avec l'appartement de Valin. De Bray, enrôlé dans la haute police des Bourbons, a eu l'imprudence de signer d'un faux nom des traites tombées depuis entre les mains de Valin; ces traites pouvant l'envoyer au bagne, il veut les reprendre dans le secrétaire où le banquier les a déposées, et c'est à cela que doit servir la double clef que Joseph va commander chez le serrurier le plus proche. De Bray revoit ensuite Thérèse, constate avec joie que ses leçons ont porté fruit et loue les chambres que la jeune fille s'empresse de quitter pour entrer chez "N'alin ; mais l'im-

prudent De Bray a laissé trace de son passage dans l'hôtel, un fragment de lettre portant son adresse, en sorte que Georges, à son retour, accuse le marquis de la disparition de Thérèse, qu'il constate, et décide de lui en demander compte.

Edouard de Bray habite rue du Mail, à l'hôtel d'An-: gleterre. C'est là que nous le retrouvons en conférence avec un inconnu qui lui remet la liste des députés et généraux à surveiller, dans l'intérêt du gouvernement. Il donne en échange les noms de sous-officiers affiliés aux carbonari et, comme son interlocuteur lui dit qu'on se plaint qu'il ne dénonce que des gens du peuple : — « Eh! s'écrie le marquis, affirmant sa haine contre les petits, n'est-ce pas là où est le danger, qu'il faut l'aller chercher et le découvrir ! Les grands conspirent, mais c'est le peuple qui fait les révolutions. Les insensés, aurontils donc toujours des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre ? Ne comprennent-ils donc pas qu'après les dieux les rois suivent, que c'est une question de temps, voilà tout, et que le tonnerre qui brisera leurs trônes ne viendra pas du ciel mais montera de la terre. Qu'ils se mettent donc à la fenêtre de leurs palais et qu'ils regardent : pour dix bras couverts d'habits pareils a celui que nous portons, ils verront dix mille bras nus. Qu'ils écoutent au milieu de leur Carroussel ou de leur jardin, et pour une voix à leur louange ils en entendront mille à leur exécration! Le peuple, ils ne le sentent donc pas grandir sous leurs pieds ; ils ne comprennent donc pas que toutes les têtes qui dépassent les autres et regardent il faut les abattre, pour que le trône qu'elles portent reste d'aplomb; ils ne prévoient donc pas que le jour où ce peuple s'apercevra que la roj^auté est un fardeau doré mais inutile, toutes ces vagues humaines n'auront qu'à s'écarter et que le vaisseau royal s'engloutira pour ne plus reparaître l Oh! dites-leur cela, monsieur, dites-leur cela si vous

leur parlez bouche à bouche, si vous les voyez face à face !... »

— (( Vous pouvez avoir raison, mais ils ne voient pas ainsi, » répond l'inconnu, qui prend congé en assurant De Bray de la reconnaissance royale. Le marquis se demande jusqu'où irait cette reconnaissance, si Valin mettait au jour les fausses traites signées par lui, quand le bruit d'une dispute interrompt ses réflexions ; c'est Georges qui, furieux, entre malgré les valets chez Edouard, et le prend à la gorge en le sommant de dire où il cache Thérèse. De Bray voit dans cet incident un moyen de dégrader un peu plus le jeune homme. Il n'a pas enlevé Thérèse,, mais il connaît le nom de son nouvel amant et le dira à Georges si celui-ci veut retourner le soir chez lui, ouvrir la porte qui sépare sa chambre du logement de Valin, et voler dans son secrétaire les faux qu'il lui décrit. Georges, aveuglé par sa fureur jalouse, accepte ce marché, et De Bray envoie chercher la clef qui permettra à son complice d'entrer sans effraction chez le banquier.

Pour avoir cette clef, le valet Joseph s'est adressé à un serrurier qui n'est autre que Patrot, établi depuis quelque temps à Paris, avec Catherine et Jules Humbert. L'empreinte de cire qu'on lui soumet et le gros salaire qu'on lui offre semblent à Patrot deux choses suspectes ; pour les éclaicir, il force Joseph à le conduire chez son maître auquel il prétend livrer lui-même l'objet demandé. De Bray reçoit l'ouvrier, explique sa commande, la paie au prix ordinaire et congédie Patrot qu'il remet, mais dont il se flatte de n'avoir pas été reconnu. Fidèle au plan de vengeance tracé par Grégoire Humbert, Patrot depuis quinze ans exerce Jules au maniement des armes, afin que le second fils du suicidé puisse châtier le bourreau de son pèi'e. De Bray retrouvé, l'ouvrier raconte à Jules l'attentat dont Cathe-

rine fut jadis victime, les misères qui vinrent à la suite ; l'enfant indigné écrit au marquis une lettre le provoquant à un combat mortel et que Patrot s"empresse de porter. Mais Catherine surprend le projet de son fils et le supplie de vivre pour elle ; trop jeune encore pour l'héroïsme, Jules cède et promet d'ajourner sa vengeance : Patrot prendra sa place.

De Bray attend impatiemment le résultat de l'expédition de Georges quand une femme pénètre chez lui ; c'est Catherine Humbert qu'il ne reconnaît pas, mais qui rappelle ses malheurs et offre a celui qui les a causés plus que son pardon, sa reconnaissance, s'il veut ne tenir aucun compte du cartel reçu. Le marquis y consent d'autant plus qu'il croit que Jules est le fruit de son crime ; Catherine le détrompe en lui révélant que leur fils est le jeune homme qu'il connaît sous le nom de Georges Burk et dont il s'est plu à fausser le j.ugement, à corrompre le cœur. Un revirement se fait alors en De Bray qui promet à Catherine de lui rendre son fils aîné ; il l'attend, il va venir... Georges paraît effectivement, mais un fer à la main, hagard, ensanglanté. En pénétrant chez Valin, il y a trouvé Thérèse demi-nue et l'a frappée avec fureur de son poignard. Aux cris de sa victime on est accouru pour le prendre, mais il s'est ouvert un passage parce qu'il voulait rapporter à De Bray les papiers qu'on l'avait chargé de prendre. Il les tend au marquis, mais un officier de gendarmerie, qui a suivi Georges et l'arrête, sai-sit les faux comme pièces de conviction en invitant De Bray à l'accompagner à la Préfecture. Le père et le fils sont emmenés ensemble, sous les yeux de Catherine affolée et de Patrot, accouru avec l'épée de Humbert, désormais inutile.

Cette scène plus qu'émouvante termine le troisième acte du Fils de VEmigré ; cédons, pour l'acte quatrième et dernier, la place au manu.scrit même.

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